Les rois cananéens de Tel Kabri buvaient beaucoup de vin, et pour la première fois des archéologues ont trouvé des preuves solides de cela après avoir exhumé une cave de vin royal de l’Âge de bronze dans un site au nord de la Galilée.

Kabri, une ville du moyen Âge de bronze située à quelques kilomètres à l’est de la ville moderne de Nahariya, a été exhumée l’année dernière par une équipe dirigée par le Dr. Assaf Yasur-Landau de l’Université de Haïfa, le Dr Eric H Cline de l’Université George Washington et le Dr. Andrew Koh de l’Université Brandeis.

Lors des fouilles, ils ont trouvé 40 jarres d’un mètre de haut au goulot étroit qui remontent à plus de 3 600 ans.

Après avoir mené une analyse des résidus des céramiques trouvées l’été dernier, ils expliquent dans un article publié mecredi dans PLOS ONE que les récipients contenaient du vin.

« La présence à la fois d’acides tartrique et syringique en relative abondance comme des marqueurs biologiques indique que tous ces récipients contenaient à l’origine du vin. Nous sommes sûrs de pouvoir identifier cet espace comme une chambre de stockage de vin, c’est-à-dire une cave à vin », écrivent-ils.

L’absence d’acide syringique, un composant important dans le vin rouge, dans trois des jarres indique peut-être que les seigneurs du palais conservaient aussi du vin blanc, « mais c’est difficile à dire avec certitude sans autre preuve ».

Le vin n’était pas un mélange direct du raisin au tonneau. L’analyse a montré que les anciens amélioraient leur vin avec des herbes et des résines pour développer et préserver les arômes.

Des traces de produits chimiques suggèrent que les contenus des jarres avaient des additifs herbaux y compris du « miel, de la résine de benjoin, de térébinthe, de cyperus, d’huile de cèdre, de genévrier, et peut-être même de menthe, de myrte ou de cannelle ».

Avec enrivon 2 000 litres de vin, ont noté les chercheurs, la quantité trouvée dans la cave semble indiquer que la réserve était « directement concentrée pour la consommation du palais », plutôt que pour la distribution de masse.

« Il peut s’agir ici de la réserve privée du dirigeant et de son foyer ».

La cave à vin de Tel Kabri (Crédit : Courtoisie Assaf Yasur-Landau)

La cave à vin de Tel Kabri (Crédit : Courtoisie Assaf Yasur-Landau)

Découvrir une salle de stockage d’un ancien palais remplie de jarres d’anciens vins constitue « une trouvaille très inhabituelle », confie Yasur-Landau au Times of Israël.

« On ne trouve pas habituellement des palais, sans mentionner les palais aussi vieux que cela, [avec] des chambres remplies de très grandes jarres en céramique pour la conservation », explique Yasur-Landau, chef du département de civilisation maritime à l’Université de Haïfa

Il ajoute qu’il y a au moins en plus deux salles de stockage jointes à celle déjà exhumée qu’il reste à exhumer dans la saison 2015. Elles aussi pourraient contenir des récipients de vin ou peut-être d’autres marchandises comme de l’huile d’olive ou du blé.

Photo aérienne du site archéologique de Tel Kabri (credit : Eric H. Cline et Assaf Yasur-Landau)

Photo aérienne du site archéologique de Tel Kabri (credit : Eric H. Cline et Assaf Yasur-Landau)

« A l’une des bordures de la pièce, il y a une énorme entrée avec des doubles portes qui doivent probalement conduire à quelque chose d’important », explique-t-il.

A côté de la salle de stockage, les chercheurs ont également trouvé les restes d’une « salle de banquet » élégamment décorée avec des plâtres d’une blancheur éclatante sur le sol dans lesquels de grandes quantités de viande, du mouton, de la chèvre et du bétail sauvage, étaient consommées et d’autres jarres à vin ont été trouvées.

« Il est très probable que dans chaque célébration… du vin était consommé et le vin était également offert aux dieux », ce qui n’est pas très différent des rites juifs anciens et modernes, explique-t-il.

La région de la Galilée de l’ouest où Tel Kabri est située était réputée dans l’antiquité pour sa production de vin et l’est toujours aujourd’hui. Les kibboutz Gesher Ziv, juste à l’ouest du site, et Abirim, à l’est, possèdent tous les deux des vignes et boutiques de vin.

Les cultures d’anciens raisins qui produisaient autrefois les vins cananéens existent peut-être encore dans la nature sauvage du nord d’Israël. Cela signifie que la concoction pourrait être recréée.

Le professeur Patrick McGovern de l’université de Pennsylvanie s’est associé avec Dogfish Head Brewery pour recréer des anciennes bières. Yasur-Landau a déclaré qu’il cherchait à accomplir un projet similaire et à ressusciter la vin cananéen avec l’application scientifique appropriée.

« Nous cherchons l’entreprise viticole adaptée à ce projet, mais cela constituera une très sérieuse expérience archéologique, explique-t-il. L’objectif est en réalité double : pouvoir déguster à nouveau le goût du vin ancien, mais aussi de proposer une reconstruction précise du goût ancien ».

Pour les amateurs de vin expérant goûter le mélange s’il devait jamais être recréé, sachez que : « Les Cananéens buvaient du vin très différent du notre », explique-t-il.

Il se détériorait avec l’âge, alors ils ajoutaient des saveurs et des conservateurs naturels pour l’améliorer. Les vins avaient des goûts très inhabituels par rapport aux vins modernes.

Pourtant, lorsque les seigneurs cananéens organisaient un banquet dans le palais et tuaient un animal pour une célébration, « je n’ai aucun doute que les gens consommaient du très, très bon vin ».