WASHINGTON – La candidate choisie par le président américain élu pour être ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies a fustigé l’administration Obama, qui n’a pas apposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant les implantations israéliennes. Elle a également soutenu le déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, tout en déclarant explicitement qu’elle soutenait une solution à deux Etats.

Mercredi, pendant son audition de confirmation devant le Sénat, la gouverneure de Caroline du Sud Nikki Haley a déclaré aux membres de la commission sénatoriale des Affaires étrangères qu’elle travaillerait à réaffirmer, au sein de l’institution internationale, que les Etats-Unis soutiennent Israël.

« Je ne vais pas aller à New York et m’abstenir quand les Nations unies cherchent à créer un environnement international qui encourage les boycotts à l’encontre d’Israël », a-t-elle déclaré en référence à la clause de la résolution 2334 du Conseil de sécurité qui appelle les Etats à « faire une distinction, dans leurs échanges en la matière, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967. »

Israël craint que cette formulation n’entraîne une poussée des efforts de boycott et de sanctions. Un responsable israélien a même affirmé que la disposition fournissait « un vent arrière au terrorisme ».

Nikki Haley en février 2014. (Crédit : Staff Sgt. Jorge Intriago/Domaine public/WikiCommons)

Nikki Haley en février 2014. (Crédit : Staff Sgt. Jorge Intriago/Domaine public/WikiCommons)

Même si elle a consacré mercredi une grande partie de son temps à condamner les Nations unies pour le traitement de l’Etat juif, qu’elle a décrit injuste et partial, elle a affirmé qu’elle continuerait à soutenir une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien.

Interrogée sur son opinion sur les implantations, longtemps considérées par les Etats-Unis comme un obstacle à la solution à deux Etats, elle a répondu prudemment.

« Je comprends pourquoi certains pensent que cela peut faire obstacle à la paix », a-t-elle déclaré.

Haley a cependant également soutenu le déplacement de l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, une mesure fermement soutenue par Donald Trump, mais dont beaucoup craignent qu’elle n’entraîne encore plus de violences au Moyen Orient.

Haley a déclaré qu’elle soutenait « absolument » le déplacement de l’ambassade, car c’est ce que le gouvernement israélien et les Républicains du Congrès défendent. « Non seulement c’est que veut Israël, mais c’est aussi ce que ce Congrès a dit qu’il soutiendrait », a-t-elle déclaré.

L'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s'être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Nations unies)

L’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s’être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Nations unies)

Depuis que les Etats-Unis ont permis l’adoption de la résolution 2334 du Conseil de sécurité, le président Barack Obama et le secrétaire d’Etat John Kerry ont affirmé dans les médias que les implantations érodaient les chances d’une solution à deux Etats.

Kerry a également prononcé un discours exposant ses principes pour la conclusion d’un accord de paix.

Quand le sénateur démocrate de Virginie Tim Kaine lui a demandé si l’administration Trump s’en tiendrait à cette opinion, comme toutes les administrations américaines depuis 1967, elle lui a répondu qu’elle « n’avait rien entendu d’autre ».

Elle a néanmoins cherché à être univoque dans sa désapprobation de la façon dont les Nations unies ont utilisé leur puissance d’institution internationale pour influencer la manière dont Israéliens et Palestiniens pourrait résoudre un conflit remontant à plusieurs décennies.

« C’est une obsession qu’elles [les Nations unies] ont avec Israël, qu’elles n’ont pas avec la Corée du Nord, qu’elles n’ont pas avec la Syrie, a-t-elle déclaré. Nous devons nous pencher sur les faits, et dénoncer les faits. »

« Je ne me serais jamais abstenue », a ensuite ajouté Haley au sujet de la résolution 2334. « Je pense que c’était le moment où nous aurions dû dire au monde que nous soutenons Israël. »

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

Egalement interrogée sur les appels Républicains à cesser le financement des Nations unies suite à l’adoption de cette résolution, Haley a exprimé son désaccord avec une telle tactique. « Je ne pense pas que nous devrions retirer de l’argent des Nations unies. Je ne crois pas à la politique de la terre brûlée », a-t-elle répondu.

Elle a cependant ajouté que « toute évaluation honnête conclura également que l’institution est souvent opposée aux intérêts nationaux américains et aux intérêts des contribuables américains. »

La semaine dernière, les sénateurs républicains de Caroline du Sud et du Texas, Lindsey Graham et Ted Cruz, ont présenté une initiative visant à cesser le financement des Nations unies.

Le gouvernement des Etats-Unis donne environ 8 milliards de dollars par an aux Nations unies, sous forme de paiements obligatoires et de contributions volontaires, dont au moins trois milliards sont alloués aux budgets de fonctionnement et de maintien de la paix. Ces sommes représentent 22 % des ressources financières des Nations unies, une part bien plus importante que celle de tous les autres pays contributeurs.

Danny Danon, l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, a rapidement salué mercredi le discours de Haley, avant même qu’elle n’ait terminé son audition.

« Nous remercions l’ambassadrice désignée Haley, une véritable amie d’Israël, pour son soutien sans équivoque et sa déclaration claire sur la discrimination contre Israël aux Nations unies », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Nous sommes impatients de travailler avec elle pour défaire les dommages causés par la résolution honteuse adoptée par le Conseil de Sécurité [la résolution 2334], et d’entrer dans une nouvelle ère aux Nations unies, qui inclura de vraies réformes qui mettront fin à l’obsession partiale d’Israël. »