25 ans après Oslo, la chaîne HBO montre les coulisses et l’ultime ITW de Peres
Rechercher
Interview

25 ans après Oslo, la chaîne HBO montre les coulisses et l’ultime ITW de Peres

Grâce à un journal intime récemment découvert, les cinéastes Mor Loushy et Daniel Sivan présentent un tableau humain de la paix - inconnu - entre les Israéliens et les Palestiniens

  • Bill Clinton regarde Yitzhak Rabin et Yasser Arafat se serrer la main lors de la signature historique des accords d'Oslo, le 13 septembre 1993. Tout à droite, l'actuel dirigeant palestinien Mahmoud Abbas. (Crédit : GPO)
    Bill Clinton regarde Yitzhak Rabin et Yasser Arafat se serrer la main lors de la signature historique des accords d'Oslo, le 13 septembre 1993. Tout à droite, l'actuel dirigeant palestinien Mahmoud Abbas. (Crédit : GPO)
  • Le Premier ministre Yitzhak Rabin et la délégation israélienne rencontrent au Caire le président de l'OLP Yasser Arafat et la délégation palestinienne en 1993. (Tzvika Israeli / Israel GPO / Avec l'aimable autorisation de HBO)
    Le Premier ministre Yitzhak Rabin et la délégation israélienne rencontrent au Caire le président de l'OLP Yasser Arafat et la délégation palestinienne en 1993. (Tzvika Israeli / Israel GPO / Avec l'aimable autorisation de HBO)
  • Le Président Shimon Peres dans ce qui est probablement sa dernière interview, dans "The Oslo Diaries" de HBO. (Avec l'aimable autorisation de HBO)
    Le Président Shimon Peres dans ce qui est probablement sa dernière interview, dans "The Oslo Diaries" de HBO. (Avec l'aimable autorisation de HBO)
  • Des citoyens palestiniens célèbrent l'entrée de la police palestinienne à Jéricho, le 13 mai 1994. Elle a été l'une des premières villes à être passée sous le contrôle de l'Autorité palestinienne en 1994, conformément aux accords d'Oslo (Crédit photo : Yossi Zamir/Flash90).
    Des citoyens palestiniens célèbrent l'entrée de la police palestinienne à Jéricho, le 13 mai 1994. Elle a été l'une des premières villes à être passée sous le contrôle de l'Autorité palestinienne en 1994, conformément aux accords d'Oslo (Crédit photo : Yossi Zamir/Flash90).

NEW YORK – Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis la poignée de main historique entre le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le président de l’OLP Yasser Arafat tous deux aujourd’hui décédés, sur la pelouse sud de la Maison Blanche, sous le regard attentif de Bill Clinton, ancien président des Etats-Unis d’Amérique.

Beaucoup se souviennent du 13 septembre 1993 comme d’un jour d’espoir où, pendant un certain temps, la paix semblait plus proche que jamais. La série de négociations qui a suivi, les tensions et finalement l’effondrement du processus de paix avec le terrorisme palestinien et l’assassinat de Rabin, ont été documentés et analysés par beaucoup au fil des ans. Mais les documentaristes israéliens Mor Loushy et Daniel Sivan offrent aujourd’hui un regard sans précédent sur ce qui s’est passé derrière les portes closes du château norvégien où les premières discussions ont eu lieu en secret.

« The Oslo Diaries » [Au cœur des accords d’Oslo], qui a été présenté pour la première fois au Festival du film de Sundance 2018 a été exclusivement diffusé sur HBO la semaine dernière.

Le documentaire raconte le voyage d’un groupe choisi d’Israéliens et de Palestiniens qui se sont rencontrés clandestinement, à travers leurs propres regards, en utilisant leur journal personnel et des images d’archives inédites, tournées entre 1992 et 1995.

« En Israël, et je crois que c’est le cas partout, les gens en ont assez de parler du processus de paix », a déclaré Daniel Sivan au Times of Israel mardi dernier. « Cela provoque tant de tristesse, de souffrance et de frustration ».

The Oslo Diaries (2018) | Official Trailer | HBO

They crafted a plan for what seemed impossible.Watch The Oslo Diaries, an illuminating documentary about the secret talks that would change the political landscape of the Middle East, tomorrow at 8 on HBO.

Posted by HBO Documentary Films on Wednesday, 12 September 2018

« En tant que cinéastes, nous avons tous fait des films sur les guerres d’Israël et nous nous sommes soudain rendus compte qu’il n’y avait aucun film sur le processus de paix à ce jour », a dit Sivan. « Nous voulions vraiment savoir non seulement pourquoi ça a échoué, mais aussi ce qui s’est passé en coulisses ».

L’idée est devenue possible lorsque Sivan et Loushy ont découvert le journal de l’historien et journaliste israélien Ron Pundak, qui a joué un rôle clé dans les négociations.

« Avant de mourir, il a écrit ses mémoires qui ont été publiés, mais nous avons fait plus de recherches et nous sommes allés voir sa veuve », dit Mor Loushy. « Elle nous a donné le vrai journal, écrit à la main, qui n’a jamais été publié nulle part. On a toutes ses notes et ses citations, et tout était écrit sur des feuilles d’hôtels, avec l’en-tête des hôtels. »

Ron Pundak (à gauche) et Abu Ala (Avec l’aimable autorisation de Ron Pundak)

La découverte fut immense : Les contributions de Pundak ont fourni un récit personnel, intime et émouvant des discussions, racontant les désaccords enflammés mais aussi les amitiés improbables et le désir de paix.

« Quand nous avons découvert que non seulement Ron en avait écrit un, mais que tous les personnages principaux en avaient écrit un, nous avions une histoire de quatre ou cinq points de vue différents, et pour nous c’était fascinant », raconte Loushy.

Pour illustrer cela dans un film, Loushy et Sivan ont dû trouver du matériel vidéo. Ils ont pris contact avec le journaliste israélien Yigal Goren, qui avait suivi les négociations à Oslo et à Washington et avait l’intention de faire un film sur le triomphe de la paix.

« Quand Rabin a été assassiné, il est devenu si déprimé qu’il a pris toutes ses cassettes et les a placées dans son grenier », a déclaré Sivan au Times of Israel.

Les cinéastes ont utilisé les séquences ainsi que d’autres documents vidéo qu’ils ont trouvés par l’intermédiaire de personnes qui avaient filmé dans les coulisses à l’époque.

Affiche de « The Oslo Diaries » (Autorisation)

Afin de donner un sens à tout cela, « The Oslo Diaries » inclut également des entretiens avec des acteurs clés des deux côtés : Abu Ala, Uri Savir, Hanan Ashrawi, Yossi Beilin, Joel Singer, Daniel Kurtzer, Nabil Shaath, Dennis Ross et Saeb Erekat.

Mais la plus étonnante, et de loin, est celle du regretté président israélien Shimon Peres. C’est en fait la toute dernière interview que Peres a donnée de son vivant.

« Nous avons eu l’impression qu’il avait vraiment donné une interview très sincère », a dit Loushy. « Je pense que c’était deux jours avant qu’il n’aille à l’hôpital et je pense que c’était vraiment sincère et que la boucle se refermait en quelque sorte ».

Au-delà de la mise en lumière d’un événement historique, « The Oslo Diaries » vise aussi à humaniser les acteurs, les interactions entre eux et, peut-être, à rappeler que le conflit dans son ensemble concerne aussi les humains.

Le Président Shimon Peres dans ce qui est probablement sa dernière interview, dans « The Oslo Diaries » de HBO. (Avec l’aimable autorisation de HBO)

Loushy et Sivan disent qu’ils ont beaucoup appris sur ce chapitre de l’histoire en réalisant ce film. C’est un chapitre qu’ils ont vécu eux-mêmes, même s’ils étaient très jeunes à l’époque.

« Pour nous, chaque documentaire est comme un doctorat », dit Loushy. « Vous entrez dans le film en ayant peu de connaissances, ou simplement la connaissance commune de ce que le public sait, et quand vous plongez là-dedans pendant trois ans et lisez chaque article qui a été écrit à son sujet et faites une recherche approfondie – bien sûr vous découvrez des choses nouvelles ».

Yitzhak Rabin, (à gauche), discute avec Yasser Arafat, (au centre), et Shimon Peres après que les trois ont reçu le prix Nobel de la Paix à Oslo, en 1994. (Crédit : GPO)

« J’ai appris qu’il y avait deux dirigeants, Rabin et Arafat, qui voulaient vraiment la paix. Vous pouvez écrire beaucoup d’articles, mais la volonté d’aller de l’avant est un courage que peu de dirigeants ont et je pense que nous pouvons en tirer des leçons », a-t-elle ajouté.

Pour Sivan, bien que cette expérience fut enrichissante, elle fut aussi source de tristesse. « Je dois dire que c’était vraiment, vraiment douloureux », a-t-il dit au Times of Israel.  » Cela m’a ramené à mon enfance ».

Le Premier ministre Yitzhak Rabin et la délégation israélienne rencontrent au Caire le président de l’OLP Yasser Arafat et la délégation palestinienne en 1993. (Tzvika Israeli / Israel GPO / Avec l’aimable autorisation de HBO)

Sivan, 35 ans, a déclaré que les années d’Oslo étaient pleines d’espoir, qu’une paix durable était à nos portes. « Je me souviens de ce sentiment d’avoir grandi dans un Israël qui se dirigeait vers un avenir différent, mais au fil des années, les gens n’ont pas perdu espoir en Oslo, ils ont perdu espoir en toute solution pacifique, » a-t-il dit.

« Les gens disent que nous allons probablement rester dans cette situation ou pire, que c’est le mieux qu’on puisse faire », a-t-il poursuivi.

« Mais je ne peux pas regarder mon fils dans les yeux et lui dire : ‘Tu sais, c’est la vie la plus sûre et la plus paisible que tu auras parce que ça va probablement empirer’. Je dois lui promettre la même chose que l’on m’a promis : qu’il y a au moins une chance de parvenir à un avenir différent. »

Loushy et Sivan ont dit espérer que les gens qui verront leur documentaire comprendront qu’il n’y a « pas d’autre alternative » que la paix.

« Nous ne devons pas désespérer parce que nous y étions presque et que nous pouvons y être à nouveau. Nous avons juste besoin d’une fenêtre d’opportunité pour y aller et faire en sorte que cela se produise, et je pense qu’une grande partie de cela repose sur nos épaules », a dit Loushy. « Nous méritons un avenir meilleur. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...