100 ans plus tard, Allenby revient à Jérusalem
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La conquête britannique perçue comme un miracle de Hanoukka

100 ans plus tard, Allenby revient à Jérusalem

Le musée de la tour de David inaugure une exposition en l'honneur du centenaire de la capture de la ville sainte arrachée aux forces ottomanes par les Britanniques

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

La lecture de la proclamation par le général Allenby sur les escaliers de la tour de David (Autorisation des archives de la tour de David)
La lecture de la proclamation par le général Allenby sur les escaliers de la tour de David (Autorisation des archives de la tour de David)

Le vicomte Henry J. H. Allenby de Megiddo et Felixstowe et John Benson ne sont pas des touristes typiques, tels qu’on a l’habitude de les voir à Jérusalem.

Respectivement arrière-arrière petit neveu de Field Marshal Edmund Allenby et arrière-petit-fils du major-général John Shea, Allenby et Benson se trouvent actuellement en Israël pour commémorer le 100e anniversaire de la capture de la ville sainte aux mains des Turcs ottomans par les forces britanniques dirigées par leurs ancêtres, de dignes commandants militaires.

Benson et Lord Allenby, ainsi que la mère de Lord Allenby, la vicomtesse Sara Allenby, se trouvent dans la capitale pour répondre à l’invitation du musée de la tour de David. Ce dernier a organisé lundi une reconstitution publique de la proclamation énoncée par le général Allenby, le 11 décembre 1917 devant l’ancienne citadelle de la porte de Jaffa, dans la Vieille Ville.

Ces invités particuliers ont pu bénéficier dimanche d’une visite privée – et anticipée – de la nouvelle exposition du musée, intitulée « un Général et un gentleman : Allenby aux portes de Jérusalem », qui a ouvert ses portes au public lundi.

Cette exposition se consacre aux événements qui ont eu lieu lors des trois journées déterminantes du mois de décembre 1917 qui auront marqué l’histoire, depuis la reddition des Ottomans à la force expéditionnaire égyptienne des Britanniques, le 9 décembre, jusqu’à la proclamation de la loi martiale faite par Allenby, le 11 décembre.

La carte postale originale montrant la proclamation du général Allenby aux habitants de Jérusalem (Autorisation du musée de la tour de David)

Cette proclamation écrite en sept langues (anglais, français, italien, hébreu, arabe, russe et grec) promettait la protection des lieux saints et garantissait la liberté de la pratique religieuse à tous les habitants de la ville :

Proclamation dans le télégramme de Reuters (Autorisation du Centre Liddell Hart Centre d’archives militaires, King’s College, Londres)

Toutefois, si l’un d’entre vous devait s’alarmer en raison de son expérience entre les mains de l’ennemi qui s’est dorénavant retiré, je vous informe par la présente que je désire que chacun puisse poursuivre ses affaires légales sans craindre une interruption… Et je vous fais donc savoir que tous les bâtiments sacrés, monuments, lieux saints, tombeaux, sites traditionnels, dotations, pieux legs de lieu de prière coutumier, ou quelque forme que ce soit des trois religions, seront maintenus et protégés conformément aux coutumes existantes et aux croyances rendues sacrées par les confessions des individus.

Ce qui aura constitué le premier usage officiel, quasiment gouvernemental de l’hébreu en Palestine, la proclamation d’Allenby avait été saluée par toutes les communautés de Jérusalem ayant beaucoup souffert sous la gouvernance des Ottomans.

La conquête britannique, survenue au mois de décembre 1917, un mois après la déclaration Balfour, avait été interprétée par les Juifs comme un miracle de Hanoukka et le début du renouveau de la souveraineté juive. Le monde chrétien l’avait considérée comme un cadeau de Noël, le retour de la règle chrétienne à Jérusalem pour la première fois depuis la chute du royaume des Croisés.

« Le peuple était apparemment heureux de nous voir », avait écrit le général Allenby à sa mère dans une lettre datée du 7 décembre 1917.

La reddition de Jérusalem, le 7 décembre 2017 (Autorisation : Division des épreuves et des photographies de la librairie du Congrès, Washington)

L’exposition permet de découvrir des artefacts rares, en les présentant très exactement tels qu’il étaient il y a 100 ans. La conservatrice de l’exposition, Nurit Shalev-Khalifa, et son équipe ont traqué certains objets au sein même du musée – comme ce morceau du drapeau blanc de reddition qui avait été improvisé à partir de draps déchirés et récupérés dans la propre collection de la tour de David.

D’autres, comme les clés de Jérusalem et le bureau de poste cédé par le gouverneur turc aux Britanniques, ou une épée et une canne offerts au général Shea, commandant de la 60ème division, par des habitants reconnaissants, ont été prêtés par le musée de la guerre impériale de Londres et d’autres institutions et collectionneurs au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande.

Lady Allenby, veuve de Michael Jaffray Hynman Allenby, 3ème vicomte d’Allenby, a été membre honoraire de l’équipe des conservateurs. Elle a prêté plusieurs artefacts qu’elle possède à l’exposition.

« Il n’y a pas longtemps, je me suis finalement mise au nettoyage du grenier de notre habitation et j’ai découvert une malle. J’allais presque la jeter. Heureusement, je l’ai d’abord ouverte et j’ai découvert des lettres écrites par le premier vicomte d’Allenby à son épouse et à sa mère », a-t-elle dit.

Une lettre d’Allenby à sa mère datée du 7 décembre 1917 (Autorisation du Centre Liddell Hart d’archives militaires, King’s College, Londres)

Elle a également trouvé une écharpe de commémoration qui avait été présentée au général Allenby par une communauté juive ashkénaze reconnaissante lors d’une cérémonie s’étant déroulée au mois de mai 1918.

Portant une croix de Jérusalem en or ciselée sur une chaîne qui avait été offerte à l’origine par le général Allenby à son épouse et qui a traversé les générations en étant transmise à toutes les Lady Allenby, la vicomtesse a admis ressentir de fortes émotions à l’occasion de ce voyage dans la ville sainte destiné à célébrer le centenaire.

« Je voulais venir pour représenter mon défunt mari, que j’avais accompagné en Israël lorsqu’il était venu pour le 75e anniversaire. Je suis ravie que mon fils soit venu avec moi cette fois-ci », a dit Lady Allenby.

C’est la toute première visite de Lord Allenby en Israël. Propriétaire d’une entreprise de gestion de plantation de haies et de terrains boisés, Allenby, 49 ans, ne s’était jamais véritablement intéressé aux expériences de son arrière-arrière grand-oncle en Palestine pendant la Première guerre mondiale.

« Pour comprendre Field Marshall Allenby, il fallait aller dans un musée. Aucun film n’a été réalisé sur lui, comme cela a été le cas avec Lawrence d’Arabie », a-t-il expliqué.

Les clés symboliques de la ville de Jérusalem (Autorisation du Maidstone Museum et de la galerie d’art Bentilff)

Selon Allenby, le public britannique a une connaissance importante des batailles de la Grande guerre sur le front occidental, en France et en Belgique, mais connaît peu les autres campagnes menées par les forces britanniques.

« Je suis tellement heureux d’être venu ici m’imprégner de tout cela. Il y a beaucoup de passion ici et je le vis crescendo », a ajouté Allenby.

« J’espère développer un nouveau rapport et une compréhension des choses. Il y a beaucoup à apprendre », s’est-il exclamé.

Benson, 56 ans, a expliqué pour sa part avoir toujours connu son arrière Shea, surnommé « Jimmy de Jérusalem », et son histoire familiale.

« Mais cela ne fait pas partie de notre vie au quotidien », a dit Benson, directeur d’une entreprise de multimédias numériques.

Depuis la gauche : Le vicomte d’Allenby de Megiddo et Felixstowe, Sara, vicomtesse d’Allenby, la directrice du musée de la tour de David Eilat Lieber, Monsieur John Benson et madame Christina Benson au musée de la tour de David, le 10 décembre 2017 (Crédit : Ricky Rachman)

Visiter Israël pour la première fois a été plus émouvant que Benson ne s’y attendait.

« J’ai été très impressionné et intimidé par l’histoire de Jérusalem, je suis fier du rôle qu’y a tenu mon ancêtre », a dit Benson.

La proximité entre le centenaire et l’annonce récente faite par le président américain Donald Trump de la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem en tant que capitale d’Israël, ainsi que les réactions violentes de certains Palestiniens qui ont suivi, n’a pu être ignorée.

Mais ces visiteurs à Jérusalem se concentrent sur le passé, pas sur le présent.

« Nous sommes ici pour honorer nos familles, qui étaient des hommes et des militaires. Il s’agit bien de ce centième anniversaire, pas de ce qui est en train d’arriver en ce moment », a dit Lord Allenby.

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