Un éditorial du New York Times publié mercredi attribue les fortes tensions diplomatiques entre Israël et les Etats-Unis à « l’évolution dangereuse dans la politique israélienne » sous la direction du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Dans un article intitulé « Israël abandonne-t-il une solution à deux états ?« , le journal note que l’abstention américaine lors du vote de la résolution anti-implantations du Conseil de sécurité des Nations unies le mois dernier et le discours sur la paix au Moyen Orient du secrétaire d’Etat John Kerry mercredi avait entraîné « plus d’indignation, de noms d’oiseaux et de menaces que d’habitude » de la part de Netanyahu et de ses alliés.

La critique acerbe du Premier ministre des politiques de l’administration Obama envers Israël « donne une fausse représentation de l’histoire des relations israélo-américaine, donne une mauvaise image du président Obama et de son secrétaire d’Etat John Kerry, et a créé de la confusion dans ce qui devrait être un débat sérieux sur le futur d’une paix négociée entre Israéliens et Palestiniens, qui semble s’éloigner chaque jour. »

Netanyahu a condamné la résolution 2334, « dangereuse et destructrice » et a non seulement critiqué le président américain sortant Barack Obama pour ne pas avoir apposé son veto, mais il l’a aussi accusé d’avoir participé activement à l’écriture et d’avoir orchestré son passage. Washington a nié ces accusations.

L’éditorial du New York Times défend la politique d’Obama sur Israël, notant que le président sortant a « utilisé le veto américain et sa force diplomatique plus assidûment que n’importe quel président américain pour protéger Israël d’une critique injustifiée. »

Malgré le « parti-prix honteux contre Israël » aux Nations unies, l’article souligne que le gouvernement américain n’est pas obligé de « protéger Israël d’une critique internationale qui est en accord avec une politique américaine de longue date et avec les intérêts américains. »

L’augmentation de l’activité d’implantation d’Israël sous le gouvernement Netanyahu signifie que les « simples mots » du Premier ministre en soutien d’un état palestinien indépendant ne convainquaient plus, précisait l’éditorial.

L'implantation de Beit El, au nord de Ramallah, en Cisjordanie, en 2012. (Crédit : Oren Nahshon/Flash90)

L’implantation de Beit El, au nord de Ramallah, en Cisjordanie, en 2012. (Crédit : Oren Nahshon/Flash90)

« Les colons israéliens de droite ont été assez clairs depuis des décennies sur leur démarche patiente pour revendiquer Jérusalem et la Cisjordanie en implantant stratégiquement des colonies afin d’empêcher la création d’un état palestinien viable. »

L’article continuait en affirmant que les critiques qui déclarent que les politiques israéliennes d’Obama entraineront seulement plus d’implantations sont le résultat de « la logique cynique du mouvement d’implantation ».

« Lorsque le monde est silencieux, Israël peut construire des implantations ; lorsque le monde s’exprime, Israël doit construire des implantations. Sous n’importe quel scénario, les implantations vont se développer, et la possibilité d’une solution à deux états s’éloigne », note l’article.

Si l’éditorial soulignait que les implantations israéliennes n’étaient pas les seuls obstacles à l’obtention d’une paix durable entre Israéliens et Palestiniens, l’article précisait que la construction continue d’implantations en Cisjordanie était un « obstacle à tout accord final, et elles sont de la responsabilité d’Israël ».

L’article argumentait que le gouvernement pro-implantation de Netanyahu faisait avancer la vision d’une solution à un seul état qui verrait un contrôle israélien presque total de la Cisjordanie alors qu’une grande partie des résidents palestiniens iraient soit en Egypte ou en Jordanie.

L’éditorial renvoyait à une tribune libre publiée mercredi dans le Wall Street Journal par l’ancien ambassadeur américain aux Nations unies John Bolton, dont certaines rumeurs voudraient qu’il soit pressenti pour être vice-secrétaire d’Etat de l’administration Trump, qui avançait une solution à un état pour le conflit israélo-palestinien.

La « brûlante confrontation diplomatique » entre Israël et les Etats-Unis y était également attribuée à « l’attitude lamentable [de Netanyahu] qui a immiscé son gouvernement de manière la plus directe dans la politique américaine que n’importe quel gouvernement étranger, à l’exception de la Russie. »

Le New York Times notait qu’il était « difficile de voir » comment l’implication politique de Netanyahu et les politiques pro-implantations de son gouvernement servaient les intérêts d’Israël à long terme.