Etre gros suffit à vous rendre encore plus gros, ont découvert des chercheurs de l’université de Tel Aviv, en raison d’un phénomène nommé « l’expansion cellulaire. »

Selon le professeur Amit Gefen, le docteur Natan Shaked et Naama Shoham du département d’ingénierie biomédicale, qui ont collaboré avec le professeur Dafna Benayahu du département de biologie cellulaire et du développement, « l’expansion cellulaire » joue un rôle crucial dans la production de graisse : les cellules « graisseuses », c’est-à-dire celles qui contiennent un taux supérieur de graisse que le reste du corps, grossissent lorsqu’elles sont exposées à une pression physique, telle que la pression exercée en position assise.

« Au contraire des muscles et du tissu osseux, qui s’affaiblissent automatiquement en cas d’inactivité, des dépôts de gras dans les cellules graisseuses s’étendent quand elles éprouvent une charge prolongée d’au moins 50 % [du poids].C’est une découverte considérable », explique Geffen.

L’étude a été publiée cette semaine dans le Biophysical Journal.

Aux Etats-Unis, plus de 35 % des adultes sont considérés comme obèses. Ajoutez à cela ceux qui sont « à peine » en surpoids et vous réaliserez que sept Américains sur dix ont un problème de poids.

Cette question touche les enfants, et même les tout-petits : 12 % des enfants de 2 à 5 ans sont obèses.

La situation en Israël est un peu meilleure. Le taux d’obésité des adultes est d’environ 14 %, soit moins que la moyenne de 17 % de l’OCDE, mais reste significatif.

En raison du coût élevé de l’obésité – selon les experts, les Etats-Unis auraient dépensé 200 milliards de dollars (145 milliards d’euros) pour des soins liés à l’obésité au cours des dernières années – les compagnies d’assurance, les directeurs d’hôpitaux et les sociétés de régimes amincissants ayant tous un intérêt à comprendre pourquoi tant de personne en souffrent.

Si la suralimentation et le manque d’exercice sont évidemment des facteurs clefs, tout le monde connaît quelqu’un autour de lui capable d’ingurgiter tout ce qu’il veut sans prendre un gramme. Le régime, semble-t-il, n’est pas la seule variable d’ajustement.

Cette observation a également interloqué les chercheurs de l’université de Tel Aviv qui ont utilisé des technologies de pointe pour analyser l’accumulation de graisses dans le corps au niveau cellulaire, afin de détecter la structure des cellules « obèses ».

Selon le professeur Gefen, une question essentielle pour les chercheurs – qui ont bénéficié d’une subvention de la Fondation Israël pour la Science – était de découvrir pourquoi un mode de vie sédentaire conduit souvent à l’obésité.

« Nous avons réalisé que les cellules graisseuses, exposées à une pression soutenue et chronique – comme ce qui arrive aux fesses lorsque l’on s’assoit – connaissaient une croissance accéléré de gouttelettes de lipides, qui sont des molécules transportant les graisses. »

Visiblement, lorsqu’une cellule devient « grosse » en accumulant des gouttelettes de lipide, sa structure et son mécanisme changent radicalement.

Grâce à un microscope à force atomique, les chercheurs ont pu constater à quel point les cellules se renforçaient en s’étendant.

« Quand elles gagnent en masse et modifient leur composition, les cellules en expansion déforment leur voisines, les forçant à se différencier et à s’étendre », explique Gefen.

« Cela prouve que nous ne sommes pas seulement ce que nous mangeons – et ce que nous ressentons, c’est la pression d’un poids accru et la charge soutenue par les tissus adipeux. »

« Si nous comprenons l’étiologie du grossissement, comment les cellules des tissus graisseux synthétisent les composants nutritionnels en fonction d’une charge mécanique donnée, nous pourrons alors imaginer différentes solutions pratiques contre l’obésité », ajoute-t-il.

Munie de cette connaissance, l’équipe de scientifiques va désormais mener des enquêtes sur les mécanismes de changement cellulaire et sur la façon dont les cellules graisseuses « conspirent » pour faire grossir les gens ou les rendre obèses.

« Si vous pouvez apprendre à contrôler l’environnement mécanique des cellules », confie Gefen, « vous pouvez déterminer comment moduler les cellules graisseuses pour qu’elles produisent moins de gras. »