“Rav ? C’est Ruth, la Moabite. Je vous appelle pour vous faire savoir que parce que ma conversion est remise en question, mon petit-fils, le Roi David, est appelé un Païen et qu’on brûle son livre, les Psaumes ».

Lors de la réunion du 27 décembre de la Commission chargée du poids de la Religion et de l’Etat, le scénario imaginé par le Rabbin Yosef Avior a introduit un bref moment de légèreté lors d’une rencontre qui s’est révélée par ailleurs d’une grande intensité entre parlementaires du passé et du présent, réunissant rabbins et chefs issus de tous les courants du judaïsme mondial.

Lors du discours d’ouverture de la Commission, son co-président, le législateur Elazar Stern, a indiqué que les sujets qui y seraient abordés seraient deux sujets qui s’avèrent déterminants au sein d’Israël aujourd’hui : la reconnaissance des conversions à l’étranger et le pavillon programmé – et hautement contesté – accueillant les prières pluralistes au mur Occidental.

Si cela avait été un épisode de “Seinfeld”, la session de la Knesset aurait pu avoir lieu en hommage à Festivus et son fameux ‘cahier de doléances’. Après une année turbulente dans le sillage de la stagnation du compromis qui avait été vivement salué autour du mur Occidental, un grand nombre d’intervenants avaient préparé des propos passionnés reflétant à la fois leur désespoir et leur méfiance face au gouvernement actuel.

La co-présidente de la Commission du Lobby de la Religion et de l'Etat, la parlementaire Aliza Lavie, a évoqué la nécessité de liens améliorés entre Israël et les dénominations juives de la Diaspora, assise aux côtés du co-président Elazar Stern et du chef de l'agence juive Natan Sharansky (à gauche), le 27 décembre 2016 à la Knesset. (Capture d'écran)

La co-présidente de la Commission du Lobby de la Religion et de l’Etat, la parlementaire Aliza Lavie, a évoqué la nécessité de liens améliorés entre Israël et les dénominations juives de la Diaspora, assise aux côtés du co-président Elazar Stern et du chef de l’agence juive Natan Sharansky (à gauche), le 27 décembre 2016 à la Knesset. (Capture d’écran)

Stern, frustré qu’aucun membre de la coalition n’ait été présent à la session, a déclaré que si la relation entre Israël et la Diaspora juive avait été plus forte, la Résolution 2334 récemment adoptée devant le Conseil de Sécurité des Nations unies aurait été rejetée.

La députée Aliza Lavie, autre co-présidente, a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu de « trahison » envers la communauté juive de la Diaspora et le judaïsme libéral.

Toutefois, le chef de l’Agence Juive, Natan Sharansky, a clarifié le fait que “avec toute la colère légitime, je dois rappeler à tout le monde que celui qui a initié le débat [autour du nouveau pavillon de prière du mur Occidental] a été le Premier ministre. S’il y a un politicien dans l’Etat d’Israël qui reconnaît l’importance de la diaspora juive, c’est bien Netanyahu.”

Comme d’autres à la session, Sharansky a expliqué que c’est une ignorance généralisée qui règne parmi les Israéliens sur ce qu’est le judaïsme libéral qui a bloqué le programme – et spécifiquement, le déni des politiciens israéliens vis-à-vis du mouvement juif réformé.

Lors de la réunion du cabinet qui a eu lieu dimanche, a indiqué Sharansky, il s’est trouvé dans une posture où il a dû expliquer le judaïsme réformé et Conservateur aux ministres du gouvernement. Ce n’est pas la première fois que Sharansky s’est retrouvé à éduquer “ceux qui devraient connaître le mieux le sujet”, a-t-il déclaré au Times of Israel à l’issue de la session.

Il y a une ignorance à laquelle on ne s’attend pas

“Il y a une ignorance à laquelle on ne s’attend pas”, a dit Sharansky. Un grand nombre de personnes, parmi lesquelles des parlementaires et des ministres, pensent que le « judaïsme réformé est une petite secte” et sont totalement inconscients de l’existence des 3 millions de Juifs, partout dans le monde, qui se qualifient comme étant Libéraux.

Il y a un sentiment prévalent que le judaïsme réformé et Conservateur mène à l’assimilation. « Mais en France, il y a une assimilation énorme mais pas de judaïsme réformé », a ajouté Sharansky. “Les judaïsmes réformé et conservateur sont exactement à l’opposé. Ils sont la démarche qui précède l’assimilation.”

Sharansky a répété ce qu’il a déclaré dimanche devant le cabinet, à savoir qu’il est important pour l’Etat d’Israël d’épouser le judaïsme libéral. “A chaque fois qu’un ministre dénigre les Juifs libéraux, qu’il dit qu’ils sont un “holocauste”, cela touche des millions de personnes”, a-t-il expliqué.

Lors de la session de mardi à la Knesset, de nombreux intervenants ont fait écho aux propos de Sharansky, exprimant leur choc devant l’ignorance des Israéliens de leurs frères de la Diaspora.

Les leaders orthodoxes israéliens ont réclamé davantage d’efforts d’éducation sur le pluralisme de la part du ministre chargé de l’éducation Naftali Bennett, qui était absent lors de cette assemblée, et qui est également cherché des Affaires de la Diaspora.

Sioniste toute sa vie, le Rabbin Elliot Cosgrove, chef de la Synagogue Conservatrice de Park Avenue à New York, a fait un plaidoyer passionné plaidant la reconnaissance et le respect.

Bien trop souvent, pour un bien trop grand nombre de Juifs d’Américains, nous en venons à nous demander si Israël nous aime autant que ce que nous aimons Israël

“Bien trop souvent, pour un bien trop grand nombre de Juifs d’Américains, nous en venons à nous demander si Israël nous aime autant que ce que nous aimons Israël”, a expliqué Cosgove, qui a ajouté que les Juifs américains se sentent de plus en plus aliénés de la part de l’état juif.

Les Juifs américains, a indiqué Cosgove, ont tous pleinement conscience de « l’ironie amère qui fait qu’Israël est le seul pays dans le monde où un Juif n’a pas le droit d’exprimer son judaïsme ».

Le rabbin israélien conservateur Chaya Roen Dekel, qui dirige une congrégation à Jérusalem dans le quartier de la colline française à Jérusalem, a partagé ce point de vue.

“Lorsque les gens aux Etats Unis parlent avec moi d’une alyah éventuelle, ils disent : ‘Je n’émigrerai pas en Israël où je ne pourrai pas vivre une vie juive pleine et entière’”.

Le rabbin orthodoxe Benjamin Samuels de Shaarei Tefillah à Newton, dans le Massachusetts, a expliqué qu’une de ses converties qui a fait son alyah en Israël lui avait donné un coup de téléphone hystérique.

Elle avait demandé si ses quatre enfants seraient en mesure de se marier à travers le Grand Rabbinat israélien lorsqu’ils en auraient l’âge. « Je l’ai calmée mais je n’ai pas pu lui promettre que cela serait possible », a-t-il dit.

Une réunion du lobby de la Religion et de l'Etat le 27 décembre 2016 à la Knesset (Autorisation : ITIM)

Une réunion du lobby de la Religion et de l’Etat le 27 décembre 2016 à la Knesset (Autorisation : ITIM)

Le démographe Sergio DellaPergola a mis l’accent sur la crise des conversions, disant qu’en Israël, il y a une situation paradoxale dans laquelle de nombreux migrants éligibles à la citoyenneté sous les termes de la loi du Retour ne sont pas considérés comme juifs conformément aux règles édictées par la halakha [loi juive], même s’ils ont vécu à l’étranger en tant que Juifs.

Selon DellaPergola, le nombre de personnes susceptibles de se trouver dans cette situation a atteint les 400 000 en Israël.

Tandis qu’en Israël, le Grand Rabbinat convertit environ 5 000 Israéliens par an, les Juifs non-halakhique donnent naissance à 4 000 à 5 000 non-Juifs israéliens par an – un jeu à somme nulle.

D’ici 2030, prévoit DellaPergola, la majorité des Juifs dans le monde vivront en Israël (actuellement, ils sont 45 % à avoir rejoint l’état juif). « Nous devons assumer nos responsabilités et faire ce qu’il y a à faire », a-t-il déclaré.

Cette responsabilité, c’est la reconnaissance de la loi traditionnelle juive concernant la conversion, et non la création d’obstacles supplémentaires. Selon le rabbin Haim Amsalem, ancien député, “ceux qui montrent de la rigueur lors de la conversion facilitent la voie vers l’assimilation”.

Le rabbin Seth Farber, à la tête d’Itim, un groupe offrant une aide pour se frayer un chemin sur les événements du cycle de la vie juive en Israël, a déclaré à la Commission de la Knesset qu’en créant des critères de conversion stricts, le Grand Rabbinat construit « des murs plutôt que d’élaborer des passerelles ».

« Nous croyons dans les vertus d’une conversation dans laquelle la conversion n’est pas un problème mais une partie de la solution. Mais je pense que nous attendons ce qui serait un miracle de Hanoukka », a dit Farber.