La communauté juive mondiale trouve de plus en plus difficile de soutenir Israël en raison de son conflit avec les Palestiniens, conduisant de nombreuses communautés à éviter de discuter de l’Etat juif, a révélé une nouvelle étude.

Cette tendance érode le soutien de la diaspora pour l’Etat juif, a mis en garde le rapport du Jewish People Policy Institute (JPPI), un groupe de réflexion, qui sera officiellement publié la semaine prochaine.

Alors que la plupart des Juifs sympathisent avec les besoins d’Israël de faire la guerre pour s’auto-défendre et croient que son armée agit selon des normes morales élevées, ils ressentent de plus en plus un grand malaise vis-à-vis de certaines politiques israéliennes qui, croient-ils, perpétuent inutilement le conflit, selon le rapport de 100 pages du JPPI, qui a été mis à la disposition du Times of Israel.

Les Juifs de la diaspora ne sont pas convaincus qu’Israël fait assez pour prévenir les conflits militaires et sont troublés par le nombre de victimes civiles qu’ils produisent souvent, mais ils accusent généralement les ennemis d’Israël pour le sang versé.

L’accusation de l’utilisation de la « force disproportionnée » rend difficile pour ces Juifs de défendre les actions israéliennes. Assez paradoxalement, toutefois, les Juifs de la Diaspora sont déçus qu’Israël ne parvienne pas à mettre fin à ses guerres avec des victoires décisives.

« Beaucoup de Juifs doutent qu’Israël souhaite vraiment parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens, et peu de gens croient qu’il fait l’effort nécessaire pour y
parvenir », selon l’auteur de l’étude, Shmuel Rosner.

Shmuel Rosner (Crédit : Autorisation)

Shmuel Rosner (Crédit : Autorisation)

« Un sentiment de crise est apparu dans de nombreuses communautés juives au sujet de leurs relations avec Israël, et il est de plus en plus difficile pour eux de discuter d’Israël en raison des différends politiques amères que ces discussions allument », écrit Rosner, un journaliste et membre senior au JPPI.

« Cette difficulté peut conduire à l’exclusion d’Israël de l’ordre du jour de la diaspora communautaire, et est un obstacle à la communication des actions et politiques d’Israël au peuple juif dans un cadre communal sympathique ».

Le rapport se fonde en partie sur des enquêtes des membres des communautés juives à travers neuf pays, dont les Etats-Unis, la France, l’Australie, le Canada, l’Afrique du Sud et la Hongrie.

Près de 60 % des sondés ont affirmé qu’ils pensaient que le gouvernement israélien actuel ne fait pas un effort sincère pour parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens.

Quelque 46 % des sondés de plus de 30 ans sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle Israël ne fait pas un effort diplomatique suffisant pour éviter un autre conflit armé dans la bande de Gaza (41 % pour les moins de 30).

Dans le même temps, 92 % des sondés de ce groupe d’âge ont convenu qu’Israël a fait autant que possible pour éviter les victimes civiles pendant l’opération Bordure protectrice de l’été dernier (pour les moins de 30, le nombre est de 81 %).

Le rapport de JPPI, un organisme basé à Jérusalem, qui est affilié à l’Agence Juive et qui informe le cabinet israélien sur les questions liées à la diaspora régulièrement, est également fondé sur les conclusions des dizaines de réunions avec des représentants des communautés juives à travers le monde.

Résumant la « dissonance » de la diaspora vis-à-vis d’Israël, Rosner a trouvé de « la compassion et de la sollicitude d’une part ; et de plus en plus d’inconfort interne et externe de l’autre ».

La plupart des juifs se sentent proche d’Israël et veulent que le pays prospère. Ils croient également qu’Israël fait la guerre que si cela est vraiment nécessaire, écrit-il dans l’étude, qui sera publiée la semaine prochaine.

Deux tiers des sondés ont indiqué qu’ils sont persuadés qu’Israël ne fait pas des efforts sincères pour parvenir à une paix avec les Palestiniens mais croient néanmoins qu’Israël utilise la force militaire en dernier recours, (naturellement, parmi ceux qui estiment que les efforts de paix d’Israël sont authentiques, le chiffre est encore supérieur à 88 %).

« On ne peut pas, cependant, ignorer les nombreuses voix qui témoignent d’une difficulté croissante à accepter le prix que cette proximité implique », a écrit Rosner.
« Les guerres d’Israël ont un effet immédiat et, généralement, un effet négatif sur la diaspora juive ».

Les Juifs de la diaspora ont souvent le sentiment que les actions militaires israéliennes les transforment automatiquement en ambassadeurs de l’Etat juif, qu’ils le veuillent ou non, a révélé l’étude.

« Nous sommes tous tenus pour responsables des actions d’Israël … [Il n’y] pas de séparation entre le sionisme et le judaïsme ; la manière dont Israël agit et négocie la paix affecte tous les Juifs », ont fait remarquer les participants d’un séminaire à Pittsburgh.

Certains participants se sont plaints que ce lien les affecte négativement au cours de leur interaction avec les non-Juifs dans l’environnement professionnel. « Les gens viennent à mon bureau et me demandent mon avis », a précisé un participant de Cleveland.

Des Palestiniens inspectent les décombres d'un centre commercial détruit après un raid aérien israélien dans la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 24 août 2014 (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Des Palestiniens inspectent les décombres d’un centre commercial détruit après un raid aérien israélien dans la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 24 août 2014 (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Le monde juif avait l’habitude de se rallier autour de don soutien envers Israël à chaque fois qu’il a été menacé ou attaqué, mais cette solidarité a diminué au cours des dernières années, révèle l’étude de JPPI.

« Cette érosion est naturelle, presque inévitable, étant donné le caractère changeant des guerres d’Israël », écrit Rosner.

« C’est enraciné à la fois dans les raisons de la guerre – certains Juifs de la diaspora attribuent la responsabilité à Israël pour certaines confrontations (en raison des politiques défavorables pour parvenir à un accord de paix), et les résultats de la guerre – qui ne fournissent aucun sentiment de clôture, pas de victoire ou de défaite, et donc il est difficile pour les observateurs extérieurs de s’identifier avec Israël ».

En outre, souligne-t-il, la diaspora est également de plus en plus mal à l’aise avec les dernières guerres d’Israël parce qu’elles ont lieu en milieu urbain et ainsi peuvent provoquer davantage de victimes civiles que les guerres précédentes d’Israël.

La communauté juive mondiale veut qu’Israël prenne son point de vue en compte

Le rapport du JPPI se concentre également sur la volonté de la diaspora juive à être prise en considération par Israël dans sa lutte contre ses guerres, et comment elle pense que l’armée israélienne devrait fonctionner moralement sur le champ de bataille.

« Beaucoup de Juifs à travers le monde pensent qu’ils ont le droit d’exprimer une opinion et que l’Etat d’Israël devrait prendre en considération leurs opinions, même sur les grandes questions de sécurité », a découvert Rosner.

« Les justifications données sont variées : le soutien de la diaspora juive pour Israël, le fait qu’Israël est un Etat juif, l’impact des événements sur leur propre vie ».

Seul un tiers des sondés a déclaré qu’Israël ne devrait pas prêter attention aux désirs de la diaspora juive.

Le reste veut que leurs préoccupations soient prises en considération chaque fois qu’Israël part en guerre, en citant plusieurs raisons. Par exemple, 21 % a déclaré qu’Israël devrait se soucier de l’opinion des autres Juifs s’il veut maintenir leur soutien pour ses conflits armés. La demande à être entendu par Israël est plus répandue parmi les jeunes juifs de la diaspora, a démontré l’étude.

« Pour que les Juifs soutiennent Israël, il doit être mieux que d’autres pays », a expliqué un participant à un groupe de discussion de Dallas. À Atlanta, quelqu’un a indiqué que « les Juifs de la Diaspora ont besoin de savoir qu’Israël se comporte moralement ».

La moitié des sondés a expliqué que l’armée israélienne devrait travailler pour trouver
« un équilibre entre la morale et le fait qu’elle est confrontée à des ennemis impitoyables qui souhaitent détruire Israël ».

Un troisième a déclaré qu’Israël devrait viser le « plus haut niveau de la conduite morale ».

Et 10 % disent que l’armée devrait modéliser son code d’éthique sur les pays « occidentaux », et seulement 5 % ont expliqué qu’il devrait se battre « comme tous les autres pays ».

Les gens agitant des drapeaux israéliens lors d'une manifestation de soutien à Israël, le 27 juillet 2014, à Marseille, dans le sud de France (Crédit : AFP PHOTO / Boris Horvat)

Les gens agitant des drapeaux israéliens lors d’une manifestation de soutien à Israël, le 27 juillet 2014, à Marseille, dans le sud de France (Crédit : AFP PHOTO / Boris Horvat)

Le souhait de la diaspora d’être entendu par les Israéliens n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

Une grande majorité des Juifs israéliens estiment que les relations de leur pays avec la communauté juive mondiale, en particulier avec la communauté juive américaine, est si importante qu’elle doive avoir son mot à dire sur ce que fait Israël, a révélé l’étude.

Dans une enquête inédite menée auprès des Israéliens juifs, 15 % des sondés ont déclaré que « les questions militaires et de sécurité » sont les sujets les plus importants sur lesquels le leadership d’Israël devrait consulter le leadership juif américain.

« Au moins un quart des Juifs israéliens, et probablement beaucoup plus, n’ont aucun problème avec, et soutiennent même l’idée qu’Israël consulte la communauté juive américaine, même dans le domaine militaire et sécuritaire sensible », écrit Rosner.

L’étude émet plusieurs recommandations aux décideurs politiques israéliens.

Pour l’un, écrit Rosner, ils devraient « accorder plus d’attention aux effets possibles de ses décisions en matière de sécurité militaire sur la diaspora juive ». Cela ne devrait pas passer outre d’autres préoccupations plus urgentes, nuance-t-il, mais tout du moins la position de la communauté juive du monde devrait être représentée dans le processus de prise de décision du pays.