Un opposant tente de perturber le discours du député hongrois Janos Hargitai.

Mais le parlementaire n’est pas homme à se laisser déstabiliser si aisément.

Entre deux drapeaux hongrois, le Hargitai s’exprimait au début du mois lors d’une cérémonie commémorant la révolution de 1848, à la faveur de laquelle la Hongrie s’émancipait de l’empire autrichien et gagnait son indépendance.

Hargitai n’a pas hésité à imprégner son discours de références antisémites à peine voilées.

« Ils nous imposent des diktats », a déclaré le député. « En 1848, c’était les Rothschild et maintenant c’est le Fonds monétaire international. L’indépendance de la Hongrie compromet les intérêts des Rothschild ».

Ces déclarations de responsables élus sont devenus monnaie courante ici depuis que le parti ultranationaliste Jobbik est entré au Parlement en 2010 et affiche ouvertement son hostilité à l’égard des Juifs.

Comble de l’infamie, un député du Jobbik a appelé en 2012 à désigner officiellement les Juifs hongrois comme une menace à la sécurité nationale.

Pourtant, Hargitai n’est pas membre de Jobbik.

Il est député de Fidesz, le parti au pouvoir en Hongrie. Mais ses déclarations sont le reflet du climat politique délétère qui règne dans le pays. Un climat caractérisé par un nationalisme rampant et une hausse de l’hostilité vis-à-vis de la communauté juive.

Ainsi, le parti au pouvoir tente par tous les moyens de conserver son avance face à Jobbik, avant les élections générales prévues pour le mois prochain et n’hésite donc pas à surfer sur la vague de la haine.

« Fidesz utilise de plus en plus la rhétorique de Jobbik, en réponse à la popularité croissante de ces derniers, avec pour objectif d’affaiblir Jobbik et de récupérer leurs électeurs en reprenant leur programme », a déclaré Eva Balogh, historienne et auteure du blog Le spectre hongrois.

Les derniers sondages prédisent que Jobbik restera le troisième plus grand parti du pays, après l’élection du 6 avril. Ils devraient rafler entre 14 et 19 % des sièges une hausse significative comparée au 11 % qu’ils détiennent dans l’actuel parlement.

Selon les mêmes sondages, Fidesz, un parti de centre-droit, récoltera entre 36 et 38 % des voix. Score suffisant pour se maintenir en tant que parti au pouvoir, mais toutefois un recul substantiel par rapport à 2010, quand le parti a recueilli près de la moitié des suffrages exprimés.

La popularité de Fidesz reculant, les chefs de parti entreprennent de moins en moins d’efforts pour présenter un visage modéré et se livrent à des diatribes nationalistes qui alimentent la montée de Jobbik.

Un mouvement qui prend de plus en plus d’ampleur comme en témoignent plusieurs évènements récents.

L’année dernière, des photos de textes antisémites classiques ont été affichées lors d’un festival culturel parrainé par Fidesz.

Dans la même trempe, le maire de Budapest Istvan Tarlos, membre Fidesz, envisageait de donner à une rue de la capitale le nom d’un auteur antisémite.

Plus récemment, les analystes ont vu la preuve d’une inclinaison vers l’ultra nationalisme dans le conflit qui a opposé le Premier ministre Viktor Orban à la communauté juive hongroise au sujet des commémorations du 70e anniversaire de l’invasion nazie de la Hongrie.

En effet, une organisation de la communauté juive Mazsihisz a déclaré qu’elle boycotterait certains événements prévus par le gouvernement à cause de la présence d’une statue commémorative, qui minimiserait le rôle de premier plan joué par le gouvernement hongrois pronazi dans l’assassinat de 568 000 Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

La statue dépeint la Hongrie comme un ange attaqué par un aigle.
Un cadre du parti a accusé Mazsihisz de s’aligner avec la gauche.

Même son de cloche du chef de cabinet d’Orban, Janos Lazar, qui a mis en garde la communauté juive lors d’une conférence.

« Ils ont lancé un ultimatum au gouvernement, et cela crée plus d’anxiété que d’impact positif sur la coexistence entre Juifs et Hongrois », a déclaré Lazar.

Une déclaration qui sonne comme une menace à peine voilée lancée à la communauté juive. Ces propos qui sous-tendent également que les Juifs ne sont pas Hongrois ont été vivement condamnés cette semaine par le président de Mazsihisz, Andras Heisler.

Le président de la fédération des communautés juives de Hongrie, Andras Heisler, lors de la conférence sur la vie juive et l'antisémitisme à l'institut Tom Lantos, octobre 2013 (Crédit : capture d'écran Youtube/Tom Lantos Institute)

Le président de la fédération des communautés juives de Hongrie, Andras Heisler, lors de la conférence sur la vie juive et l’antisémitisme à l’institut Tom Lantos, octobre 2013 (Crédit : capture d’écran Youtube/Tom Lantos Institute)

« Nous avons appris que les Juifs de diaspora, ou toute autre minorité, ne devaient jamais faire confiance aveuglément au pouvoir en place », a déclaré Heisler.

Dimanche, 200 personnes, des Juifs en majorité, se sont rassemblées, sous la pluie et bougies en mains, lors d’une cérémonie Place de la Liberté en hommage aux morts et en signe de protestation contre le monument.

Matyas Eörsi, ancien député juif pour le parti démocrate libéral SZDSZ, a qualifié les déclarations de Lazar de « scandaleuses ».

« L’allégation selon laquelle Mazsihisz s’ingère dans des campagnes politiques est absurde », a déclaré Eorsi « C’est le gouvernement, et non Mazsihisz, qui a décidé d’exposer un monument révisionniste au cours d’une année d’élection ».

Selon le gouvernement hongrois, la statue n’est le reflet d’aucune antipathie vis-à-vis des Juifs. Les responsables politiques ont à maintes reprises reconnu la complicité de leur pays dans le génocide nazi.

Plus récemment, en janvier, quand l’ambassadeur hongrois auprès de l’ONU, Csaba Korosi, a reconnu la « culpabilité de l’Etat hongrois pendant l’Holocauste ».

En octobre, le vice-Premier ministre Tibor Navracsics, également membre du Fidesz, a également reconnu « la responsabilité » de son pays pour les Juifs hongrois morts pendant la Shoah.

Et le gouvernement d’insister sur la préservation du monument. « Le respect doit être exprimé à l’égard de toutes les victimes », a déclaré Ferenc Kumin, un porte-parole du gouvernement.

« C’est une question d’humanité, et non de politique ou d’appartenance à un parti ».

Kumin rejette en bloc l’accusation selon laquelle le Fidesz tenter de courtiser les électeurs de droite.