Une réunion exceptionnelle entre Israéliens et Syriens a eu lieu mardi à Jérusalem. Elle a été interrompue par des manifestants palestiniens, qui protestaient contre cette « collaboration » entre Syriens et Israéliens. Les manifestants se sont heurtés à la réaction furieuse des Syriens, ces derniers les accusant de ne pas savoir ce qu’est véritablement l’oppression.

« Vous vivez au paradis, comparé à la Syrie ! Vous devriez avoir honte. », a affirmé Issam Zeitoun, représentant de l’ Armée syrienne libre auprès de la communauté internationale, aux manifestants qui refusaient d’arrêter de crier, et empêchaient ainsi la rencontre de se poursuivre.

L’altercation a eu lieu dans le hall bondé de l’Université hébraïque de Jérusalem, ou un contact de l’Armée syrienne libre et un représentant syrien kurde se sont exprimés devant les étudiants lors d’un événement organisé par le Harry S. Truman Research Institute for the Advancement of Peace.

« Ce qui est arrivé ne m’a pas surpris. Je m’attends à ce que les gens réagissent ainsi quand je parle dans une institution israélienne parce qu’il s’agit d’une question très sérieuse », a déclaré Zeitoun au Times of Israel.

« De nombreux Syriens et Palestiniens nous voient comme des traîtres », dit-il. « Je pense que personne ne peut juger les Syriens juste parce qu’ils échangent avec les Israéliens en public.»

Issam Zeitoun, intermédiaire entre l'Armée syrienne libre et de nombreux acteurs internationaux, dont Israël, a réagi furieusement aux manifestations palestiniennes le 17 janvier 2017. Il a déclaré: "vous vivez au paradi, comparé à la Syrie". (Crédit: Reuvan Ramaz, Truman Institute).

Issam Zeitoun, intermédiaire entre l’Armée syrienne libre et de nombreux acteurs internationaux, dont Israël, a réagi furieusement aux manifestations palestiniennes le 17 janvier 2017. Il a déclaré: « vous vivez au paradi, comparé à la Syrie ». (Crédit: Reuvan Ramaz, Truman Institute).

« L’intensité du conflit, et le nombre de victimes est trop grand. Personnellement, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir, et je parlerai à tous ceux qui sont en mesure de changer la situation, et pas seulement à Israël », a-t-il ajouté.

Une fois la manifestation terminée, Zeitoun a déclaré au public que l’aide israélienne, notamment médicale (plus de 2 000 syriens ont été traités dans les hôpitaux israéliens depuis 2013) ne suffit pas à inciter la population à se montrer davantage pro-Israël. Il a ajouté qu’il faudrait qu’un changement opère au niveau politique pour que la majorité des Syriens évoluent dans leur attitude à l’égard de l’État juif.

Zeitoun est devenu un représentant de l’opposition syrienne bien connu de la presse israélienne. Il a soutenu qu’Israël devrait aider à créer une zone sûre dans le sud de la Syrie, d’où il est originaire.

Zeitoun a expliqué au Times of Israel qu’il ne pense pas qu’Israël doive intervenir militairement, mais que le pays devrait se faire sentir politiquement dans le conflit syrien.

Issam Zeitoun, intermédiaire entre l'Armée syrienne libre et de nombreux acteurs internationaux, s'est exprimé le 17 janvier 2017 à l'Université hébraïque de Jérusalem. (Crédit: Reuvan Ramaz, Truman Institute).

Issam Zeitoun, intermédiaire entre l’Armée syrienne libre et de nombreux acteurs internationaux, s’est exprimé le 17 janvier 2017 à l’Université hébraïque de Jérusalem. (Crédit: Reuvan Ramaz, Truman Institute).

« Israël devrait jouer un rôle en obtenant la couverture politique des Russes et des Américains [pour la création d’une zone sûre], et nous ferons le reste », a-t-il dit.

Il a soutenu qu’une zone sûre pourrait être créée sur la frontière syrienne avec Israël et marquerait le début d’un retour à la normale. En effet, en Syrie, les infrastructures civiles telles que les écoles et les hôpitaux, sans parler des institutions de la société civile, ont été décimées par six années d’une guerre sanglante.

La guerre en Syrie a fait plus de 400 000 morts, selon les estimations de l’ONU, et des centaines de milliers de réfugiés.

La discussion a été menée par la députée de l’Union sioniste Ksenia Svetlova, ancienne journaliste qui a couvert le monde arabe dans les médias israéliens et russes. Elle est également membre de la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, et présidente du caucus de la Knesset pour les relations israélo-kurdes. L’auteur et journaliste kurde syrien Sirwan Kajjo, qui est originaire de la ville frontalière syrienne de Qamishili mais qui réside actuellement à Washington D.C., faisait également partie du invités à la conférence.

Issam Zeitoun (à droite), Sirwan Kajjo, auteur et journaliste kurde syrien (au centre ) et la député de l'Union sioniste Ksenia Svetlova (à gauhche). (Crédit: Reuvan Ramaz, Truman Institute).

Issam Zeitoun (à droite), Sirwan Kajjo, auteur et journaliste kurde syrien (au centre ) et la député de l’Union sioniste Ksenia Svetlova (à gauhche). (Crédit: Reuvan Ramaz, Truman Institute).

Selon Svetlova, lorsque les ministres israéliens se rencontrent pour parler de la Syrie, ils se demandent souvent : « À qui pourrions-nous parler pour anticiper la suite des événements ? »

Elle a indiqué que le Hezbollah, groupe terroriste libanais, qui s’acharne à vouloir détruire Israël, s’est renforcé après six années de combats en Syrie.

Le Hezbollah défile avec son équipement militaire à Qusayr, en Syrie, en novembre 2016. (Crédit : Twitter)

Le Hezbollah défile avec son équipement militaire à Qusayr, en Syrie, en novembre 2016. (Crédit : Twitter)

« En 2017, nous verrons l’influence croissante du Hezbollah. Nous devrons choisir entre agir ou ne pas agir en Syrie », a-t-elle dit.

Dans un échange avec le Times of Israel après l’événement, Svetlova a critiqué ceux qui prétendent qu’il serait préférable de permettre à Bashar el-Assad de reprendre le contrôle du pays et de mettre fin à la guerre. Cela conduirait inévitablement à une autre rébellion, a-t-elle soutenu.

« Quand ils disent que nous devons ressusciter Bashar el-Assad, ils oublient qu’il est à l’origine des massacres et du chaos qui s’est produit. Rétablir la dictature n’est jamais la réponse », a-t-elle dit.

Quand on lui demande si elle accepterait le retour de Bashar el-Assad avec des réformes politiques, elle répond : « S’il voulait apporter des réformes politiques, il les aurait déjà présentées. »

« Le ramener au pouvoir sera bien pire. Cela renforcera [l’État islamique] et le Front al-Nusra [qui lui est affilié] parce qu’ils seront encore plus légitimes », a-t-elle dit.