13 Israéliens demandent à l’UE d’interdire les biens des implantations
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13 Israéliens demandent à l’UE d’interdire les biens des implantations

Dans une lettre ouverte, un ex-président de la Knesset et d'anciens ambassadeurs dénoncent l'occupation comme moralement corrosive, de stratégie à courte vue et nuisant à la paix

Des employés israéliens inspectent des fûts de vin dans le domaine viticole de Psagot en Cisjordanie, le 11 février 2014. (AP Photo/Dan Balilty)
Des employés israéliens inspectent des fûts de vin dans le domaine viticole de Psagot en Cisjordanie, le 11 février 2014. (AP Photo/Dan Balilty)

Treize notables israéliens ont publié vendredi une lettre ouverte dans laquelle ils se félicitent de l’arrêt rendu par la Cour de justice de l’Union européenne la semaine dernière, selon lequel les produits des implantations doivent porter un étiquetage, mais ils ont déclaré que cette mesure est insuffisante et que l’Union européenne doit interdire totalement les importations des produits des implantations.

« Les implantations israéliennes sont la principale cause de violations des droits de l’homme contre les Palestiniens, et l’expansion des implantations détruit la possibilité d’une solution prévoyant deux États. En interdisant les marchandises provenant des implantations israéliennes, l’Europe contribuerait à soutenir la différenciation entre Israël en tant que tel et les implantations dans les territoires occupés », peut-on lire dans la lettre publiée dans The Guardian.

« Nous pensons que l’occupation est moralement corrosive, stratégiquement à courte vue, et qu’elle nuit gravement à la paix. La communauté internationale n’a pas pris de mesures suffisantes pour faire face à cette réalité. L’Europe continue de soutenir financièrement l’occupation en autorisant le commerce avec les implantations israéliennes, qui sont illégales en vertu du droit international. »

La lettre a été signée par l’ancien président de la Knesset et chef de l’Agence juive Avraham Burg, l’ancien législateur Mossi Raz, l’ancien ambassadeur en France, le professeur Eli Barnavi, l’ancien ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud, Namibie, Botswana et Zimbabwe Ilan Baruch, l’ancien procureur général, le Prof. Michael Ben-Yair ; Alon Liel, ancien ambassadeur en Afrique du Sud et en Turquie ; Erella Hadar, ancienne ambassadrice d’Israël en République tchèque ; les lauréats du prix Israël, les professeurs David Harel, Yehoshua Kolodny, Alex Levac, David Shulman et Zeev Sternhell ; Miki Kratsman, lauréate du prix EMET.

Avraham Burg en 2008. (Michal Fattal/Flash90)

La Cour de justice de l’Union européenne s’est saisie de l’affaire après que Psagot Winery – qui est situé dans une implantation du même nom juste au nord de Jérusalem – a contesté une décision rendue en 2016 par un tribunal français selon laquelle les marchandises produites en Cisjordanie, Jérusalem-Est et sur le plateau du Golan devaient être étiquetées comme étant originaires d’une « colonie israélienne ».

Dans leur décision de mardi, les 15 juges ont écrit qu’il était nécessaire d’étiqueter les produits des implantations israéliennes comme tels « pour éviter que les consommateurs ne soient induits en erreur sur le fait que l’Etat d’Israël est présent sur les territoires concernés comme une puissance occupante et non comme une entité souveraine ».

La Cour a ajouté que les implantations israéliennes « se caractérisent par le fait qu’elles concrétisent une politique de transfert de population menée par cet Etat hors de son territoire, en violation des règles du droit international humanitaire général ».

Une étiquette qui se limiterait à indiquer « Made in the West Bank » était insuffisante, a déclaré le tribunal, car les consommateurs n’auraient pas la possibilité de savoir que le produit qu’ils envisagent d’acheter provient d’un lieu établi « en violation des règles du droit international humanitaire ».

Selon le tribunal dont le siège est à Luxembourg, « les denrées alimentaires originaires des territoires occupés par l’État d’Israël doivent porter l’indication de leur territoire d’origine, accompagnée, lorsque ces denrées alimentaires proviennent d’une colonie israélienne située sur ce territoire, de l’indication de cette provenance », a déclaré dans un communiqué de presse le tribunal – l’instance judiciaire suprême de l’UE.

Des employés d’une usine de cerises, en Cijosrdanie, en mai 2009. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le gouvernement israélien a fermement critiqué la décision.

« L’Europe a décidé l’autre jour d’agir contre Israël et d’apposer des étiquettes sur les produits fabriqués ici », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu. « Ils ne se joignent pas aux sanctions contre l’Iran, ils se joignent aux sanctions contre Israël. Incroyable ! »

Le Département d’Etat américain a condamné cette décision mercredi dans un communiqué salué par la suite par Netanyahu, qui a déclaré qu’il faisait preuve de « clarté morale ».

Barriques de vin dans un chai israélien dans l’implantation de Psagot, 11 février 2014. (AP/Dan Balilty)

Une porte-parole de l’ambassade de l’UE à Ramat Gan a déclaré mercredi au Times of Israel que l’exigence d’étiquetage de l’Union « n’est ni discriminatoire ni contraire à Israël ». L’Union entretient des relations commerciales privilégiées avec Israël, et les produits originaires d’Israël bénéficient d’un traitement tarifaire préférentiel, a-t-elle dit. « L’UE est le premier partenaire commercial d’Israël avec un volume total d’échanges commerciaux de 34,4 milliards d’euros en 2018 », a-t-elle déclaré.

Les produits provenant des implantations en dehors des frontières internationalement reconnues d’Israël « n’ont pas été bloqués et ne seront pas bloqués à l’entrée dans l’UE », a-t-elle souligné.

« L’UE ne soutient aucune forme de boycott ou de sanctions contre Israël », a ajouté le porte-parole, soulignant que l’Union rejette toute tentative d’isolement d’Israël, y compris le BDS.

Les responsables palestiniens se sont félicités de la décision de la Cour et ont exhorté les pays européens à mettre en œuvre « ce qui constitue une obligation juridique et politique », a déclaré Saeb Erekat, haut responsable de l’Organisation de libération de la Palestine, dans un communiqué.

« Nous exigeons non seulement un étiquetage correct reflétant le certificat d’origine des produits provenant des implantations coloniales illégales, mais aussi l’interdiction de ces produits sur les marchés internationaux », a-t-il ajouté.

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