26 ans après, Tsahal rétablit sa zone de sécurité dans le sud-Liban, avec des différences notables
L'armée ne parle pas de « zone de sécurité » mais ses limites sont presque les mêmes ; la hiérarchie militaire assure que les soldats ne seront pas exposés aux mêmes menaces

AYTA ASH-SHAB, Liban — L’armée israélienne est en train de rétablir une zone de sécurité qu’elle avait abandonnée il y a de cela près de 26 ans, mais la hiérarchie militaire souligne que cette fois, les dangers ne sont plus les mêmes que lors des 18 années d’occupation du sud-Liban, entre 1982 et 2000.
Ce dimanche, pour la première fois depuis l’escalade des hostilités avec le Hezbollah, le mois dernier, dans le cadre de la guerre contre l’Iran, lorsque le groupe terroriste a repris ses tirs de roquettes et de drones sur Israël, les journalistes israéliens ont été autorisés par l’armée israélienne à entrer dans le sud-Liban, sous escorte, pour voir la zone de sécurité fraîchement établie.
La visite a pu avoir lieu grâce au fragile cessez-le-feu de 10 jours annoncé par le président américain Donald Trump, entré en vigueur à minuit dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, après plus de 40 jours de combats dans le sud-Liban.
C’est en roulant dans la boue fraîche du sud-Liban que les journalistes progressent, à bord de véhicules blindés Eitan, jusqu’à un poste militaire de fortune installé à Ayta ash-Shab, un village presque totalement détruit.
Cinq divisions de Tsahal — qui représentent des dizaines de milliers de soldats — sont actuellement stationnées dans cette toute nouvelle zone de sécurité dont les frontières sont, sans surprise, semblables à celles qu’Israël a tenues par le passé, le terrain libanais n’ayant pas vraiment changé ces 26 dernières années.
Selon des membres de la hiérarchie militaire et de la Défense, il s’agit, avec cette zone de sécurité, de se débarrasser de la menace d’une possible invasion du Hezbollah mais aussi des « tirs directs » du groupe terroriste, c’est-à-dire de ses missiles guidés antichars qu’il pointe sur les communautés israéliennes frontalières.
L’armée israélienne se garde bien de lui donner le nom de « zone de sécurité », lui préférant le terme de « zone de défense avancée », de manière à ne pas rappeler le conflit meurtrier et controversé d’il y a une trentaine d’années au cours duquel près de 675 soldats ont trouvé la mort.
« Comment ça s’appelle ? Ce n’est pas ça qui importe », estime le colonel Arik Moyal, commandant de la brigade d’infanterie Nahal.
« Sur le plan tactique, pour moi qui suis commandant, c’est une zone de sécurité. On nous a demandé de créer une zone de sécurité de façon à empêcher les tirs antichars directs. À empêcher que ne viennent ici des terroristes susceptibles de s’infiltrer à Shtula ou Zarit… ou qu’il y ait des infrastructures terroristes », explique-t-il aux journalistes lors de ce déplacement effectué dimanche.
« Ce qui compte, c’est ce que nous faisons, et ce que nous devons faire pour qu’une mère qui se trouve en [zone frontalière israélienne, dans le moshav], à Shtula, puisse en toute sécurité emmener ses enfants à la maternelle sans l’ombre d’une menace. »
Dans le cadre de cette zone de sécurité, le ministre de La Défense, Israel Katz, a annoncé que l’armée israélienne allait raser tous les villages frontaliers libanais — à l’exception de plusieurs communautés chrétiennes — mais sur le terrain, la hiérarchie militaire souligne que l’armée ne fait que détruire les infrastructures du Hezbollah, souvent intégrées dans des maisons.
Une nouvelle zone de sécurité sans les anciennes menaces
Il existe plusieurs différences notables entre la zone de sécurité de 2026 et celle que Tsahal a rapidement évacuée en 2000, signalent les autorités militaires.
Premièrement, il n’y a pour l’heure quasiment aucun civil libanais sur le territoire contrôlé par Tsahal à l’exception des communautés chrétiennes avec lesquelles, déclare la hiérarchie militaire sur le terrain, l’armée dispose de canaux de coordination.
Israël a ordonné l’évacuation de tout le sud-Liban, ce que les civils libanais ont en grande partie respecté, notamment dans les villages proches de la frontière, laissant derrière eux un millier d’agents du Hezbollah — dont la plupart ont été tués, estime Tsahal.
Selon des militaires israéliens, cela complexifie la dissimulation des membres du Hezbollah, qui ne peuvent plus utiliser la population civile comme couverture, et facilite leur détection par Tsahal.
Deuxièmement, la destruction systématique des infrastructures du Hezbollah dans les villages frontaliers empêche le groupe terroriste d’utiliser ces zones pour y mener des attaques contre les soldats israéliens.
Le Hezbollah s’est replié plus profondément dans le sud-Liban mais peut encore tirer des roquettes sur les soldats israéliens stationnés dans la zone de sécurité, ainsi que sur Israël. C’est la raison pour laquelle, troisièmement, Tsahal va disposer d’un nombre limité de postes stationnaires dans le sud-Liban, expliquent les chefs de terrain. Par le passé, l’armée israélienne avait plus d’une dizaine de postes avancés principaux dans le sud-Liban, qui s’étaient vite mués en cibles pour le Hezbollah.
Selon les autorités militaires, l’armée israélienne va établir plusieurs postes à l’intérieur de la zone de sécurité à des fins de contrôle mais elle va rester beaucoup plus « mobile » au sein de cette zone, afin de limiter la possibilité d’attaques du Hezbollah.
Sur la carte publiée dimanche par Tsahal, on voit que la zone de sécurité passe sur le fleuve Litani, un repère géographique essentiel, associé depuis longtemps aux tentatives pour repousser le Hezbollah vers le nord, ainsi que le promontoire stratégique de Beaufort.
Les troupes terrestres ne sont pas stationnées dans toutes ces zones, pas davantage qu’au niveau du château de Beaufort. La carte précise les zones contrôlées par Tsahal à des fins de surveillance et d’ouverture de feu, les troupes terrestres ne se trouvant que dans les zones jugées stratégiques.
« Il reste encore beaucoup de travail »
L’armée israélienne a annoncé qu’elle profiterait du cessez-le-feu pour débarrasser la zone sous son contrôle, dans le sud-Liban, des infrastructures, agents et menaces du Hezbollah.
L’armée estime que plusieurs cellules du Hezbollah se sont retrouvées piégées au coeur du territoire passé sous contrôle israélien depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Les officiers de terrain assurent qu’ils seront débusqués tôt ou tard.
« L’ennemi se retire, fuit, essaie de vous échapper, jusqu’à ce que vous ne lui laissiez plus aucun échappatoire », explique Moyal.
Questionné sur l’effet de surprise de ce cessez-le-feu soudainement annoncé par Trump, qui a mis fin aux opérations militaires, Moyal répond que le moment n’aurait pas pu être mieux choisi.
« Le cessez-le-feu est entré en vigueur au moment précis où nous étions là où il le fallait », explique-t-il aux journalistes. « Nous avions fait tout ce que nous devions faire. Nous étions exactement là où nous voulions être. Nous avions pris les villages que nous voulions prendre. Malgré tout, il reste encore beaucoup de travail. Cela prendra du temps », souligne Moyal.
Le commandant de Nahal ajoute que Tsahal s’est « doté d’une zone de sécurité qui empêche tout autant les tirs antichars directs vers les communautés du nord que les infiltrations et nous permet de détruire toutes les infrastructures qui s’y trouvent. »
« Par conséquent, nous avons encore beaucoup de travail à faire », conclut-il.
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