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Analyse

14 Mds$ d’aide US à Israël, pour une « guerre sur plusieurs fronts », pas juste à Gaza

La plus grande partie des fonds prévus dans le projet de loi irait à l'Ukraine ; des milliards iraient au renforcement des défenses aériennes et aux restockage des munitions d'Israël

Cette photo prise dans les environs de Marjayoun, dans le sud-Liban, le 8 février 2024, montre une roquette tirée depuis Kafarshouba, à proximité, interceptée par le Dôme de fer israélien. (Crédit : Rabih Daher/AFP)
Cette photo prise dans les environs de Marjayoun, dans le sud-Liban, le 8 février 2024, montre une roquette tirée depuis Kafarshouba, à proximité, interceptée par le Dôme de fer israélien. (Crédit : Rabih Daher/AFP)

WASHINGTON (JTA) – Depuis des mois, le président américain Joe Biden réclame – et le Congrès débat – l’envoi d’aides de guerre, notamment à Israël.

Le projet de loi actuellement à l’étude, adopté la semaine dernière par le Sénat lors d’un vote bipartisan, prévoit le versement d’environ 14 milliards de dollars à Israël sur une enveloppe de 95 milliards de dollars destinée à l’aide extérieure. Biden fait maintenant pression sur la Chambre des représentants, dirigée par les Républicains, pour le faire passer – une tache ardue voire impossible.

La majeure partie des fonds du projet de loi est destinée à soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, et une petite partie est destinée à aider Taïwan à contrer une agression de la Chine. Une autre partie irait à l’aide humanitaire aux Palestiniens de Gaza.

La part de l’aide destinée à Israël est toutefois considérable : elle représente plus de trois fois les 3,8 milliards de dollars que les États-Unis envoient à Israël en temps normal. Ce serait un signal clair que les États-Unis continuent de soutenir l’effort de guerre israélien, qui entre dans son cinquième mois.

Contrairement à l’Ukraine, qui a exprimé clairement son besoin de financement américain, les dirigeants israéliens n’ont jamais publiquement réclamé d’aide. Les spécialistes de la défense affirment que, si Israël reçoit cet argent, il ne sera peut-être même pas utilisé dans la guerre de Gaza, qui a commencé le 7 octobre avec l’assaut de milliers de terroristes du Hamas dans le sud d’Israël, où ils ont massacré près de 1 200 personnes et en ont pris 253 en otage.

Une grande partie de l’argent servirait à reconstituer les stocks d’armes et à aider Israël à se préparer à une escalade des hostilités avec le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

Des terroristes du groupe chiite libanais du Hezbollah défilant lors d’une cérémonie de commémoration des dirigeants du parti morts au combat dans le village libanais de Jibshit, à une cinquantaine de kilomètres au sud de la capitale Beyrouth, le 15 février 2024. (Crédit : Mahmoud Zayyat/AFP)

Nous vous présentons ici la ventilation des fonds alloués à Israël par le projet de loi, et ce qui se cache derrière ces chiffres.

La majeure partie des fonds alloués à Israël – soit 5,2 milliards de dollars – serait destinée à des systèmes de défense contre les missiles et autres menaces aériennes à longue et courte portée.

Un haut responsable de l’administration Biden a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency (JTA) que l’aide était structurée en fonction d’autres fronts, avec pour objectif de garantir à Israël les moyens d’empêcher ou de neutraliser toute escalade à ses frontières.

« Cette aide vise à assurer à Israël la capacité de se défendre dans une guerre à plusieurs fronts et de dissuader une guerre à plusieurs fronts », a expliqué le responsable à la JTA.

Sur les 5,2 milliards de dollars prévus, 4 milliards sont destinés à l’achat de systèmes antimissiles à courte portée pour le système de défense antimissile israélien du Dôme de fer. La somme financera également le système de la Fronde de David, qui intercepte les missiles de moyenne et longue portée. Enfin, 1,2 milliard de dollars sont destinés au système antimissile « Iron Beam » [Faisceau de Fer], qui est encore en cours de développement. Lorsqu’il sera opérationnel, ce système utilisera des lasers pour abattre des menaces aériennes allant des drones aux mortiers, en passant par les missiles antichars et les roquettes.

Le système de défense anti-missile « Dôme de fer » interceptant une roquette tirée depuis la bande de Gaza, à Ashkelon, le 20 octobre 2023. (Crédit : Avi Roccah/AP Photo)

Les tirs de roquettes du Hamas ont fortement diminué depuis qu’Israël a affaibli le groupe, mais ces systèmes de défense antimissile revêtent une importance particulière dans la lutte contre le Hezbollah, qui a commencé à tirer des roquettes sur Israël le 8 octobre, un jour après l’invasion d’Israël par le Hamas, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza.

Le Hezbollah a déclaré que ses attaques n’avaient pour seul but que d’inquiéter Israël, et l’Iran aurait apparemment exhorté le Hezbollah à ne pas intensifier ses attaques ni à déclencher une guerre totale. Mais avec des centaines de morts à déplorer dans les affrontements, principalement des terroristes du Hezbollah, le spectre d’un conflit plus large se dessine. La semaine dernière, Israël a lancé des frappes aériennes au Liban après qu’une roquette a tué une femme dans la ville de Safed, dans le nord du pays.

« Alors qu’Israël se bat pour chasser les terroristes du Hamas de Gaza, le Hezbollah, qui dispose d’un arsenal de missiles bien plus meurtrier, menace les populations civiles dans le nord », a expliqué Marshall Wittmann, porte-parole de l’AIPAC, le lobby pro-israélien qui milite en faveur du projet de loi. « Il est impératif qu’Israël reçoive sans délai les ressources nécessaires pour se défendre contre ces menaces. »

Jonathan Schanzer, vice-président de la Fondation pour la défense des démocraties, un groupe de réflexion qui reçoit des briefings de hauts responsables israéliens, a indiqué qu’il était raisonnable pour Israël d’assumer que les deux tiers des 200 000 missiles que possède le Hezbollah pourraient atteindre des zones peuplées d’Israel dans une grande partie du pays.

Il a ajouté qu’Israël risquait de subir des tirs de missiles continus en provenance de pays plus éloignés, comme le Yémen.

« La quantité d’intercepteurs nécessaires est énorme et je ne pense pas qu’Israël en soit proche », a-t-il déclaré. « J’imagine donc que, d’un point de vue défensif, c’est une priorité absolue. »

Un partisan yéménite armé du mouvement Houthi assis à l’arrière d’un véhicule blindé lors d’un rassemblement anti-Israël et anti-américain à Sanaa, la capitale contrôlée par les Houthis, le 22 janvier 2024. (Crédit : Mohammed Huwais/AFP)

Alors que la guerre se poursuit, l’administration Biden se fait de plus en plus pressante auprès d’Israël pour que celui-ci protège la vie des civils palestiniens et fasse preuve d’une plus grande précision dans ses frappes sur la bande de Gaza. Plus de 29 000 Palestiniens auraient été tués depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé de Gaza, qui est dirigé par le Hamas, mais il est impossible de vérifier ces données qui ne distinguent pas, par ailleurs, terroristes et civils. Israël a indiqué lundi qu’il estimait avoir éliminé 12 000 terroristes du Hamas.

En décembre, Biden avait qualifié les bombardements israéliens sur la bande de Gaza « d’indiscriminés ». Israël a rejeté cette critique, en affirmant prendre des mesures pour protéger les civils lorsqu’il bombardait la bande de Gaza.

Afin de permettre aux frappes israéliennes d’être plus ciblées, le projet de loi prévoit également 801,4 millions de dollars pour les munitions destinées à Israël. Le représentant de l’administration Biden a confirmé que cet argent irait à des armes de précision.

« Israël ne veut pas de missiles non guidés », a ajoute le représentant.

En 2021, le Congrès a alloué un milliard de dollars en financement d’urgence pour aider Israël à réapprovisionner son Dôme de fer après les deux semaines de conflit survenu en mai. Cette fois-ci, il réserve 3,5 milliards de dollars pour permettre à Israël de réapprovisionner les systèmes et les munitions qu’il pourrait avoir épuisés au cours des premiers mois de la guerre, et de maintenir les systèmes utilisés pendant la guerre.

Israël a utilisé les 3,8 milliards de dollars qu’il reçoit chaque année des États-Unis pour acheter des munitions de guerre, telles que le Dôme de fer. Israël utiliserait ces nouveaux fonds pour revenir à ces priorités, notamment la modernisation des avions F-15 et F-35.

Une photo prise depuis la ville de Sderot, au sud d’Israël, montre un F-35 de l’armée de l’air au-dessus du nord de la bande de Gaza, le 29 octobre 2023. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le reste de l’argent destiné à Israël, soit plus de 4 milliards de dollars, serait consacré à une priorité américaine : la reconstitution des stocks d’armes que les États-Unis conservent dans la région, y compris en Israël, en cas d’urgence.

Ces stocks d’armes ont été épuisés, suite au feu vert donné par Biden à Israël pour l’accès aux stocks.

« Ces stocks existent pour une raison précise, à savoir que nous sommes prêts à faire face à toute situation d’urgence », a expliqué le responsable. Les fonds prévus dans le projet de loi « vont permettre aux États-Unis de rester forts et d’être prêts à répondre à toute situation d’urgence ».

Au total, le projet de loi prévoit 9,2 milliards de dollars pour l’aide humanitaire à l’Ukraine et à Gaza. La répartition entre les deux zones n’est pas précisée.

Mais Joel Braunold, directeur exécutif du S. Daniel Abraham Center for Middle East Peace, qui conseille les responsables américains sur la distribution de l’aide, a dit comprendre qu’entre 1,7 et 2 milliards de dollars seraient consacrés aux besoins humanitaires des Palestiniens.

Ces besoins sont immenses. Les organisations internationales de santé affirment que Gaza est au bord de la famine et ont accusé Israël de ne pas en faire assez pour permettre l’acheminement de l’aide. Israël a rétorqué qu’il faisait tout son possible pour fournir de l’aide, mais qu’il n’avait pas de partenaires fiables de l’autre côté de la frontière.

Braunold a souligné que le projet de loi interdisait toute aide à l’UNRWA, agence de l’ONU d’aide aux réfugiés palestiniens qui, selon Israël, agirait de connivence avec le Hamas.

L’argent « parviendra à Gaza par le biais d’une assistance bilatérale et multilatérale », a-t-il déclaré, faisant référence aux organisations à but non lucratif qui travaillent à Gaza et aux groupes d’aide internationaux. « Si le projet de loi donne une grande flexibilité à l’administration quant au transfert de ressources entre ces comptes, il interdit tout transfert de ressources à l’UNRWA. »

L’administration Biden s’est jointe à plusieurs pays occidentaux qui ont suspendu leur aide à l’UNRWA, suite aux révélations des services de renseignement israéliens indiquant qu’une partie de son personnel était impliquée dans les massacres du 7 octobre ou affiliée au Hamas. Mais les responsables de l’administration Biden font également pression sur Israël pour qu’il facilite l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza.

Des soldats israéliens à l’intérieur d’un complexe évacué de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (UNRWA), à Gaza City, sur une photo prise lors d’une visite de presse organisée par l’armée israélienne, le 8 février 2024. (Crédit : Jack Guez/AFP)

La plus grande partie du projet de loi de finances, soit 60 milliards de dollars, est destinée aux besoins en défense de l’Ukraine. La question de l’armement de l’Ukraine, qui poursuit depuis deux ans ses efforts pour repousser l’invasion russe, a également fait l’objet de la plus grande attention dans le débat sur le projet de loi.

Les Démocrates et certains Républicains veulent continuer à aider l’Ukraine. Mais une autre faction de Républicains, alliée à l’ancien président américain Donald Trump, affiche son scepticisme concernant l’aide à l’Ukraine. Les Républicains ont exigé que le projet de loi comprenne des dispositions visant à atténuer la crise des migrants à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, bien qu’ils aient récemment rejeté un compromis à cet effet.

La semaine dernière, le représentant Steny Hoyer, Démocrate du Maryland qui compte parmi les plus fervents défenseurs d’Israël au sein de son parti, s’en est pris aux Républicains qui ont bloqué le financement de la guerre en Ukraine.

« Donnez une voix aux victimes des crimes de guerre de Poutine, Monsieur le Président », a lancé Hoyer en s’adressant à Mike Johnson, Républicain de Louisiane président de la Chambre des représentants. « Donnez de l’espoir à l’Ukraine. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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