Au 17e jour de son offensive contre le Hamas, Israël joue contre la montre au moment où s’intensifient les efforts diplomatiques en vue d’une trêve : la puissance de feu du Hamas est amoindrie, mais la démilitarisation de Gaza est encore loin.

La destruction des tunnels qui servent aux infiltrations en Israël — mission prioritaire affichée par Israël quand ses tanks ont pénétré dans la bande de Gaza — n’est « qu’une question jours », estime Giora Eiland, ancien conseiller à la sécurité nationale dans un entretien à l’AFP.

Une trentaine de ces réseaux souterrains ont déjà été démolis, a annoncé mercredi l’armée sans préciser le nombre de galeries restantes.

C’est le « point aveugle » des agences de renseignement israéliennes, relève le journal Haaretz, s’interrogeant, comme nombre d’Israéliens, sur le fait qu’il ait fallu une guerre pour que l’armée cesse d’ignorer la présence de ces tunnels.

La deuxième mission de l’armée est de neutraliser les stocks de roquettes du Hamas et du Jihad islamique, mais cela nécessiterait de « passer Gaza au peigne fin pour trouver toutes les caches », observe M. Eiland.

Selon le service du renseignement militaire, sur les 9 000 projectiles stockés à Gaza avant l’opération, plus d’un tiers a été anéanti par les frappes israéliennes et un autre tiers a été tiré contre Israël.

Il resterait aux combattants de Gaza près de 150 roquettes de moyenne et longue portée qui pourraient encore leur permettre de tirer « quelques semaines » sur Tel-Aviv, assure le quotidien Yediot Aharonot.

Troisième objectif d’Israël : décapiter l’état-major des organisations armées de Gaza. Cela semble le plus difficile à remplir.

L’armée a ainsi publié mercredi une liste de quatre « figures ciblées par des frappes », exclusivement des cadres du Jihad islamique, sans confirmer s’ils avaient été tués. Elle a aussi arrêté près de 150 activistes palestiniens à Gaza.

« Tondre la pelouse »

« Le Hamas ne s’arrêtera pas tant qu’il n’entendra pas le bruit des moteurs de blindés israéliens pénétrer dans les tunnels où se cachent, quelque part sous la ville de Gaza, ses dirigeants », avance Ben Caspit, éditorialiste du journal Maariv.

A mesure que se profilent les espoirs d’une trêve, réclamée par la communauté internationale, les experts israéliens poussent à l’unisson pour élargir les objectifs de l’offensive en cours.

L’éditorialiste du Yediot Aharonot Alex Fishman exhorte l’armée à « appuyer sur l’accélérateur », en commençant par « relever les troupes qui sont sur le terrain depuis une semaine », traumatisées par la mort au combat de 32 soldats, les plus lourdes pertes de l’armée israélienne depuis huit ans.

La hantise des commentateurs israéliens reste la perspective d’une confrontation sanglante « pour rien ». Elle a fait plus de 720 morts palestiniens et 35 côté israélien.

Youval Diskin, ancien chef de la sécurité intérieure, conseille au gouvernement Netanyahu d’ordonner la prise de contrôle au sol de « certaines poches de résistance » à Gaza, la seule façon à ses yeux de ne pas « aboutir à un statu quo entre le Hamas et Israël qui aura fait tant de victimes sans permettre d’avancée majeure ».

Si certains experts sont obsédés par les résultats à brandir « le jour d’après » la trêve, d’autres envisagent avec fatalisme le retour annoncé du prochain cycle de violences avec le Hamas.

« Contre la stratégie bien établie d’un ennemi non étatique comme le Hamas, Israël doit simplement ‘tondre la pelouse’ de temps en temps afin de réduire la capacité de l’adversaire », juge non sans cynisme Efraïm Inbar, dans le quotidien pro-Netanyahu Israël Hayom.

Si en revanche Israël ne veut pas se contenter de remporter la bataille mais tient à gagner la guerre, il faudra qu’il s’assure qu’il s’agit de la dernière.

Mais pour cela, explique M. Eiland, Israël devra obtenir lors de la signature d’une trêve « la démilitarisation du Hamas, le seul moyen de garantir des résultats de plus longue durée à cette opération ».