30 ans sans Serge Gainsbourg
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30 ans sans Serge Gainsbourg

Sa fille Charlotte a récemment confirmé l'ouverture prochaine de la maison de l'artiste, à Saint-Germain-des-Prés, transformée en musée

Serge Gainsbourg lors d'une conférence de presse, le 29 avril 1986 à l'hôtel George V à Paris. (AP Photo/Pierre Gleizes)
Serge Gainsbourg lors d'une conférence de presse, le 29 avril 1986 à l'hôtel George V à Paris. (AP Photo/Pierre Gleizes)

Serge Gainsbourg, né Lucien Ginsburg, est mort d’une crise cardiaque il y a 30 ans, le 2 mars 1991, dans sa maison parisienne. Il était âgé de 62 ans.

Fils d’immigrants russes juifs, le chanteur français, qui a dit être « né sous une bonne étoile jaune », a marqué son époque et son art – lui qui a d’abord voulu devenir peintre.

Auteur, compositeur, interprète, acteur, écrivain, il était un artiste aux multiples dons, aimé, adulé, respecté, critiqué, analysé, et souvent blâmé – notamment en raison de ses frasques alcoolisées – mais jamais remplacé. Il laisse derrière lui un héritage musical et culturel sans égal.

Si ses plus grandes chansons restent aujourd’hui bien connues (« Comme un boomerang », « La Javanaise », « Initials B.B. », « Je t’aime… moi non plus »…), de nombreuses autres sont restées relativement ignorées. Parmi elles : « Le Sable et le Soldat », chantée en 1967 au moment de la guerre des Six jours, à la demande de l’attaché culturel de l’ambassade d’Israël en France de l’époque.

Outre cette chanson – une maquette qui n’était pas destinée à être chantée et diffusée en français –, Gainsbourg a peu parlé d’Israël et ne s’y est jamais rendu. « Me battre pour mes origines juives ? Pourquoi pas, mais je ne vois pas où… Moi, je suis un Ashkénaze, je ne suis pas un mec d’Israël », disait-il en 1982 sur France culture.

Dans une autre interview, en 1984, il expliquait : « Oui j’ai failli y aller [en Israël] si ça tournait mal [pendant la guerre des Six jours]… »

Depuis, la chanson, connue en Israël, a notamment été reprise par la chorale de l’armée.

Enfant caché sous l’Occupation – prenant le nom de Lucien Guimbard – et privé de sa nationalité française, Serge Gainsbourg a à de nombreuses reprises rappelé sa judéïté. Il n’était néanmoins pas du tout pratiquant. « Juif, c’est pas une religion ! Aucune religion ne fait pousser un nez comme ça ! », a-t-il lancé. Il a rendu hommage à ses origines dans sa chanson « Juif et Dieu ».

Victime à nouveau d’antisémitisme lors de la sortie de son album « Aux armes et cætera » en 1979, dans lequel il reprenait la Marseillaise sur un air reggae, Bertrand Dicale, journaliste et spécialiste de la chanson française, explique qu’il s’est inventé son alter ego Gainsbarre à la suite de cet épisode, multipliant les provocations et n’apparaissant plus qu’ivre sur les plateaux de télévision, mais cachant mal son hypersensibilité.

Bertrand Dicale a publié récemment Tout Gainsbourg (éditions Jungle), biographie et encyclopédie dans laquelle il rentre dans l’histoire de l’artiste à partir de son œuvre et apporte des explications sur des aspects transversaux (son nom de Serge, sa lente conversion de la peinture à la chanson, sa profonde dépression à la fin de sa vie…)

L’an dernier, Marie David, réalisatrice, publiait elle 5 bis, rue de Veneuil (Plon), adresse du chanteur à Paris. Après s’être prise de passion pour la face cachée de l’artiste en réalisant un documentaire sur lui, elle racontait son histoire à travers sa relation si singulière avec son antre de Saint-Germain-des-Prés.

Charlotte Gainsbourg compte d’ailleurs ouvrir la maison, transformée en musée, d’ici la fin de l’année, où rien n’a bougé depuis la mort de son père. Le site Internet officiel du lieu a été créé ce mardi. L’entrée au musée devrait être de 40 € selon RTL.

« Dans les dix premières années, quand j’étais la plus sûre du projet, c’était très compliqué à faire aboutir », explique l’actrice et chanteuse. « Et après, j’ai fait marche arrière parce que c’était un peu ce qui me restait de lui, donc je le gardais comme un trésor. Mais quand je suis partie à New York il y a 6 ans – maintenant je suis de retour à Paris – j’ai pris de la distance et j’ai compris qu’il fallait que ça se fasse. Pour les gens, mais aussi pour ma santé mentale, il faut que j’arrive à m’en détacher. Il faut que ce soit un lieu vraiment ancré dans le patrimoine parisien, que ce soit accessible. »

« On ne va pas découvrir des choses sur son œuvre mais le cadre de son travail », prévient-elle. « C’est lui, sa personnalité, c’est assez surprenant. On a l’image d’artistes qui sont dans des espaces immenses, luxueux, là c’est relativement modeste. Au départ, ce sont d’anciennes écuries, ce n’est pas haut de plafond, ce n’est pas l’appartement haussmannien par excellence. Il y a une cuisine minuscule. »

« Au départ, c’était la maison de famille, avec ma mère, ma sœur, lui et moi. À l’époque de ma mère (Jane Birkin), il y avait peu de choses, puis après il y a eu de plus en plus de bordel très arrangé (rires). Il a transformé ça de son vivant en musée bourré d’objets, on avait du mal à marcher sans avoir peur de casser quelque chose. »

Vendredi dernier, France 3 a diffusé un documentaire inédit et intime, « Gainsbourg, toute une vie », signé Stéphane Benhamou et Sylvain Bergère. Le film, disponible en replay jusqu’au 27 avril, visait à montrer « Gainsbourg débarrassé de ses masques ».

« En définitive, je suis resté en filigrane cet enfant timide et secret qui implique candeur, innocence, insoumission et sauvagerie », confiait l’artiste, loin de son personnage de Gainsbarre.

« Je n’ai jamais connu quelqu’un d’aussi original, qui pourtant vivait avec une grande mélancolie », explique Charlotte Gainsbourg dans le film.

Serge Gainsbourg, le 11 mars 1984, lors de l’émission 7 sur 7 au Studio Cognacq-Jay à Paris. (PHILIPPE WOJAZER / AFP)
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