14 rabbins orthodoxes séfarades autorisent la vidéoconférence pour Pessah
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14 rabbins orthodoxes séfarades autorisent la vidéoconférence pour Pessah

L'autorisation a été critiquée par le grand rabbin ashkénaze et par le mouvement Tzohar, mais défendue par ITIM

Un plateau de seder traditionnel de Pessah à la Congrégation Beth El à Tyler, Texas, le premier soir de Pessah. (AP/Dr. Scott M. Lieberman, File)
Un plateau de seder traditionnel de Pessah à la Congrégation Beth El à Tyler, Texas, le premier soir de Pessah. (AP/Dr. Scott M. Lieberman, File)

Dans ce qui est peut-être l’une des décisions les plus audacieuses et inédites de ces dernières années en matière de technologie, des rabbins orthodoxes séfarades d’Israël ont déclaré que les familles pouvaient réaliser leur Seder collectif par vidéoconférence.

Alors que la loi religieuse orthodoxe interdit normalement l’utilisation d’appareils électroniques lors du Shabbat et des fêtes, l’arrêt, signé par 14 rabbins, autorise l’utilisation de logiciels pour relier les personnes âgées à leur famille le premier soir de Pessah.

Cette décision écrite (en hébreu) intervient au moment où les dirigeants mettent en garde les personnes âgées contre le risque de contamination par le coronavirus en rencontrant de jeunes parents – et où les familles israéliennes discutent de la douleur que leur cause cette séparation. Elle déclare que la crise du coronavirus a créé une situation extrême qui mérite de s’appuyer sur les indulgences particulières de la loi juive.

Les rabbins ont fait valoir qu’il existe un précédent, étant donné que les lois du Shabbat peuvent être mises de côté pour prodiguer un traitement médical même lorsque les patients ne sont pas dans une situation de danger de mort.

« Tout comme il est permis à un patient non gravement malade de recevoir un traitement le jour du Shabbat afin de le guérir, il en va de même ici », ont écrit les rabbins, donnant leur accord pour raconter à nouveau l’histoire de l’Exode via Zoom ou un autre logiciel de vidéoconférence.

Ils répondaient à une question qu’ils avaient reçue concernant l’utilisation de Zoom la nuit du Seder pour relier des parents âgés à leur famille en « temps d’urgence », et soulignaient qu’il s’agissait d’une dérogation unique accordée au vu des circonstances extrêmes actuelles.

Une famille israélienne célèbre le seder de Pessah, le 3 avril 2015. (Nati Shohat/Flash90)

Les rabbins ont souligné trois problèmes potentiels liés à l’utilisation du logiciel concernant le respect des coutumes de la fête : allumer un appareil électrique pendant la fête, commettre un « acte laïque » pendant la fête, ce qui pourrait en diminuer la valeur, et la crainte que cette pratique ne se poursuive à l’avenir, lorsqu’elle ne sera plus nécessaire.

Les rabbins ont abordé les problèmes en se référant à des décisions antérieures des autorités religieuses séfarades et nord-africaines qui autorisaient l’utilisation d’appareils électriques dans des occasions similaires, et en précisant que les appareils devaient être allumés avant le début de la fête et laissés allumés pendant toute la durée de celle-ci.

Ils ont clairement indiqué que pendant la crise actuelle, l’utilisation du logiciel permettait d’accomplir une mitzvah (commandement) pour que les familles puissent célébrer la fête ensemble.

La décision précise que cette permission est destinée à « soulager la tristesse des personnes âgées et défavorisées ».

Les rabbins ont souligné qu' »il est clair pour tout le monde que la décision ne concerne qu’une période d’urgence », et que les rapports des jeunes avec leurs grands-parents sont une partie essentielle de nombreux Seders.

Alors que les décisions religieuses tolérantes en Israël sont souvent soutenues par des rabbins appartenant à la branche libérale de l’orthodoxie, cette déclaration semble être soutenue par des personnalités plus traditionnelles, mais aucune n’est ashkénaze. Il s’agit notamment d’Eliyahu Abergel, chef du tribunal rabbinique de Jérusalem, de rabbins locaux tels que le grand rabbin de Kyriat Gat, Shlomo Ben Hamo, et de rabbins de yeshiva tels qu’Eyal Vered de l’institution Machon Meir de Jérusalem.

Le grand rabbin ashkénaze d’Israël David Lau au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 21 juillet 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Mercredi matin, le grand rabbin ashkénaze David Lau a critiqué cette décision, la qualifiant d’“irresponsable, au-delà du ridicule”.

S’exprimant à la radio de l’armée, M. Lau a affirmé que la décision découlait d’un « manque de compréhension minimale de la signification des décisions halakhiques », ajoutant qu’il était « dommage que des gens émettent des décisions et trompent le public ».

Le rabbin David Stav, qui dirige l’organisation rabbinique moderne orthodoxe Tzohar, s’est élevé contre cette décision, affirmant que la question ne devrait pas être tranchée par une décision générale mais plutôt au cas par cas.

« D’un point de vue pratique, une décision autorisant ce type d’utilisation de l’ordinateur est problématique car la diffusion risque d’être interrompue à un moment donné et les gens seront alors très tentés de réparer l’ordinateur, ce qui ne serait pas autorisé », a-t-il déclaré au Times of Israel.

Cependant, Seth Farber, un rabbin qui dirige l’organisation moderne orthodoxe Itim, qui fait pression sur le Rabbinat pour qu’il soit plus sensible aux besoins du public, a déclaré au Times of Israel : « Cela révèle un leadership halakhique en des temps extraordinaires et démontre que la halakha sanctifie la vie. »

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