Le ministre de la Défense Moshe Yaalon a déclaré lundi qu’Israël fournissait une aide aux rebelles syriens, gardant de la sorte les Druzes de Syrie hors de danger immédiat. Les responsables israéliens avaient par le passé rechigné à confirmer officiellement que le pays aidait les forces qui se battent pour renverser le président syrien Bachar al-Assad.

Au cours d’un briefing avec des correspondants diplomatiques d’Israël au siège de l’armée israélienne à Tel-Aviv, Yaalon a déclaré que l’aide humanitaire continue d’Israël en faveur des combattants rebelles syriens, une source de conflit grandissante entre Israël et sa propre population druze, protège la population minoritaire en Syrie.

« Nous les avons aidés à deux conditions », a dit Yaalon à proopos de l’aide médicale israélienne aux rebelles syriens, dont certains se battent vraisemblablement avec le Front al-Nosra, affilié à al-Qaïda, afin de renverser le président syrien Bachar al-Assad: « Qu’ils n’approchent pas trop près de la frontière, et qu’ils ne touchent pas aux Druzes. »

Les Druzes du côté israélien du Golan, a accusé Yaalon, ont agi de façon « irresponsable » la semaine dernière en attaquant une ambulance israélienne transportant des rebelles syriens blessés. Une personne a été tuée et une autre blessée lors de ce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié de « lynchage ». La personne transportée dans l’ambulance israélienne n’était pas affilié au Front al-Nosra, et sa mort risque de provoquer des appels à la vengeance, a affirmé Yaalon.

Israël a soigné plus de 1 000 Syriens blessés dans ses hôpitaux depuis le début de la guerre civile en 2011.

Israël continuera à agir avec sensibilité concernant les Druzes, a dit le ministre. « Par ailleurs, les rebelles de l’autre côté voient que nous agissons avec sensibilité », a-t-il dit.

Après l'attaque par les villageois druzes d'une ambulance qui transportait deux Syriens blessés dans les hauteurs du Golan, le 22 juin 2015 (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)

Après l’attaque par les villageois druzes d’une ambulance qui transportait deux Syriens blessés dans les hauteurs du Golan, le 22 juin 2015 (Crédit : Capture d’écran Deuxième chaîne)

La politique de Jérusalem vis-à-vis des Druzes de Syrie « est très compliquée et sensible », a déclaré Yaalon, ajoutant qu’il n’est pas dans l’intérêt des rebelles de faire savoir qu’Israël les aide.

« Notre politique générale est que nous ne nous impliquons pas dans la guerre syrienne », a-t-il souligné. Mais il y avait certaines lignes rouges sur lesquelles Israël ne transige pas, comme la contrebande d’armes.

« Nous ne tolérerons aucune violation de notre souveraineté ni même un tir accidentel depuis la Syrie sur notre territoire. Nous agirons immédiatement pour frapper ceux qui placent des explosifs près de la frontière ou tirent sur nous », a-t-il déclaré.

Yaalon a également réitéré sa position sur le conflit israélo-palestinien, en répétant sa conviction qu’il n’y aura pas d’accord de paix permanent « dans notre génération ».

Ceci, a-t-il dit, n’est pas dû à une objection israélienne à un Etat palestinien, mais plutôt en raison du refus de la direction palestinienne de négocier et de faire les concessions nécessaires.

Au fil des ans, Jérusalem a pris plusieurs mesures pour tenter de relancer le processus diplomatique, y compris le gel de la construction des implantations et la libération de terroristes palestiniens, et a accepté, en principe, un accord-cadre négocié par les Etats-Unis, mais Ramallah a refusé et refuse encore de négocier sérieusement, affirme Yaalon.

« La balle n’est pas dans notre camp », a déclaré Yaalon. « Il y a beaucoup à faire pour faire avancer les dossiers, mais celui qui croit que c’est avec des pressions [de la communauté internationale] qu’un accord permanent peut être imposé se trompe. »

Plutôt que de simplement maintenir le « statu quo », a dit le ministre de la Défense, les deux parties pourraient faire beaucoup pour trouver un « modus vivendi » pour améliorer la vie des Palestiniens vivant en Cisjordanie.

Sur les négociations nucléaires iraniennes, Yaalon a déclaré qu’il estime que les puissances mondiales vont signer un « mauvais » accord avec Téhéran, « si ce n’est cette semaine, alors dans un proche avenir ».

Selon lui, l’accord éventuel ne gèlerait pas le programme nucléaire militaire de l’Iran pendant une décennie, pas un seul établissement ne serait fermé et aucune centrifugeuse ne serait démantelée.

« Même s’il y a des inspections, elles ne se seront que dans les sites que l’Iran acceptera », a-t-il dit, ajoutant que depuis des décennies Téhéran a réussi à tromper les inspecteurs, par exemple sur la construction d’une grande usine d’enrichissement secrète à Qom.

« Si ce régime est encouragé par l’allègement des sanctions [qu’il doit recevoir dans le cadre de l’accord, qui pompent des milliards de dollars sur son économie] avant que la période de 10 ans ne soit terminée, qui peut garantir qu’ils ne vont pas essayer d’en sortir [pour parvenir à une bombe] ? » a-t-il demandé.

Israël et les États-Unis diffèrent fondamentalement sur la question iranienne, a-t-il conclu. « Ils voient l’Iran comme une partie de la solution ; nous le voyons comme une partie du problème. »