2 rabbins font des éloges passionnés et contrastés aux funérailles de Mohamed Ali
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2 rabbins font des éloges passionnés et contrastés aux funérailles de Mohamed Ali

Joe Rapport a salué la gentillesse d’Ali et mené le stade au cœur de “Je suis Ali” ; Michael Lerner a critiqué Trump et appelé les Etats-Unis à dire à Israël de quitter la Cisjordanie

Le rabbin Joe Rapport fait l'éloge de Mohamed Ali pendant ses funérailles, à Louisville, le 10 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le rabbin Joe Rapport fait l'éloge de Mohamed Ali pendant ses funérailles, à Louisville, le 10 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

JTA – Cassius Clay avait remporté l’or aux Jeux Olympiques de Rome quand il avait 18 ans. Devant les médias, dans la capitale italienne, il avait parlé de son amour du pays.

Ensuite, il était rentré chez lui à Louisville, dans le Kentucky, et au lieu d’un accueil de héros, le boxeur avait rencontré la ségrégation et la dérision, une expérience qui l’aiderait à se radicaliser et en 1964, à le transformer en Mohamed Ali, un fier musulman noir.

Pourtant, Ali n’a jamais abandonné Louisville, et pendant les funérailles qu’il s’était organisé, il a précisé que – en partie grâce à son leadership – c’était devenu un endroit différent de la ville qui ne l’avait pas accueilli à la maison.

La vision d’Ali d’un Louisville accueillant s’était étendue aux juifs ; après tout, l’un de ses plus proches amis, le journaliste sportif Howard Cosell, était juif.

Le pasteur Kevin Cosby, s’exprimant vendredi pendant le service au stade de Louisville à propos de la fierté qu’Ali avait instillée chez les afro-américains, a listé ceux qui « se tenaient avec lui dans la boue » quand l’establishment l’avait marginalisé après qu’il ait refusé de servir pendant la guerre du Vietnam. Cosell était l’un d’entre eux.

Parmi les orateurs choisis par Ali pour ses funérailles figurait Billy Crystal, qui dans les années 1970 avait joué un sketch inspiré d’un match de boxe, « 15 Rounds », qui célébrait le triomphe d’Ali sur le racisme. Crystal, pendant le service, a déclaré qu’il s’était « perdu en lui », comme il n’avait jamais joué un autre personnage. Ali, après une représentation, lui avait fait le compliment ultime : « Petit frère, tu as rendu ma vie meilleure qu’elle ne l’était », s’est rappelé Crystal.

Crystal, qui a déclaré qu’Ali l’appelait son « petit frère », a aussi parlé en longueur de comment Ali l’avait aidé à récolter des fonds pour un projet de théâtre israélo-palestinien qui continue toujours à l’université Hébraïque de Jérusalem, et de comment Ali avait quitté un club sportif quand Crystal lui avait dit qu’il n’acceptait pas les membres juifs.

« Il nous a appris que la vie est meilleure quand vous construisez des ponts, pas des murs », a déclaré Crystal, gagnant des rires attendus et des applaudissements pour sa pique contre un candidat présidentiel qui voudrait interdire aux coreligionnaires d’Ali d’entrer aux Etats-Unis.

Billy Crystal pendant les funérailles de Mohamed Ali à Louisville, le 10 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube/FOX 10 Phoenix)
Billy Crystal pendant les funérailles de Mohamed Ali à Louisville, le 10 juin 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube/FOX 10 Phoenix)

Ali avait choisi deux rabbins pour faire des éloges. Le rabbin Michael Lerner, militant libéral, était le premier, et pour le second, il avait choisi un local, le rabbin Joe Rapport, rabbin de la congrégation Adath Israël Brit Shalom.

Lerner a été plus franc que Crystal en parlant de Trump : « nous ne tolèrerons pas que des politiciens ou qui que ce soit d’autre critiquent les musulmans, et accusent les musulmans pour quelques personnes », a-t-il déclaré, récoltant une standing ovation.

Il a continué en exprimant sa solidarité avec les musulmans, y compris en comparant Israël aux terroristes, et en vendant des abonnements au magazine qu’il publie, Tikkun.

« Nous savons ce que c’est d’être rabaissés », a déclaré Lerner en parlant des juifs américains, disant qu’il parlait en leur nom.

« Nous savons ce que c’est d’avoir quelques personnes qui agissent contre les plus grandes visions de notre tradition, pour ensuite être identifiées à la valeur de toute la tradition. Et l’une des raisons pour laquelle nous, au magazine Tikkun, un magazine juif libéral et progressiste, mais aussi un magazine interconfessionnel, avons appelé les Etats-Unis à se tenir contre la partie du gouvernement israélien qui oppresse les Palestiniens, c’est que nous, en tant que juifs, comprenons que notre engagement est de reconnaitre que Dieu a créé tout le monde à l’image de Dieu, et que tout le monde est également important, et cela comprend le peuple palestinien aussi bien que d’autres peuples sur la planète. »

Après une litanie d’autres demandes aux Etats-Unis (mettre fin aux frappes des drones, aux financements privés des élections, dire au Premier ministre Benjamin Netanyahu de sortir de Cisjordanie, mettre fin à la pauvreté), Lerner a répété deux fois l’adresse internet d’une organisation qu’il dirige, Spiritual Progressives (progressistes spirituels).

Rapport a choisi comme thème un commandement avec lequel les juifs devraient être familiers : la gentillesse envers les étrangers. Il a raconté comment Ali et sa fille Hana avait une fois emmené en autostop un homme sortant de l’église.

L’homme était ravi de rencontrer la légende, et à la fin du trajet, Hana avait donné son numéro à l’autostoppeur et lui avait dit de l’appeler s’il avait besoin d’un trajet entre chez lui et l’église. Ali, les larmes aux yeux, avait reconnu qu’il avait inspiré sa fille, a déclaré Rapport.

Rapport a dit que ceux qui admiraient Ali reconnaissaient aussi la générosité en eux-mêmes : « nous pouvons tous dire dans nos cœurs qu’il y a un peu d’Ali en moi. »

« Je ne suis pas le lutteur qu’était Ali, et je n’ai peut-être pas le courage dont il n’a jamais manqué, et je ne suis définitivement pas aussi beau, mais dans mon cœur, et dans mon espoir, et dans mes prières, je suis Mohammed Ali », a déclaré Rapport.

Il a ensuite quitté le stade sous un chœur de « Je suis Ali. »

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