En plein conflit entre Israël et le Hamas, l’Europe a été emportée par une vague anti-israélienne.

De Paris à Londres, des grandes manifestations violentes ont eu lieu dans toutes les capitales européennes et en Allemagne.

Intervenant lors d’une réunion spéciale à la Knesset à la fin du mois de juillet, des Juifs ont expliqué que les slogans, comme
« mort aux Juifs », ou « les Juifs sont des porcs », scandés régulièrement lors des manifestations en Allemagne n’étaient pas sans rappeler l’atmosphère qui existait en 1933.

« Pourquoi la police allemande ne prend-t-elle pas les noms de ces gens qui hurlent de manière agressive ‘mort aux Juifs’ », s’interroge Nathan Norman Gelbart, le dirigeant de la branche allemande de Keren Havesod (l’Appel juif unifié).

La roue de la justice tourne peut-être lentement en Allemagne, mais elle avance inexorablement.

Dans une affaire sans précédent, qui a été jugée six mois après ces événements violents, le juge Sauri Sastry a condamné Taylan Can, 24 ans, pour incitation à la haine contre une minorité ethnique le 18 juillet 2014 lors d’une manifestation contre Israël.

Des témoins affirment que des slogans anti-Israéliens ont été scandés et que des pierres avaient été lancées sur un groupe soutenant Israël. Selon l’Anti-Defamation League (ADL), un petit groupe s’est détaché de la manifestation avec l’intention de s’attaquer à une synagogue.

Sur une vidéo YouTube de la manifestation, on peut voir un groupe de jeunes hommes courant et scandant « Adolf Hitler » et « Morts aux
Juifs ».

Dans cette même vidéo, on peut voir le rappeur musulman populaire à Essen, Sinan-G, expliquer aux caméras que cet événement était une contre-manifestation contre les Juifs. « Les Juifs nous ont insultés, mec, c’est ouf », a-t-il déclaré.

Malgré une présence policière renforcée, la foule était clairement incontrôlable. Selon Die Welt, la police a arrêté 49 manifestants. Les procès de 45 personnes ont abouti à un non-lieu.

Né en Allemagne dans une famille turque, Can est connu pour ses activités anti-Israéliennes. Selon, Die Welt, Can avait été filmé lors d’une manifestation à Copenhague où il criait dans un mégaphone, emprunté à la police, « Mort aux Juifs », et « Hamas, Hamas, les Juifs aux chambres à gaz ».

Lors de son procès à Essen, Can a été poursuivi pour avoir utilisé le terme « sioniste » et incité à la violence contre une minorité.

Pendant son procès, Can a affirmé qu’il n’était pas antisémite et qu’il n’avait rien contre le peuple juif mais qu’il avait une dent uniquement contre l’Etat sioniste. Le juge Sastry lui a répondu, selon Die Welt, que « ‘sioniste’ est, dans le langage des antisémites, l’équivalent de ‘Juif’ ».

Le jugement de Sastry, qui ne fera pas jurisprudence dans le droit allemand, explique que sémantiquement, l’antisémitisme et l’antisionisme se valent.

Can a été condamné à trois mois de probation et à une amande de 200 euros. Il a jusqu’à vendredi pour faire appel.

Sur sa page Facebook, Can a réitéré cette semaine qu’il n’était pas contre les Juifs et a révélé qu’il comptait faire appel de la décision.

Contacté lundi par le Times of Israel, Gelbart, qui faisait récemment partie de la délégation de dirigeants européens présents à Jérusalem pour les funérailles des personnes tuées dans l’attaque terroriste de l’Hypercacher à Paris, ne pense pas que le verdict sera confirmé en appel.

« C’est un verdict courageux. La cour a affirmé clairement ce que nos politologues savent depuis des décennies », poursuit Gelbart.

« Cela va attirer beaucoup l’attention, surtout celle de ceux qui affirment qu’ils ne sont pas contre les Juifs mais juste contre les sionistes », ajoute-t-il.

Gelbart, qui est avocat, explique que de nombreux politiciens de tout le spectre politique, dont des partis représentés au parlement, utilisent le mot « sioniste » pour exprimer leur haine vis-à-vis des Juifs pour éviter des poursuites.

Il doute que la décision soit confirmée en appel car s’il existe le moindre doute que Can n’avait pas l’intention d’inciter à la haine contre la minorité juive, la décision sera annulée.

« Nous avons une industrie antisioniste en Europe qui propage avec légitimité la haine des Juifs en utilisant le mot ‘sionistes’ », précise Gelbart.

Raphael Ahren a contribué à cet article.