Le Hezbollah ne veut pas d’une nouvelle guerre avec Israël même s’il ne la craint pas, a affirmé vendredi son chef Hassan Nasrallah, deux jours après la mort de deux soldats israéliens dans une attaque du groupe terroriste chiite libanais.

Dans son premier discours télévisé depuis l’attaque meurtrière à la frontière de cette semaine qui a tué deux soldats de Tsahal et un casque bleu espagnol, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a averti que le groupe terroriste « ne pourra pas être dissuadé » et que toute action israélienne contre le groupe ne resterait pas impunie.

« Tout le monde disait que le Hezbollah ne réagirait pas à cause des négociations nucléaires iraniennes, ou [la guerre en] Syrie. Maintenant, ils savent la vérité », a déclaré vendredi Nasrallah.

L’attaque de mercredi, au cours de laquelle le Major Yochai Kalangel et le sergent Dor Chaim Nini ont été tués lorsque des missiles antichars tirés par le Hezbollah ont frappé leur convoi, a été largement perçue comme une réponse à l’attaque aérienne israélienne alléguée la semaine précédente près de Qouneitra sur le côté syrien du plateau du Golan. Douze membres du Hezbollah et de l’Iran, y compris un général iranien, ont été tués dans le raid aérien attribué à Israël le 18 janvier.

« A partir de maintenant, si un membre du Hezbollah est assassiné, alors nous allons rejeter le blâme sur Israël et nous nous réservons le droit d’y répondre au moment et de la manière que nous choisirons », a-t-il menacé vendredi.

« Nous n’avons pas peur de la guerre et nous n’hésiterons pas à y faire face si elle s’impose à nous et nous en sortirons victorieux, si Dieu le veut », a-t-il ajouté en s’adressant sur un écran géant à ses partisans enthousiastes.

« Après ce qui a été un assassinat en bonne et due forme, en plein jour, les règles d’engagement sont caduques. Il n’y a plus désormais des fronts différents. Il est de notre devoir légal, moral et humain de faire face à toute agression, n’importe où, à tout moment et de la façon que nous jugeons appropriée », a-t-il prévenu.

« Nous ne voulons pas la guerre (…) mais la Résistance (le Hezbollah, ndlr) est prête militairement à la faire car nous n’avons pas peur », a-t-il déclaré devant des centaines de personnes affiliées au groupe terroriste du Hezbollah, réunis dans une salle de la banlieue sud de Beyrouth.

Reconnaissant que des représailles israéliennes à l’attaque de mercredi auraient pu être dévastatrices, Nasrallah a déclaré que le groupe terroriste a pris en compte cette éventualité, et s’est moqué du niveau de préparation d’Israël.

« Nous n’avions eu aucune hésitation à passer à l’acte pour qu’Israël soit puni pour son crime à Qounietra. Nous nous étions préparés au pire des scénarios, lorsque nous avons pris cette décision. La résistance s’est préparée à Chebaa en plein jour. Et ce malgré le fait qu’Israël était à son plus haut niveau de préparation », a-t-il poursuivi.

Le groupe terroriste s’est largement félicité jeudi, affirmant que la frappe est une prouesse militaire pleine d’acuité et d’intelligence tout en recueillant les applaudissements venus de l’étranger.

« Israël doit comprendre que le Hezbollah est sage, mais qu’il n’a pas peur et est toujours prêt pour la guerre », a menacé Nasrallah vendredi, ajoutant que le groupe terroriste avait « le droit de se confronter à l’ennemi à tout moment, en tout lieu, et de n’importe quelle manière ».

Mais en dépit de la démagogie, l’escalade est largement considérée comme n’étant pas une option. Le Hezbollah a transmis un message de désescalade à Israël suite à l’attaque par le biais de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban, a déclaré à Radio Israel, le ministre de la Défense, Moshe Yaalon, jeudi matin.

Nasrallah a également traité Israël de « tumeur cancéreuse » dans la région et l’a accusé de coopérer avec les rebelles syriens, y compris avec la filiale d’Al-Qaïda, le Front al-Nosra.

« En Syrie, Israël représente la sauvegarde des groupes extrémistes et soutient les bombardements des positions du régime sous divers prétextes », a-t-il accusé, ajoutant qu’Israël « profitait des divisions dans la région et de l’absence complète de positions [unifiées] des pays arabes ».

« Des milliers de membres du Front al-Nosra sont présents le long de la frontière avec Israël dans les hauteurs du Golan occupé. [Le Premier ministre Benjamin] Netanyahu n’est pas du tout préoccupé par la présence d’al-Nosra à la frontière d’Israël. Israël s’est cependant senti menacé par des membres du Hezbollah et d’un général iranien passant par Qouneitra », se moque-t-il.

Dans son discours, Nasrallah a fait l’éloge des « martyrs de la résistance de l’attaque de Qouneitra », qui était aussi le nom de l’unité du Hezbollah qui a attaqué le convoi de Tsahal mercredi.

« Nos frères à Qouneitra ont été tués lors d’un assassinat évident, sur une décision prise par Israël », accuse Nasrallah, ajoutant que « le mélange de sang libanais et iranien sur le sol syrien à Qouneitra représente l’union dans notre combat et dans notre destin ».

Nasrallah a déclaré que les « martyrs représentent un [certain] nombre de générations de la résistance », en référence à Jihad Mughniyeh, un commandant du Hezbollah tué lors de la frappe, et qui est le fils du terroriste Imad Mughniyeh, décédé dans une explosion de voiture en 2008.

L’AFP a contribué à cet article.