L’économie d’Israël risquerait de perdre jusqu’à 40 milliards de shekels (9,6 milliards d’euros) par an et des milliers de personnes pourraient perdre leur emploi si le pays était soumis à un boycott international total, selon un rapport du ministère des Finances autorisé la semaine dernière à la publication après une bataille de deux ans.

Le rapport de six pages, achevé à la mi-2013, avertit que les dommages causés par un boycott international pourrait s’élever d’environ un demi-milliard de shekels (120 millions d’euros) par an avec 500 personnes perdant leur emploi ; jusqu’à 40 milliards de shekels et 36 500 licenciements, selon la portée du boycott et l’importance de sa mise en œuvre dans le monde.

Le rapport, rédigé par le personnel du ministère des Finances lorsque Yair Lapid, le leader du parti Yesh Atid, était ministre des Finances dans le précédent gouvernement, avait été gardé secret jusqu’à maintenant.

L’Etat a décidé de le rendre public suite à un appel du Mouvement pour la liberté de l’information, une ONG israélienne. Le ministère a d’abord refusé de publier le rapport, évoquant de potentielles dommages stratégiques causées à l’économie israélienne.

Un rapport de la Rand Corporation publié le mois dernier avait montré qu’Israël pourrait perdre 9 milliards de dollars par an en l’absence d’un accord de paix et 50 milliards de dollars sur 10 ans.

La publication du rapport intervient alors que les dirigeants israéliens ont exprimé une inquiétude croissante face à l’appel au boycott  par des militants pro-palestiniens.

Les ministres ont promis de combattre les tentatives de boycott par des moyens législatifs et juridiques alors que les campagnes de BDS (Boycott désinvestissement et sanctions) semblent gagner du terrain.

Selon un rapport publié mardi dans le journal économique en hébreu Calcalist, les économistes du ministère des Finances ont présenté cinq scénarios différents de boycott international, et examiné l’effet potentiel de chacun des scénarios sur l’économie d’Israël, ses exportations et le marché de l’emploi.

Si le boycott diplomatique d’Israël connaissait une croissance modérée – conduisant à des boycotts volontaires des pays européens, de chaînes de magasins ou d’organisations de consommateurs de produits venant d’implantations de Cisjordanie – les dégâts sur le marché pourraient atteindre près d’un demi milliard de shekels par an, et environ 430 personnes pourraient perdre leur emploi.

Cependant un boycott plus important de tous les produits de Cisjordanie par tous les Etats de l’UE pourrait également affecter les produits fabriqués à l’intérieur de la Ligne verte.

Cela pourrait, selon le rapport, conduire à un boycott d’environ 1 % des produits israéliens, et porter atteinte au marché à hauteur de 2 milliards de shekels et 1 800 emplois.

Dans un scénario extrême, où l’UE boycotterait tous les produits israéliens et arrêterait les investissements dans le pays – des sanctions similaires à celles imposées sur l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid – 36 500 personnes se retrouveraient sans emploi et Israël perdrait 40 milliards de shekels chaque année.

Les économistes du ministère des Finances définissent le dernier scénario comme le plus extrême, mais mettent en garde : des scénarios extrêmes ont souvent surgi en raison de développements difficiles à prévoir et les initiatives locales et limitées de boycott risquent rapidement de dégénérer en sanctions officielles de grande envergure.

Le tribunal du district de Jérusalem avait ordonné à l’Etat de publier le rapport, en expurgeant les passages qui pourraient constituer une véritable menace pour le fonctionnement de l’Etat.

L’Etat a alors demandé à deux reprises de retarder la publication, avant de finalement publier l’intégralité du rapport, sans aucune censure.