Après l’extermination des juifs sous l’occupation nazie, la synagogue de Brandys, petite ville près de Prague, est restée tristement oubliée pendant quarante ans, le régime communiste y ayant installé un entrepôt de médicaments.

Aujourd’hui, des étoiles dorées scintillent de nouveau sur son plafond bleu ciel et les colonnes roses soutiennent les galeries surélevées, jadis réservées aux femmes.

La bimah en bois laqué pour la lecture de la Torah a été de nouveau installée, tout comme des bancs, grâce à un financement de l’Union européenne destiné à faire ressusciter un patrimoine juif proche de l’extinction en République tchèque.

Le programme « Dix étoiles » veut redonner vie à quinze monuments juifs, notamment des synagogues et écoles, dans dix villes de République tchèque. D’un montant de 10,2 millions d’euros, il est financé à 85% par l’UE et le reste par le gouvernement tchèque.

« C’est un symbole du renouveau de la vie juive », a déclaré à l’AFP l’ambassadeur d’Israël à Prague, Gary Koren.

A 30 km de Prague, la modeste synagogue de Brandys-nad-Labem, datant de la fin des années 1820 et restituée à la communauté juive en 1995, a été rouverte au public en juin.

L’établissement accueillera désormais des manifestations culturelles et éducatives, organisés sous les auspices de la municipalité.

« La seule chose qui manque désormais, c’est la communauté juive. C’est le côté triste de cette régénération. Nos communautés ont été exterminées en République tchèque mais aussi à travers toute l’Europe », a déclaré le rabbin de Prague Karol Sidon, lors de la cérémonie de réouverture.

Décimée par la Shoah, victime de discrimination pendant quarante ans de régime communiste, la communauté juive en République tchèque est aujourd’hui estimée à environ 30 000 personnes, une goutte d’eau dans une population de 10,5 millions d’habitants.

Le projet Dix Etoiles est focalisé sur des monuments peu connus, situés loin du célèbre quartier juif de Prague.

Dans la capitale, l’ancien ghetto de Josefov attire chaque année un demi-million de touristes et abrite la plus vieille synagogue encore en service en Europe, datant de 1270.

Marché, archives, garage

Au moment où l’Allemagne nazie a établi en mars 1939 le « Protectorat de Bohême-Moravie », la communauté juive tchèque comptait près de 120.000 personnes.

Les deux tiers ont péri pendant la Seconde guerre mondiale, selon le Centre international de recherche sur la Shoah de Yad Vashem en Israël.

Après le « coup de Prague » communiste de février 1948, puis de nouveau après l’occupation soviétique en 1968, beaucoup de Juifs ont quitté le pays pour échapper à de nouvelles vagues d’antisémitisme attisé par le régime communiste.

On compte encore dans le pays une centaine de synagogues et quelques 300 cimetières juifs, selon le coordinateur du projet, Jan Kindermann.

Mais seulement une poignée de synagogues sont utilisées pour des offices religieux. Plusieurs d’entre elles appartiennent à d’autres confessions.

Une synagogue a même été transformée en garage.

« Les bâtiments ont également été victimes de la Shoah, tout comme les gens », dit Tomas Kraus, secrétaire de la Fédération des communautés juives tchèques.

Chaque établissement rénové dans le cadre de ce projet est désormais consacré à un thème historique concret.

La synagogue de Mikulov (sud-est) est la seule à avoir survécu sur les douze lieux de prière juifs qu’abritait cette ville avant la guerre.

L’exposition y est dédiée au 16e siècle, marquée par un grand essor de la vie juive sur le sol tchèque, symbolisée par la personnalité de l’érudit Rabbi Yehuda Löw, appelé plus communément Maharal de Prague, qui a écrit des dizaines d’ouvrages devenus des « classiques » de la littérature rabbinique.

A Krnov (nord-est), ville située comme Mikulov dans les régions frontalières (Sudètes) annexés en 1938-1945 par l’Allemagne nazie, la synagogue a miraculeusement échappé aux destructions.

Les nazis l’utilisaient comme un marché et les communistes comme un dépôt d’archives.

L’exposition y met l’accent sur la contribution de la communauté juive d’entre-deux-guerres au développement de l’industrie, du commerce et des sciences du pays.

A Polna (centre), l’exposition est axée sur le procès de Leopold Hilsner, un jeune Juif reconnu coupable, probablement à tort, de l’assassinat en 1899 d’une jeune chrétienne, dans un climat d’antisémitisme virulent.

« Nous avons parcouru un long chemin », s’est réjoui le vice-ministre tchèque de la Culture, Miroslav Rovensky, portant une kippa lors de la cérémonie de réouverture de la synagogue de Brandys. Avant d’ajouter: « mais il reste encore de nombreux sites qui nécessitent qu’on s’en occupe. »