Le président rwandais Paul Kagame a été dimanche le premier chef d’Etat africain à s’exprimer devant la plus grande organisation américaine pro-israélienne, l’AIPAC, où il a loué les liens entre l’Etat hébreu et son pays meurtri par un génocide en 1994.

Avant de prendre le pouvoir, Paul Kagame était le chef rebelle du Front patriotique rwandais (FPR) qui avait mis fin au génocide des Tutsi en 1994 par des extrémistes hutu (environ 800 000 morts selon l’ONU).

Il a fait ensuite de son pays une puissance économique régionale soutenue par les Etats-Unis, même si les relations avec Washington se sont tendues ces dernières années en raison de la volonté de Kagame de rester au pourvoir.

Il était dimanche l’invité de marque de la conférence annuelle de l’AIPAC, devant lequel il a vanté la réussite de l’Etat d’Israël, né après l’Holocauste de la Seconde guerre mondiale.

Le président du Rwanda Paul Kagame devant la conférence politique annuelle de l'AIPAC, à Washington, D.C., le 26 mars 2017. (Crédit : Andrew Biraj/AFP)

Le président du Rwanda Paul Kagame devant la conférence politique annuelle de l’AIPAC, à Washington, D.C., le 26 mars 2017. (Crédit : Andrew Biraj/AFP)

Devant un auditoire enthousiaste, Kagame a promis l’amitié du Rwanda à l’Etat hébreu et aux Américains juifs.

« La sécurité des peuples qui ont été un jour pris pour cibles pour être exterminés ne pourra jamais être seulement matérielle », a lancé le président rwandais.

« Tant que nous ne vaincrons pas toutes les idéologies qui justifient les tueries au nom du patriotisme, notre monde ne sera jamais vraiment en sécurité. Ni pour nous, ni pour quiconque », a-t-il souligné sous un tonnerre d’applaudissements.

Paul Kagame s’était rendu en Israël en 2008 et, devant l’AIPAC, il s’est clairement posé en « ami » et en allié de l’Etat juif. Il a déclaré dimanche que le « Rwanda est, sans question, un ami d’Israël. »

« Ensemble, avec des amis comme les Etats-Unis, nous devons appeler à une solidarité mondiale revigorée contre les dangereuses tentatives qui visent à nier le génocide et à banaliser les victimes », a-t-il encore plaidé.

« Israël a le droit d’exister et de s’épanouir comme membre à part entière de la communauté internationale. Ce n’est pas une infraction au droit d’un autre peuple, et ne devrait pas être vu ainsi », a affirmé Kagame.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président du Rwanda Paul Kagame, à Kigali, au Rwanda, le 6 juillet 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président du Rwanda Paul Kagame, à Kigali, au Rwanda, le 6 juillet 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Nous attendons avec impatience de faire encore plus ensemble », a-t-il déclaré.

Les relations entre Israël et l’Afrique n’ont pas toujours été faciles.

Par le passé, nombre de mouvements politiques africains contre la colonisation européenne s’identifiaient à la lutte des Palestiniens, et Israël a longtemps soutenu l’ancien régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Mais l’Etat juif s’est beaucoup activé diplomatiquement et économiquement sur le continent et a noué des relations politiques et commerciales avec des pays comme le Rwanda.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est rendu l’an passé dans quatre pays africains, dont le Rwanda, et il devrait rencontrer en octobre une trentaine de dirigeants au cours d’un sommet Afrique-Israël au Togo.