Le Sud de Tel-Aviv : « Nous ne sommes pas un entrepôt pour infiltrés »
Rechercher

Le Sud de Tel-Aviv : « Nous ne sommes pas un entrepôt pour infiltrés »

Plusieurs dizaines se sont rassemblés pour dénoncer la réduction du temps de détention des migrants, scandant : « vous répandez notre sang »

Rassemblement de résidents du sud de Tel-Aviv contre un arrêt de la Haute Cour qui limite le temps de détention des migrants (Capture d'écran : Deuxième chaîne)
Rassemblement de résidents du sud de Tel-Aviv contre un arrêt de la Haute Cour qui limite le temps de détention des migrants (Capture d'écran : Deuxième chaîne)

Des résidents du sud de Tel Aviv ont manifesté mardi soir contre une décision de la Haute Cour de Justice qui limite à 12 mois le temps d’internement des migrants dans les centres de détention.

Cette décision, qui confirme une loi gouvernementale, a été saluée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, alors que la ministre de la Justice Ayelet Shaked (HaBayit HaYehudi) et le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan (Likud) soutiennent les habitants des quartiers sud de Tel Aviv, où la plupart des migrants vivent.

Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées mardi, portant des pancartes « expulsion maintenant », et « la Haute Cour répand notre sang », selon la radio militaire.

« Après la réduction de leur temps de détention à Holot, le seul endroit où ils peuvent s’installer reste les quartiers sud de Tel Aviv, » dit Talya Mizrahi, une résidente de Yad Eliyahu, à la Deuxième chaîne. « C’est scandaleux, nous ne sommes pas un entrepôt pour infiltrés. Nous ne sommes pas disposés à être l’entrepôt de l’Etat d’Israël. »

La Haute Cour « veut être humanitaire et défendre les droits de l’Homme, mais pourquoi au détriment de son peuple ? », ajoute le manifestant Yigal Ben-David. « Si la Haute Cour vivait parmi nous, elle serait au courant de toutes les attaques ici, de tous les crimes, les gens ici ne jouissent d’aucune sécurité personnelle. »

Netanyahu a exprimé sa satisfaction devant le fait que « la Haute Cour de Justice a accepté en principe la position de l’Etat, selon laquelle l’afflux illégal de migrants est inacceptable, et que par conséquent ils peuvent être détenus pour un effet dissuasif nécessaire. La décision sera étudiée et l’Etat agira pour la mettre en œuvre », selon une déclaration de son bureau, mardi.

Mais des politiciens de droite et de gauche s’opposent à cette décision qui ne cautionne pas pleinement la position du gouvernement ou les organisations réfractaires.

Au cours des dernières années, on estime que 47 000 migrants africains, principalement de l’Érythrée et du Soudan, ont réussi à entrer illégalement en Israël via l’Egypte, à la recherche d’un emploi ou d’un asile.

La décision de mardi marquait le troisième examen de la Haute Cour de justice de la loi, adoptée en 2013, ou de l’une de ses révisions.

Selon la décision, le gouvernement ne sera pas autorisé à enfermer les migrants dans les centres de détention pendant une période supérieure à 12 mois, par opposition aux 20 mois imposés par le gouvernement. La décision forcera l’Etat à libérer des centaines de migrants actuellement internés au centre de détention de Holot près de la frontière sud d’Israël avec l’Egypte.

Erdan a été déçu par la décision. Le ministre, qui était ministre de l’Intérieur dans le cabinet de Netanyahu, déclare : en tant que personne ayant « rédigé la version actuelle de la loi pour empêcher l’infiltration, je suis profondément déçu de la décision de la Haute Cour, qui nuit gravement aux efforts de l’État d’empêcher les infiltrés illégaux de s’enraciner dans les villes d’Israël. »

Erdan déclare que la période de détention de 20 mois a été décidée après une sérieuse délibération avec le procureur de l’État et son équipe et prend en considération les libertés individuelles des migrants, par exemple en leur permettant de quitter le centre de détention de Holot le soir.

Il dit que la Haute Cour de Justice « se positionne comme un ‘législateur suprême’, définissant les détails des dispositions juridiques à la place du parlement. » Dans une telle situation, « la Knesset n’a pas d’autre choix » que d’adopter une loi permettant aux législateurs de braver les décisions de la Haute Cour avec une majorité spéciale.

Ayalet Shaked a diffusé sa critique de la décision sur Facebook avant même sa publication. Elle a déclaré mardi qu’elle posterait des vidéos « toutes les deux heures » montrant des migrants harcelant des Israéliens ou commettant des délits mineurs. Elle a retiré son post Facebook lorsqu’un commentateur a fait remarquer qu’une vidéo qu’elle a postée montrait un incident survenu en Turquie, et non en Israël.

Suite à la décision, dit Shaked, « il est important dans un Etat démocratique que la définition des pouvoirs et des rôles entre les différentes branches soit claire ».

Israël n’a pas de constitution, mais une série de Lois fondamentales qui forment ses fondements constitutionnels.

La décision de mardi « est la raison pour laquelle nous avons besoin d’une Loi fondamentale afin de normaliser les autorités entre les pouvoirs législatif et judiciaire », ajoute Shaked, faisant allusion à la législation qui permet à la Knesset de renverser les décisions de la Cour visant à abroger des lois jugées inconstitutionnelles.

Des groupes de défense des droits qui avaient déposé un recours contre la loi déclarent que la décision montre que « le temps est venu de créer une politique appropriée qui profitera aussi bien aux résidents du sud de Tel Aviv qu’aux demandeurs d’asile ».

Une déclaration conjointe de tous les groupes agissant au nom des migrants déclare que le tribunal « a montré pour la troisième fois que les législateurs n’ont pas investi suffisamment de réflexion et de discussion avant d’ôter la liberté à de milliers de personnes. Le tribunal a jugé que détenir des gens [au centre de détention de] Holot pendant 20 mois est non constitutionnel et que toute personne détenue pendant plus d’un an sera libérée immédiatement.

« La politique à l’égard des demandeurs d’asile ne peut se résumer à priver de liberté des masses de personnes innocentes ou à totalement négliger la question, » ajoute le communiqué.

La déclaration appelle également le gouvernement à délivrer des permis de travail et à inciter les migrants à faire partie de la population active.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...