Une entreprise israélienne d’options binaires devra payer un total de 1,7 million de dollars au gouvernement américain pour avoir trompé ses clients et pour leur avoir fait perdre à quasiment tous leur argent.

Le 10 novembre, la Commission des échanges et des titres des Etats-Unis (SEC) a annoncé qu’elle avait imposé une amende à l’entreprise israélienne EZTD Inc., qui gère les sites internet EZTrader.com et GlobalOption.com, pour avoir sollicité illégalement plus de 4 000 clients aux Etats-Unis entre juin 2011 et août 2014.

Sans confirmer ni démentir cette conclusion, EZTD a accepté de rendre plus de 1,5 million de dollars de revenus provenant de clients américains, et de payer une amende de 200 000 dollars.

Malgré les promesses de « plate-forme de transaction très profitable » et de « moyen extrêmement lucratif pour des personnes voulant augmenter leur revenu », moins de 3 % des investisseurs ont gagné de l’argent, et les clients ont perdu deux millions de dollars sur un total de 2,5 millions déposés sur la plate-forme d’EZTD, a annoncé la SEC.

« EZTA a négligemment déformé ou omis l’état du vrai risque financier associé à l’investissement dans les options binaires de l’entreprise », a écrit la SEC dans son ordre contre la compagnie.

Au cours des derniers mois, le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv », et a estimé que l’industrie représente plus de 100 entreprises en Israël, dont la plupart sont frauduleuses et emploient diverses ruses pour voler l’argent de leurs clients.

Une annonce Facebook pour un emploi dans une compagnie d'options binaires israélienne, publiée le 19 avril 2016. (Crédit : capture d'écran)

Une annonce Facebook pour un emploi dans une compagnie d’options binaires israélienne, publiée le 19 avril 2016. (Crédit : capture d’écran)

Ces compagnies trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque.

Le bureau du Premier ministre a condamné le mois dernier les « pratiques sans scrupule » de l’industrie, et a appelé à son interdiction dans le monde entier.

Il y a deux semaines, Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne, a déclaré au Times of Israël que des consultations avaient commencé sur la formulation d’une loi qui interdirait à toutes les entreprises d’options binaires basées en Israël de cibler n’importe quel individu dans n’importe quel pays. (Il est déjà interdit aux entreprises israéliennes de cibler des Israéliens.) Les consultations ont été étendues au procureur général, Avichai Mandelblit, et au gouvernement, a-t-il déclaré.

Dans son ordre, la SEC n’a pas accusé EZTD des pratiques qui sont fréquentes dans l’industrie israélienne des options binaires, comme le trucage de plate-forme de transaction et la difficulté imposée au client pour retirer son argent. Quand le Times of Israël a demandé si EZTD était également engagé dans ces pratiques, un porte-parole de la SEC a refusé de commenter.

Possédé par l’élite israélienne

EZTD est possédé par Shimon Citron, qui a fondé en 2001 Zone4Play, une entreprise de technologie qui distribue des logiciels aux entreprises de paris en ligne.

Des membres importants de la société israélienne figurent parmi ses investisseurs, comme Pini Gershon, ancien entraîneur de l’équipe de basket du Maccabi Tel Aviv, Shlomo Rothman, ancien président de la Corporation d’électricité israélienne, et les hommes d’affaires Leon Recanati et Roni Shatan.

En 2008, l’entreprise a changé de nom pour Win Gaming Media Inc., et en 2010, elle a lancé une plate-forme d’options binaires avec Ehud Barzily, ancien commissaire adjoint de l’Autorité des impôts sur le revenu d’Israël, comme président du site israélien d’EZTD, B Option. Gershon et plusieurs autres investisseurs de Zone4Play possèdent toujours des parts d’EZTD.

Quand il lui a été demandé s’il était lié à l’entreprise, Barzily a répondu mercredi au Times of Israël que B Option n’avait jamais décollé. Interrogé spécifiquement pour savoir s’il était toujours impliqué avec EZTD, il a répondu que « je n’ai aucun rôle ou aucune participation majoritaire dans l’entreprise. Je ne connais rien de ce domaine. »

Pendant une conversation téléphonique avec le Times of Israël, le PDG de l’entreprise, Citron, a voulu souligner qu’une amende de 200 000 dollars était très faible, et que les transactions d’EZTrader avec la SEC étaient totalement terminées.

Citron a ajouté qu’il ne pensait pas que l’action de la SEC méritait un article d’information.

« Notre entreprise n’a pas été accusée de fraude et il n’y a pas eu d’accusation personnelle contre les propriétaires ou les directeurs de l’entreprise », a-t-il déclaré, soulignant que cela représentait une différence par rapport à un autre récent jugement de la SEC contre Banc de Binary, qui citait spécifiquement le propriétaire de la société, Oren Shabat Laurent.

Citron a poursuivi en affirmant qu’il n’existait pas de loi aux Etats-Unis contre les options binaires, que les options binaires étaient en fait échangées sur les marchés Nadex et Cantor, et qu’EZTrader espérait recevoir prochainement une régulation américaine.

« Les Etats-Unis n’ont aucun problème avec l’échange d’options binaires tant qu’elles sont conformes à la loi, tant qu’il y a des régulations, de lourdes régulations, et c’est une bonne chose », a-t-il déclaré.

Une source proche du marché du Nadex a déclaré au Times of Israël que les options binaires n’étaient légales aux Etats-Unis que si elles étaient échangées sur des marchés extrêmement régulés, et qu’elles étaient frauduleuses dans leur grande majorité, devaient être acceptées et obtenir des régulations aux Etats-Unis.

Un jeu de devinette

« Je ne veux pas ressembler à quelqu’un qui vient du monde du jeu. J’étais le PDG d’une entreprise qui a développé des programmes pour les jeux en ligne, et si les options binaires étaient du jeu, je ne serais pas impliqué », avait Citron au quotidien économique Calcalist en 2010, expliquant que des transactions d’options binaires réussies nécessitaient des connaissances et des compétences préalables.

L'entraîneur israélien de basket Pini Gershon. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

L’entraîneur israélien de basket Pini Gershon. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Mais selon l’ordre de la SEC, le modèle économique d’EZTrader est basé sur l’hypothèse que le marché des options binaires est un fait un jeu de devinette.

« Le modèle économique d’EZTD supposait qu’en moyenne, les clients américains n’auraient pas de meilleures performances que s’ils se basaient sur une supposition aléatoire pour faire la prédiction requise, a écrit la SEC. Même si la plate-forme d’EZTD fournissait des conseils de méthodologie que les clients pouvaient utiliser pour essayer de prédire correctement le changement des prix à court terme, EZTD n’attendait pas que ses clients soient capables de faire mieux qu’un taux de réussite de 50 %. »

EZTrader a cessé de solliciter des clients américains en 2014, mais sollicite toujours des clients en Europe, au Brésil, en Indonésie et ailleurs.

Les régulateurs français et belge ont mis en garde leur population contre les transactions avec EZTrader.

EZTrader est le sponsor officiel des clubs de football de l’A.S. Roma et Tottenham Hotspur, un club anglais.

EZTD sponsorise le club de Tottenham Hotspur

EZTD sponsorise le club de Tottenham Hotspur

La semaine dernière, l’Assemblée nationale française a approuvé une loi qui interdira aux entreprises d’options binaires et de Forex de faire de la publicité sur internet en France. La loi prendra probablement effet au milieu de l’année 2017.

Dans ce qui pourrait être le présage d’une plus vaste répression en Israël, l’Autorité des titres israélienne (ATI) a mené le 8 novembre une opération très inhabituelle dans les bureaux d’iTrader à Ramat Gan.

iTrader propose des transactions de Forex et d’options binaires au public israélien. Sept personnes, des dirigeants et des vendeurs, ont été arrêtées. L’ATI a accusé les sept hommes de fournir des conseils en investissement sans autorisation, et de fraude aggravée, des faits qui se seraient tous produits entre mai 2013 et mai 2016.

En partie poussée par les mois de reportage du Times of Israël sur la vaste fraude des entreprises d’options binaires israéliennes, l’ATI promet à présent de fermer toute l’industrie, et rédige un projet de loi à cet effet.

« Je suis profondément troublé » par cette industrie frauduleuse, a déclaré Hauser. L’objet de la nouvelle législation est « de mettre fin à toute cette histoire » d’opérations d’options binaires en Israël et depuis Israël.