Vilipendé en Israël, décapité en Cisjordanie et sous les bombes à Gaza, le Hamas a engagé une active campagne de propagande glorifiant ses combattants héroïques afin de rassembler au-delà de ses partisans mais aussi pour s’adresser sans filtre à la société israélienne.

A l’image, rien que du classique : vêtus de treillis, des activistes de la branche armée du mouvement islamiste fabriquent, transportent et tirent des volées de roquettes vers Israël. Les chants rythmant l’action étant en hébreu.

« Nous préparons une génération de guerriers qui s’accrochent à la mort comme l’ennemi s’accroche à la vie », martèlent les paroles de cette version traduite d’un tube des Brigades Ezzedine al-Qassam, « Ebranlez la sécurité d’Israël », qui date de la dernière guerre entre le Hamas et Israël en novembre 2012.

« Un Etat de faiblesse et d’illusion ne saurait résister à la guerre ! », poursuit la chanson, en référence à Israël qui bombarde sans relâche depuis mardi la bande de Gaza pour faire cesser les salves de centaines de roquettes.

Cette vidéo de cinq minutes est l’un des « hits » de la propagande toujours mieux huilée du Hamas, au pouvoir à Gaza, pour s’adresser en direct au public israélien.

Les Brigades al-Qassam ont en outre relancé le 7 juillet, après plusieurs mois de silence, une version en hébreu de leur compte Twitter.

A la télévision aussi, la chaîne du Hamas, Al-Aqsa TV, diffuse des traductions des versets coraniques inspirant ses opérations militaires et vante en parallèle ses différents modèles de roquettes de fabrication locale : « M75 ? R160 ? J80 ? S55 ? ». Laquelle frappera ?

Réponse du berger à la bergère

Pour l’universitaire palestinien Saleh Macharqa, le Hamas a construit peu à peu son propre département de propagande depuis une décennie, s’inspirant d’une stratégie développée par le puissant mouvement chiite libanais Hezbollah.

« Le Hezbollah a mis en place une équipe qui produit et traduit en hébreu et le Hamas a fait pareil », explique ce professeur de l’université de Bir Zeit.

Le résultat donne une production relativement sophistiquée, du moins dans la forme, allant jusqu’à utiliser l’argot israélien et les vocables de l’armée israélienne.

« Lorsque les Israéliens entendent cela, c’est nouveau. Ils entendent le message du Hamas directement de sa bouche », observe l’expert qui y voit une tentative d’instiller la peur et de retourner l’opinion israélienne contre son gouvernement.

C’est aussi une réponse du berger à la bergère, les autorités israéliennes gérant des comptes Twitter multilingues, y compris en arabe, et propageant leur propre « hasbara » (relations publiques, en hébreu) pour illustrer le caractère « ciblé » des bombardements.

L’aviation israélienne a même largué récemment des sucettes sur la Cisjordanie occupée pour offrir aux habitants « un peu de douceur » face à « l’amertume que le Hamas a répandu dans vos existences ».

Gagner aussi le cœur des Palestiniens

Mais l’offensive médiatique du Hamas ne cible pas seulement Israël, loin de là, mais aussi les « frères » palestiniens de Cisjordanie, dont les dirigeants ont signé en avril un accord de réconciliation avec le mouvement islamiste à Gaza.

La chaîne Al-Aqsa met ainsi en valeur le combat du Hamas contre « l’occupant » israélien avec force infographies animées de roquettes s’abattant sur Israël.

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste, où se sont ouverts de multiples comptes fonctionnant sur le mode des « breaking news » pour détailler la chronologie des combats. Ils diffusent des bilans fantaisistes d’ennemis tués alors qu’aucun décès n’est à déplorer pour le moment en Israël.

« Pour la première fois, les Brigades al-Qassam ont tiré sur l’aéroport sioniste Ben Gurion (de Tel Aviv) avec quatre roquettes M75 », s’enorgueillissait l’une de ces pages vendredi.

Plus subtilement, le Hamas islamiste s’est aussi approprié des hymnes révolutionnaires séculiers connus de tous les Palestiniens.

Assumant une filiation historique, il a ainsi illustré d’images de ses combattants en pleine action un célèbre chant des fédayins de l’OLP à la fin des années 1970, soit bien avant la création du Hamas en 1987 : « Je viens pour toi, mon ennemi, je viens ».

« Ces chansons, tous les Palestiniens les connaissent », souligne Saleh Macharqa.

« Durant mon enfance, nous les entendions tout le temps et maintenant c’est le Hamas qui en use pour souder le sentiment national et se faire accepter ».