Ce fut sans aucun doute le coup le plus fort essuyé par l’Egypte d’Abdel-Fattah el-Sissi depuis la deuxième révolution égyptienne en juin 2013, et certainement depuis son élection en tant que président.

Certes, des attaques terroristes antérieures ont coûté la vie à des dizaines de soldats dans la péninsule du Sinaï, mais l’attaque de jeudi, qui a tué 30 soldats et civils et fait des dizaines de blessés, a eu lieu en dépit d’une opération militaire contre les gangs terroristes agressifs peuplant le Sinaï.

La vague d’attaques de jeudi met au jour l’arsenal encore en possession des groupes extrémistes islamistes dans la péninsule.

Ces derniers mois, l’armée égyptienne a investi une quantité énorme d’énergie pour maîtriser les groupes djihadistes dirigés par Ansar Bayt al-Maqdis, une organisation terroriste qui a promis sa « loyauté » à l’Etat islamique. Entre 16 à 18 bataillons de l’armée égyptienne opèrent dans le Sinaï, notamment dans la péninsule nord, à savoir Rafah et El-Arish.

Parallèlement, les Egyptiens ont tout mis en œuvre pour neutraliser la menace des tunnels entre Gaza et le Sinaï, afin d’empêcher la contrebande d’armes et de terroristes entre les deux zones.

L’armée égyptienne a réussi à frapper un bon nombre de terroristes et bénéficie d’un soutien des renseignements israéliens.

Pourtant, les attentats de jeudi ont montré de hautes capacités organisationnelles au sein des groupes djihadistes, qui ont réussi à perpétrer quatre attaques simultanément : à El-Arish, la plus meurtrière ; Rafah ; Port Saïd et Suez, où se déroulait une manifestation antigouvernementale des Frères musulmans, lors de l’anniversaire de la révolution du 25 janvier.

Les manifestations de Suez, qui se sont conclues avec des morts et des blessés parmi un certain nombre de manifestants, ne peuvent que confirmer la thèse que la section locale des Frères musulmans a participé aux attaques.

L’assaut d’El-Arish par Ansar Bayt Al-Maqdis visait le QG des forces de sécurité égyptiennes et a gravement endommagé les bureaux du journal al-Ahram.

L’incident comprenait un attentat à la voiture piégée, des tirs de mortiers et de missiles. En d’autres termes, il s’agissait plus d’une attaque de type guérilla, représentative de l’Etat islamique, que d’un simple attentat-suicide, indiquant là un haut niveau de planification et de sophistication.

Pourtant, l’Egypte sous Sissi n’est pas pressée de plier genoux. Au Caire, les événements récents dans le Sinaï sont considérés comme faisant partie d’une bataille entre l’islam radical – représenté par l’État islamique ou les Frères musulmans – et le camp modéré et rationnel dirigé par Sissi.

Ces derniers mois, les responsables égyptiens ont souligné que la guerre dans le Sinaï est loin d’être terminée à ces deux endroits-mêmes, El-Arish et Rafah. L’armée égyptienne se prépare à évacuer les quartiers de ces deux villes, mais les officiers supérieurs sont conscients que les attaques armées se poursuivront.

« Cela ne se finira pas dans une semaine ou deux », a expliqué un haut responsable égyptien au Times of Israel.

Le Caire estime que les opérations de l’armée égyptienne dans le Sinaï finiront par éliminer le terrorisme, mais que la guerre peut durer deux ans, peut-être plus. Le Caire comprend que le mot clé est « patience », malgré le prix sévère que l’armée égyptienne devra payer.