1979, une année charnière dans le monde arabo-musulman
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1979, une année charnière dans le monde arabo-musulman

Traité de paix israélo-égyptien, République islamique chiite en Iran, invasion soviétique de l'Afghanistan ; 40 ans après, la portée de ces événements se fait encore ressentir

Le Premier ministre Menachem Begin, le président Jimmy Carter et le président Anwar Sadat après la signature du Traité de paix israélo-égyptien en mars 1979. (Crédit: GPO/Tal Shabtai)
Le Premier ministre Menachem Begin, le président Jimmy Carter et le président Anwar Sadat après la signature du Traité de paix israélo-égyptien en mars 1979. (Crédit: GPO/Tal Shabtai)

République islamique chiite en Iran, traité de paix israélo-égyptien, prise d’otages à la Mecque, invasion soviétique de l’Afghanistan: le monde arabo-musulman a été ébranlé en 1979 par des événements majeurs dont les conséquences se font ressentir 40 ans plus tard.

Iran : Révolution islamique

Le 16 janvier, le chah Mohammad Reza Pahlavi est contraint de quitter le pays après des manifestations massives contre son régime.

Le 1er février, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, symbole de l’opposition au régime pro-occidental du shah, effectue un retour triomphal à Téhéran après près de quinze ans d’exil en Irak et un bref séjour en région parisienne.

La révolution islamique est victorieuse le 10 février avec le retournement de l’armée. Et le lendemain, la radio iranienne annonce « la fin de 2 500 ans de despotisme ».

La République islamique est proclamée le 1er avril, avec une législation fondée sur la charia (loi islamique).

Dès le 5 mai, Khomeiny crée le corps des Pasdaran (Gardiens de la révolution), qui sera l’armée d’élite du régime.

Egypte : premier traité de paix arabo-israélien

Le 26 mars, le président égyptien Anouar al-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin signent à Washington, en présence du président Jimmy Carter, un traité de paix, le premier jamais conclu entre Israël et l’un de ses voisins arabes.

Prime Minister Menachem Begin (L) with President Jimmy Carter (C) and President Anwar Sadat of Egypt at Camp David in September 1978. (photo credit: CC BY-SA Jeff Kubina, Flickr)
Le Premier ministre Menachem Begin (à gauche) avec le président américain Jimmy Carter (au centre) et le président égyptien Anwar Sadat à Camp David en septembre 1978. (Crédit : CC BY-SA Jeff Kubina/Flickr)

L’accord permet à Israël de mettre un terme à l’état de belligérance avec l’Egypte, qui récupérera en 1982 le Sinaï, occupé en 1967.

Le Premier ministre Menachem Begin accueille le président égyptien Anouar el-Sadate à l’aéroport Ben Gourion, le 19 novembre 1997 (archives Moshe Milner / GPO)

Mais le traité soulève les foudres des Arabes qui estiment qu’il déséquilibre les forces au Proche-Orient. L’Egypte est mise au ban du monde arabe, et Sadate le payera de sa vie, victime deux ans plus tard d’un attentat islamiste.

Second choc pétrolier

En mars, la révolution iranienne fait sentir ses effets : le prix du baril est porté de 13,3 à 14,4 dollars, ce qui ouvre la voie au « second choc pétrolier ».

Les augmentations interviennent en ordre dispersé jusqu’en 1980, jusqu’à 40 dollars le baril.

Ce choc pétrolier est encore plus grave pour les économies occidentales que celui de 1973, lorsqu’en pleine guerre israélo-arabe, des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avaient imposé une forte hausse des prix et décrété un embargo contre les pays jugés pro-israéliens.

Syrie: massacre de cadets alaouites

Le 16 juin, quatre-vingt cadets de l’Académie militaire d’Alep (nord) sont tués.

Ils sont membres de la communauté alaouite (minoritaire) en Syrie, à laquelle appartient le président Hafez al-Assad, père de l’actuel dictateur.

L’ancien président syrien Hafez el-Assad à l’aéroport de Genève le 25 mars 2000. (Crédit : AP/Michel Euler)

Pour l’organisateur de l’attentat, un officier instructeur sunnite, il s’agit d’un acte de protestation contre la politique sectaire du régime qui favorisait outrageusement à ses yeux les alaouites.

Le régime va réagir durement contre les Frères musulmans, un mouvement sunnite islamiste, accusés d’avoir commis l’attentat.

Et la confrérie, fondée en 1928, va mener un soulèvement armé, avant d’être brutalement écrasée à Hama (centre) en 1982 (entre 10 000 et 40 000 morts, selon les sources).

Irak: Saddam Hussein président

Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980 (Domaine public, Wikimedia Commons)

Le 16 juillet, Saddam Hussein, un des hommes forts depuis la prise du pouvoir par le parti Baas en 1968, s’empare officiellement de la présidence du pays.

Il va entraîner l’Irak dans des conflits à répétition, dont la guerre meurtrière de huit ans lancée dès 1980 contre l’Iran.

Il sera renversé lors de l’invasion emmenée par les Etats-Unis en 2003.

Iran : crise des otages américains

Le 4 novembre, des étudiants islamistes prennent d’assaut l’ambassade des Etats-Unis, exigeant l’extradition du shah, soigné aux Etats-Unis. 52 diplomates seront retenus pendant 444 jours.

La prise d’otages provoque la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Arabie : La Mecque dans la tourmente

Le 20 novembre, premier jour du 15e siècle de l’Hégire, plus de 400 extrémistes islamistes conduits par le Saoudien Juhayman al-Oteibi, et parmi eux un homme qu’ils appellent « le Mahdi », le Messie attendu, occupent la Grande mosquée de La Mecque, où prient des milliers de fidèles.

Le groupe dénonce une société qui s’occidentalise. L’occupation entraîne quatorze jours plus tard un assaut des forces saoudiennes. Bilan : 333 morts.

L’Arabie saoudite voit alors la montée en puissance de courants religieux extrémistes.

Afghanistan : Invasion soviétique

Le 27 décembre, les troupes soviétiques envahissent l’Afghanistan pour épauler un gouvernement communiste affaibli.

Image non datée du chef terroriste d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden, et de son fils Hamza. (Crédit : capture d’écran YouTube)

En 1980, Oussama ben Laden, fils d’une riche famille saoudienne, entreprend d’organiser le soutien logistique aux moudjahidines afghans, financés par la CIA américaine et les services secrets saoudiens.

Il encadre les volontaires, arabes pour la plupart, avant de devenir l’inspirateur d’un jihad mondial anti-occidental.

L’Armée rouge quittera le pays en février 1989.

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