25 % des Européens sont antisémites, l’intolérance en hausse à l’est – ADL
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25 % des Européens sont antisémites, l’intolérance en hausse à l’est – ADL

Un sondage mondial réalisé auprès de 9 000 adultes dans 18 pays montre qu'une partie plus importante de la population croit en des stéréotypes antisémites.

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

Le président français Emmanuel Macron observe une tombe vandalisée d'une croix gammée lors d'une visite au cimetière juif de Quatzenheim, le 19 février 2019, le jour des marches nationales contre la montée des attaques antisémites. (Frederick FLORIN / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron observe une tombe vandalisée d'une croix gammée lors d'une visite au cimetière juif de Quatzenheim, le 19 février 2019, le jour des marches nationales contre la montée des attaques antisémites. (Frederick FLORIN / POOL / AFP)

Environ un Européen sur quatre éprouve des sentiments très négatifs envers les Juifs, selon le sondage mondial de 2019 sur l’antisémitisme commandé par l’Anti-Defamation League (ADL).

Alors que le rapport ne fait pas état de beaucoup de changements en Europe occidentale, on a observé une augmentation du nombre de personnes interrogées en Europe centrale et de l’est qui ont exprimé des sentiments antisémites. De fait, des stéréotypes vieux comme le monde – à savoir que les Juifs contrôlent les affaires et la finance, et qu’ils seraient plus loyaux envers Israël que leur pays natal, sont encore bien ancrés dans les esprits.

L’étude, qui se basait sur 11 questions que l’ADL utilise dans ses sondages mondiaux depuis 1964, a permis d’interroger 9 000 adultes dans 18 pays d’Europe, du Canada, d’Afrique du sud et du Brésil entre avril et juin de cette année.

Le sondage a établi que les attitudes antisémites ont fortement augmenté dans un certain nombre de pays : l’Argentine a vu une hausse de 6 %, la Pologne de 11%, la Russie de 8 %, le Brésil et l’Afrique du sud de 9 %, et l’Ukraine de 14 % depuis la dernière étude du genre, qui avait eu lieu en 2014 avec une mise à jour en 2015.

Environ 25 % des Européens ont donné des réponses antisémites à une majorité des 11 questions, les plaçant dans la plus haute catégorie d’antisémitisme de l’ADL. En plus des attitudes négatives à l’égard des Juifs, lors qu’elle évalue l’antisémitisme mondial, l’organisation prend en compte des facteurs comme les incidents antisémites violents, les insultes verbales, les dégradations, les incidents antisémites que les communautés juives rapportent, et la politique gouvernementale.

« Il est profondément préoccupant qu’environ un Européen sur quatre éprouve des idées antisémites qui existaient déjà avant la Shoah », a déclaré le PDG de l’ADL Jonathan A. Greenblatt. Ces conclusions constituent un rappel fort qu’un grand travail doit encore être effectué pour éduquer des populations dans beaucoup de ces pays afin de combattre l’intolérance. En outre, il faut répondre au besoin urgent de sécurité où ces incidents violents sont en augmentation ».

L’enquête a également établi que les discours politiques peuvent influencer l’antisémitisme. En Pologne, où le sujet de la restitution de propriétés volées pendant la Shoah et une loi sur l’histoire de la Shoah ont provoqué des polémiques ces dernières années, près de la moitié de toutes les personnes interrogées – 48 % – ont exprimé un sentiment négatif à l’égard des Juifs, à comparer à 37 % en 2015. Presque trois quarts des personnes interrogées étaient d’accord pour dire que les « Juifs parlent encore trop de ce qui leur est arrivé dans la Shoah ». En réponse à la même question, les Pays-Bas ont enregistré 31 %, le Royaume-Uni 18 % et la Suède 15 %.

Une caricature antisémite du dessinateur Ben Garrison dépeint des officiels du gouvernement en marionnettes de George Soros et des Rothschild. (Ben Garrison)

En Hongrie, où des campagnes anti-immigration sponsorisées par le gouvernement se sont focalisées sur le milliardaire juif George Soros, 25 % des adultes pensent que « les Juifs veulent affaiblir notre culture nationale en soutenant l’arrivée de plus d’immigrants dans notre pays ». L’antisémitisme global en Hongrie se situe à 42 %, à comparer aux 40 % de 2015.

Des stéréotypes concernant le contrôle juif des affaires et des marchés financiers sont encore très présents, mais ils atteignent des niveaux records dans des pays d’Europe centrale et de l’est. Interrogés pour savoir s’ils étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle les « Juifs ont trop de pouvoir dans le monde des affaires », 72 % des Ukrainiens ont répondu par l’affirmative, comme 71 % des Hongrois, 56 % des Polonais, et 50 % des Russes.

Alors que les Européens musulmans étaient sensiblement plus enclins à accepter des stéréotypes antisémites – ils étaient en moyenne 300 % plus enclins à le faire – que d’autres Européens dans six pays testés (Belgique, France, Allemagne, Italie, Espagne et le Royaume-Uni), ils étaient en moyenne beaucoup moins antisémites que les personnes interrogées au Moyen-Orient et dans des régions d’Afrique du nord en 2014. Cela peut faire penser que le contact avec des Juifs, l’éducation sur la Shoah, et le contexte social ont eu un impact après l’émigration des personnes interrogées.

L’Italie et l’Autriche ont vu une baisse importante de l’antisémitisme, avec une chute de 11 % en Italie et de 8 % en Autriche. La situation en Belgique, en Allemagne et au Danemark reste globalement inchangée, avec des moyennes respectives à 24 %, 15 % et 10 %.

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