Des millions de jeunes adorent les films de Disney, mais peu les apprécient autant qu’Owen Suskind. Il a regardé tous les films de Disney des milliers de fois et peut réciter les dialogues entiers de chaque film sans se tromper.

Pour Owen, qui est autiste, regarder du Disney n’est pas un hobby ; c’est une thérapie.

Les dessins animés comme le Roi lion, Aladin et le Livre de la jungle ont servi de pont vers le monde d’Owen, lui permettant de se trouver et d’interagir avec les autres.

Dans le livre Life, Animated : A Story of Sidekicks, Heroes and Autism [La Vie, Animé : une histoire d’ami, de héros et d’autisme], le père d’Owen, le journaliste lauréat du prix Pulitzer et écrivain Ron Suskind, fait la chronique du voyage unique de son fils, du diagnostic d’un autisme régressif à l’âge de trois ans (quand l’enfant, qui semblait se développer normalement, a arrêté de communiquer et de franchir les différentes étapes de l’enfance) à sa vie aujourd’hui d’un jeune homme de 23 ans semi-indépendant qui arrive à communiquer.

Suskind révèle les hauts et les bas auxquels sa famille a dû faire face au fil des ans, et plaide pour ce qu’il appelle l’ « affinity therapy » [la thérapie de l’affinité]. Bien que tous les enfants autistes ne soient pas de grands fans de Disney, beaucoup ont d’autres passions et ces passions peuvent les aider à avoir les capacités sociales et émotionnelles cruciales.

« Il y a beaucoup de bénéfices naturels chez Disney, car nous en tant qu’humains, nous nous sommes toujours donné un sens par les mythes et les fables, mais il y a d’autres avantages avec d’autres affinités aussi », explique Suskind au Times of Israel.

« On a rencontré des enfants autistes qui adoraient les dessins animés japonais ou Thomas et ses amis. Beaucoup de personnes autistes sont fascinées par les cartes. Les cartes nous aident à nous placer dans le monde. Les endroits ont une histoire. Les cartes peuvent être imaginaires et on peut recenser nos émotions ».

Suskind, 54 ans, suggère aux parents « de plonger dans leur enfant comme ils le feraient dans un lac » quand une affinité devient manifeste. « Ils ne doivent pas essayer de limiter les obsessions et doivent se donner la permission s’immerger avec leurs enfants et d’en profiter ».

Il explique que si les parents suivent le cours de la passion extrême de leurs enfants, l’enfant les laissera entrer plus en plus.

L’auteur, qui réside à Cambridge dans le Massachusetts, donne ce conseil aujourd’hui. Pourtant quand Owen a commencé à montrer des signes d’obsession sur les films d’animation de Disney, lui et sa femme, Cornelia Kennedy Suskind, ne savaient pas vraiment comment réagir.

« Dans les années qui ont suivi le diagnostic, la seule activité d’Owen et de son frère, Walt, était ce qu’il faisait avant que son autisme ne soit découvert : regarder les films de Disney. La Petite Sirène, la Belle et la Bête, Aladin – c’était l’époque des grands succès de Disney – et aussi des classiques un peu plus anciens : Dumbo, Fantasia, Pinocchio, Bambi », décrit Suskind dans un article pour le New York Times.

« … Quand Walt sortait jouer avec ses amis, Owen continuait de regarder [les dessins animés], films après films. Il rembobinait un peu et les regardait à nouveau. Il rembobinait énormément. Mais il semblait serein et
concentré ».

Puis, un jour, un an après le diagnostic d’Owen, Suskind et sa femme l’ont entendu marmonner « Juicervose, juicervose » [quetarvoi, quetarvoi]. Il regardait la Petite Sirène – plus précisément la scène où Ursula, la sorcière des mers, chante « Pauvres âmes en perdition » à Ariel, la petite sirène égoïste. C’est la scène juste avant qu’Ursula ne transforme Ariel en humaine, pour lui permettre de retrouver le prince charmant, en échange de sa voix.

« Décide-toi – fais ton choix
J’suis une femme très occupée et je n’y passerai pas la journée.
Ça ne te coutera que ta voix ! »

Alors qu’Owen n’arrêtait pas de rembobiner jusqu’à cette partie, les parents ont compris que leur fils, qui n’avait pas parlé depuis un an, ne parlait pas de jus [juice = jus]. Il répétait les paroles de la chanson : Just your voice [Que ta voix].

« Au moment de sa transformation, la sirène a perdu sa voix. Et le garçon silencieux aussi », écrit Suskind.

Cornelia et Ron Suskind avec leurs fils Walter et Owen avant de découvrir la puissance de traitement d'affinité Disney. (Crédit : autorisation)

Cornelia et Ron Suskind avec leurs fils Walter et Owen avant de découvrir la puissance de traitement d’affinité Disney. (Crédit : autorisation)

Dans un premier temps, les experts ont prévenu que cela pourrait seulement être de l’écholalie, phénomène où les personnes handicapées ne font que répéter les derniers mots d’une phrase sans vraiment en comprendre le sens. Mais au fil du temps, il est devenu évident pour Suskind et sa femme que le monde de Disney aidait son fils à comprendre le monde réel.

En septembre 1997, le fils aîné du couple, l’indépendant et fort Walter, est devenu un peu larmoyant lors de sa 9ème fête d’anniversaire. Après avoir vu son frère pleurer, Owen, alors âgé de six ans, a suivi ses parents dans la cuisine, les a regardés et a déclaré tout d’un coup : « Walter ne veut pas grandir, comme Mowgli ou Peter
Pan ».

« C’est comme si un coup de foudre venait de nous tomber dessus. Une phrase complète, et pas seulement un ‘je veux ceci’ ou ‘donne-moi ça’. Non, une phrase complexe, le genre de phrase qu’il n’avait pas prononcée en quatre ans. En fait, jamais », écrit Suskind.

A partir de ce moment-là, Suskind et sa femme ont plongé la tête la première dans les films de Disney avec leur fils, en utilisant les chansons et les dialogues des films pour le faire sortir de sa coquille autistique.

Ils ont partagé leurs points de vue – y compris leur découverte qu’Owen avait appris à lire tout seul en lisant les crédits des films qui défilent à la fin, et qu’il pouvait dessiner des personnages de Disney qui pourraient rivaliser avec ceux dessinés par les animateurs professionnels – avec les différents médecins, les thérapeutes et les éducateurs qui travaillaient avec Owen. Eux aussi ont intégré cette affinité profonde dans leur travail avec le garçon.

Owen Suskind et Mickey (Crédit : autorisation)

Owen Suskind et Mickey (Crédit : autorisation)

Maintenant qu’il a obtenu son diplôme de l’école spécialisée Riverview à Cape Cod dans le Massachusetts, Owen a dû renoncer à son rôle de président du club de Disney de l’école qu’il a fondée.

« Tous les enfants qui ont participé au club avait une affinité pour Disney, mais aucun d’entre eux n’a grandi dans des foyers où il recevait un soutien comme dans le cas d’Owen », explique le père. « Le club a enclenché le mouvement et ils sont en train de rattraper Owen. Tous les parents affirment que leurs enfants se sont épanouis grâce au club Disney ».

Alors qu’Owen emménage avec sa petite amie, avec qui il est depuis deux ans (La Belle et la Bête l’a aidé pour ça), dans une communauté de vie autonome à Cape Cod et s’installe dans sa nouvelle vie d’adulte (il va travailler dans un magasin et continuera de faire ses peintures vivantes et réalistes des personnages de Disney), son père revient sur sa décision de donner vie à Life, Animated.

Suskind, l’auteur de cinq autres livres acclamés, n’avait pas pensé à écrire un livre sur l’expérience de sa famille avec l’autisme et la thérapie Disney durant les 20 premières années d’Owen. C’est le fait qu’Owen s’accepte lui-même à 19 ans qui a incité Suskind à réaliser ce projet.

« Il nous a dit : « Je vais bien. Je ne fais pas partie du rayon des jouets cassés. Je veux que les gens sachent qui je suis », raconte Suskind. « Donc, Cornelia et moi avons tout mis sur pause pendant deux ans et avons écrit ce livre dans l’espoir d’aider d’autres familles avec des enfants autistes ».

Le couple a conclu que le processus d’écriture leur a servi de défouloir.

« C’était intense de regarder en arrière et de revoir notre vie, revivre toutes ces émotions. C’était un tel voyage », partage Suskind.

Suskind explique avoir appris d’importantes leçons de vie de son fils autiste, qui a adopté les rituels juifs et sa spiritualité. Il a impressionné tout le monde lors de sa bar-mitsva avec un Dvar Torah [parole de Torah] sur l’injonction de ne pas placer un obstacle devant un aveugle.

« Il a apporté son intensité Disney à sa bar-mitsva. Il s’est vraiment épris des fables et des récits de la Bible hébraïque », se rappelle le père.

« Les enfants comme Owen sont spirituels. Il n’a pas honte de parler à Dieu. Il ne voit pas les divisions entre la présence terrestre et la présence divine. Il nous a enseigné la force de la spiritualité ».

Chaque film de Disney contient un message ou une morale, et Suskind explique qu’Owen lui a appris ainsi qu’à sa femme une leçon importante.

« Nous avons maintenant une notion plus large de ce qu’est une vie digne ».