Dans une interview donnée au Times of Israel en juin 2013, Danny Danon, à l’époque ministre adjoint à la Défense, affirmait que son parti, le Likud et la coalition gouvernementale de l’époque étaient farouchement opposés à une solution à deux Etats.

Selon Danon, malgré les déclarations du Premier ministre Benjamin Netanyahu avec un soutien de principe pour un accord à deux Etats, le gouvernement bloquerait la création d’un Etat palestinien si une telle proposition devait être soumise à un vote.

Ses commentaires avaient provoqué un tollé. S’était ensuivi un épisode inhabituel à savoir la prise de contact par l’administration du Premier ministre avec le Times of Israel pendant Shabbat pour souligner que les remarques de Danon ne « reflétaient pas la position du Premier ministre Benjamin Netanyahu ni celle du gouvernement d’Israël ». Bien au contraire.

Les mêmes sources soulignaient également que le Premier ministre « est intéressé par une reprise des négociations sans conditions préalables », et que ses positions concernant le soutien à une solution à deux Etats étaient toujours d’actualité.

Ce vendredi, Netanyahu a annoncé la nomination de Danon comme prochain ambassadeur d’Israël à l’Organisation des Nations unies. Il devra, en tant que représentant d’Israël, défendre la position d’Israël au Conseil de sécurité des Nations unies.

Plus tard en 2013, Danon avait pourtant intensifié sa rhétorique, déclarant que toute personne qui soutiendrait un accord de paix avec les Palestiniens n’aurait pas sa place au Likud.

Le Likud « ne soutiendra pas un accord qui mettrait nos acquis en danger pour rien », avait affirmé Danon. Et quiconque adouberait un tel accord « ferait le choix d’aller contre les idéaux du Likud, et ne serait pas au Likud ».

En mars de l’année dernière, alors que le Secrétaire d’Etat John Kerry tentait désespérément de sauver sa tentative de rétablissement de la paix, Danon avait explicitement averti Netanyahu de ne pas céder du terrain. « Si Netanyahu progresse trop loin dans les négociations, nous l’évincerons de la direction du Likud » avait promis Danon.

En mai dernier, Danon avait fustigé Kerry dans un édito pour Politico, accusant le secrétaire d’Etat d’essayer d’ « effrayer le public israélien pour le pousser à la capitulation ».

Ce même Danny Danon est l’homme que Netanyahu pense être le plus à même de représenter Israël dans l’incroyablement complexe « famille des nations », alors même que les critiques s’intensifient comme jamais.

Le soutien à Israël peut être évalué par le vote de l’Assemblée générale en 2012 pour faire accéder les Palestiniens au statut d’Etat non-membre. Les pays ayant voté comme Israël pouvaient (largement) se compter sur les doigts des deux mains : le Canada, la République tchèque, les Îles Marshall, la Micronésie, Nauru, Palau, le Panama et les États-Unis. Combien de pays ont voté en faveur de la valorisation de la Palestine ? 138.

Plus tard, en mai dernier, dans une conversation avec le Times of Israël, Danon avait réitéré son opposition farouche à toute solution à deux Etats, pour appeler Israël à annexer des parties de la Cisjordanie.

Alors que le consensus international évoque une solution où les grands blocs d’implantations juives en Cisjordanie resteraient dans le giron d’Israël, et le reste irait à un futur Etat palestinien, Danon espère « gagner la souveraineté sur la majorité des terres » en Cisjordanie, « avec le nombre minimum des Palestiniens »

Selon le plan de Danon, le statut des Palestiniens « devra être déterminé avec la Jordanie, Israël et les Palestiniens. Israël n’a pas à traiter de ce fardeau ». Israël a commis l’erreur de ne pas annexer de larges pans de la Cisjordanie après leur conquête en 1967, Danon défend. « Mais il n’est pas trop tard ».

Voici donc l’homme que Netanyahu a choisi pour représenter Israël dans les inévitables et âpres débats futurs au sujet de l’occupation, des implantations, et des droits des Palestiniens, au sein de l’organe de résolution des problèmes mondiaux.

A la veille des élections de ce mois de mars, Netanyahu avait affirmé à un site en hébreu qu’il ne prévoyait pas l’établissement d’un Etat palestinien, compte tenu des dangers et de l’imprévisibilité du Moyen-Orient.

Le président Barack Obama, un critique implacable de la politique de construction de Netanyahu et de son approche globale du conflit, a profité de ce commentaire pour prouver que le Premier ministre n’est pas engagé pour la solution envisagée à l’échelle internationale, avant d’affirmer qu’il réévaluerait l’approche des Etats-Unis sur la question.

Deux jours après l’élection, conforté dans son pouvoir, Netanyahu a tenté de revenir sur sa remarque, insistant sur le fait qu’il reste favorable au principe d’une solution pacifique durable, à deux Etats, mais que les menaces dans la région rendent cette notion désormais difficilement imaginable.

C’était un argument acceptable, mais Obama a campé sur sa position et a continué à mettre en évidence le commentaire de Netanyahu en ignorant son rétro-pédalage.

Ce vendredi, Netanyahu a donc nommé Danny Danon, critique acharné d’une solution à deux Etats et personnage qui a ridiculisé l’approbation d’un tel accord au sein de la coalition précédente plus modérée, comme son porte-parole à l’ONU, centre du monde politique, à New York.

Les critiques de l’opposition en Israël ont rapidement accusé Netanyahu de s’adonner à de la politique de bas étage, se débarrassant d’un rival du parti gênant en l’envoyant à New York.

Voilà bien le moindre des problèmes.

Le vrai problème, c’est que la nomination de Danon semble confirmer toutes les critiques, intérieures ou extérieures, contre Netanyahu, au sujet de ses véritables intentions à l’égard des Palestiniens. Et puisque ces critiques sont dirigées par le président du principal allié d’Israël, avec qui Netanyahu est déjà en conflit ouvert à propos de l’accord dommageable avec l’Iran, il devient difficile d’imaginer une nomination plus myope, embarrassante et néfaste. Pas seulement pour Netanyahu et son gouvernement mais aussi pour Israël dans son ensemble.

Désormais et irréfutablement, selon la propre volonté du Premier ministre, Danny Danon est devenu le vrai visage d’Israël sous Netanyahu.