Une dizaine de soldats israéliens ont brièvement abandonné leurs postes samedi dans le centre de la Cisjordanie, pour protester contre l’évacuation et la démolition imminente de l’avant-poste d’Amona, près de l’implantation d’Ofra, au nord-est de Ramallah.

Les soldats, qui appartiennent à la brigade d’infanterie Givati, sont retournés à leurs postes quand leur commandant de bataillon leur a expliqué la gravité de leur geste.

Les soldats Givati sont « retournés à la réalisation de leurs tâches », a annoncé samedi soir un communiqué de l’armée israélienne.

L’incident a eu lieu alors qu’au moins 1 000 personnes se sont rassemblées à Amona pour manifester leur soutien à l’avant-poste illégal, alors que l’évacuation ordonnée par la Haute cour de justice est imminente, et doit se produire avant le 25 décembre.

Les dirigeants militaires et politiques qui soutiennent les habitants d’Amona ont eux aussi critiqué les actes des soldats.

Des activistes se préparent à résister à l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 14 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des activistes se préparent à résister à l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 14 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« En tant qu’armée d’un état démocratique, Tsahal continuera à mener ses missions selon les instructions du niveau politique », a déclaré l’armée israélienne, qui a promis une « tolérance zéro » pour les refus d’obéir aux ordres politiquement motivés.

Uri Ariel, ministre de l’Agriculture et membre de HaBayit HaYehudi, partisan d’une annexion israélienne de la Cisjordanie et soutien d’une législation qui aurait empêché l’évacuation d’Amona, a lui aussi critiqué les actions des soldats.

« Les soldats israéliens ne doivent pas refuser les ordres. Le refus est inadmissible. Même maintenant, des efforts sont entrepris pour régler la crise d’Amona de manière satisfaisante, qui renforcera [l’entreprise] d’implantations et assurera l’unité d’Israël », a déclaré Ariel dans un communiqué publié tard samedi soir.

Les Israéliens des implantations juives en Cisjordanie d'Ofra et Amona manifestent pour demander l'approbation d'une loi légalisant les avant-postes en Cisjordanie, aux abords du bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 novembre  2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les Israéliens des implantations juives en Cisjordanie d’Ofra et Amona manifestent pour demander l’approbation d’une loi légalisant les avant-postes en Cisjordanie, aux abords du bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Précédemment, le site internet Srugim, affilié à la communauté nationale religieuse à laquelle appartiennent les habitants d’Amona, avait annoncé que les fantassins de la brigade Givati avaient été transportés vers l’avant-poste voisin de Givat Asaf.

Le site internet a cité le rabbin Giora Brenner, qui habite à Amona, et affirmait que des dizaines de soldats étaient arrivés dans six bus et six ou sept véhicules militaires. Brenner a parlé d’un déploiement sans précédent, jamais vu depuis qu’il habite l’avant-poste, où il a emménagé il y a 15 ans.

Quelque 1 300 membres des forces de sécurité ont été entraînés sur la base Tzeelim, dans le sud d’Israël, ainsi que dans au moins une autre base, au démantèlement de l’avant-poste, que la Haute cour de justice a ordonné en décembre 2014, car il a été construit sur des terrains palestiniens privés.

Selon des responsables, l’armée israélienne aura la responsabilité générale de l’opération, mais ne mènera pas elle-même l’évacuation. Les soldats formeront un périmètre externe autour de l’avant-poste de la colline, assurant que les manifestants supplémentaires ne pourront pas entrer dans la zone, et sécurisant l’opération contre de possibles attaques terroristes palestiniennes. Dans ce cordon, la police des frontières fournira soutien et assistance aux forces évacuantes.

Le cercle le plus interne mènera physiquement l’évacuation forcée des habitants, dont beaucoup de familles avec de jeunes enfants. Il sera entièrement composé de policiers professionnels.

Des soldats et des gardes-frontières s'entraînent lors d'un exercice sur la base militaire de Tzeelim, dans le sud d'Israël, en amont de l'évacuation, décidée par la Haute-Cour, de l'avant-poste d'Amona en Cisjordanie, le 25 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Des soldats et des gardes-frontières s’entraînent lors d’un exercice sur la base militaire de Tzeelim, dans le sud d’Israël, en amont de l’évacuation, décidée par la Haute-Cour, de l’avant-poste d’Amona en Cisjordanie, le 25 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Cette structure de déploiement est conçue pour assurer que les soldats et les garde-frontières, dont la plupart sont de jeunes enrôlés ayant des origines sociales et politiques différentes, et dont certains viennent de communautés nationales religieuses et d’implantations, ne seront pas ceux qui malmèneront les habitants.

Dimanche, le cabinet devrait ordonner officiellement la mise en place d’un site alternative temporaire pour accueillir la quarantaine de familles d’Amona, ainsi qu’un financement pour aider les familles dans leur déménagement.

Alors que les troupes se rassemblaient et que des partisans rejoignaient les habitants pour se préparer à résister à l’évacuation, la tension était importante autour de l’avant-poste.

La Deuxième chaîne a annoncé samedi que la police se préparait à de vastes arrestations. Le service des prisons israélien a vidé des ailes entières dans quatre prisons pour se préparer à accepter les détenus.

Des jeunes juifs habitant dans des implantations se préparent à résister à l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, illégal car construit sur des terrains palestiniens privés, le 15 décembre 2016. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Des jeunes juifs habitant dans des implantations se préparent à résister à l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, illégal car construit sur des terrains palestiniens privés, le 15 décembre 2016. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Même si le moment précis de l’évacuation n’a pas été choisi, l’Etat a déclaré qu’elle n’aurait pas lieu la nuit ou sans être annoncée, en raison de la présence de femmes et d’enfants sur place.

La plupart des partisans rassemblés sur le site s’est engagée à une résistance non-violente à l’évacuation, selon les habitants. Mais parmi les quelques centaines de personnes qui ont passé le week-end avec les habitants, des dizaines d’activistes liés au mouvement d’extrême-droite des « Jeunes des Collines » étaient présents, qui ont apporté des pneus et des pierres pour bloquer l’accès par la route à l’avant-poste, ainsi que des gros clous pour ralentir les véhicules militaires, a annoncé la Deuxième chaîne. Les pneus d’une camionnette de la Première chaîne ont été tailladés samedi soir.

Une dizaine de jeunes manifestait devant l’implantation voisine d’Ofra samedi soir. Pendant la manifestation, un mineur a été arrêté pour avoir agressé un garde-frontière, selon des responsables.

Une atmosphère plus conviviale pouvait être ressentie parmi les manifestants eux-mêmes, pendant une distribution de soupe et de boisson chaude pendant la froide nuit hivernale.

Les habitants d’Amona ont rejeté la semaine dernière un compromis proposé par l’Etat pour les relocaliser sur un terrain adjacent de la même colline.

Vendredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a publié une vidéo sur sa page Facebook, dans laquelle il appelle les habitants d’Amona à ne pas combattre l’évacuation imminente. Les habitants ont menacé de résister de manière non violente, mais certains ont prévenu qu’ils ne seraient pas capables de contrôler tous ceux qui venaient les aider à résister.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la conférence diplomatique du Jerusalem Post, à Jérusalem, le 23 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la conférence diplomatique du Jerusalem Post, à Jérusalem, le 23 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Netanyahu a appelé les habitants d’Amona à agir avec responsabilité, et à « ne pas blesser les soldats et les policiers israéliens en toute circonstance. Ils sont nos fils, la prunelle de nos yeux, ils nous sont chers à tous et nous gardent en sécurité. Il n’y a pas de place pour la violence. »

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a lui aussi appelé samedi les habitants de l’avant-poste et leurs partisans à ne pas attaquer les forces de sécurité. Il a également adopté un ton bien moins conciliant, déclarant que le sionisme n’était pas « l’accaparement des terres ».

Avigdor Liberman, le ministre de la Défense, a pour sa part prévenu cette semaine qu’il n’y aurait aucune tolérance pour toute attaque contre les membres des forces de sécurité.