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5 groupes juifs US boycottent un appel avec le secrétaire à l’Éducation

Miguel Cardona a organisé une seconde allocution virtuelle après que les Jewish Federations of North America, l'ADL et la Conférence des présidents ont refusé d'assister à la première

Le secrétaire d'État américain Miguel Cardona pendant une audience d'une sous-commission du sénat au Capitole, à Washington, le 30 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Susan Walsh)
Le secrétaire d'État américain Miguel Cardona pendant une audience d'une sous-commission du sénat au Capitole, à Washington, le 30 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Susan Walsh)

WASHINGTON (JTA) — Le secrétaire d’État à l’Education, Miguel Cardona, avait préparé une allocution consacrée à la lutte contre l’antisémitisme dans les écoles et dans les universités – un sujet qui se trouve au cœur d’un débat brûlant, depuis quelques semaines, en raison des campements pro-palestiniens et anti-israéliens qui se sont multipliés sur les campus de tous les États-Unis.

Mais il a finalement dû la prononcer à deux reprises dans la mesure où au moins cinq grandes organisations juives ont boycotté la première réunion, refusant de maintenir la rencontre alors que des groupes juifs progressistes y étaient invités.

Les représentants des Jewish Federations of North America, de l’Anti-Defamation League (ADL), de la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, de l’Orthodox Union (OU) et du Brandeis Center for Human Rights Under Law ont quitté la réunion qui avait été organisée sur Zoom, à 22 heures, seulement quelques minutes avant qu’elle ne débute.

Les participants ont ensuite appris, par texto, que la Conférence des présidents s’était battue pour que les différentes organisations renoncent à la conférence virtuelle après avoir été informée de la présence de plusieurs groupes progressistes.

Parmi ces groupes, Bend the Arc, un groupe consacrant ses activités à la justice sociale ; Truah, un groupe de défense des droits de l’Homme rabbinique ; Nexus, une organisation qui lutte contre l’antisémitisme en partenariat avec les communautés minoritaires et dont les dirigeants ont critiqué avec âpreté les actions israéliennes.

« J’ai été vraiment surprise de ne pas les voir là », a commenté Jamie Beran, la directrice-générale de Bend The Arc, dans un entretien, en évoquant l’absence des organisations. Notant qu’un certain nombre de groupes centristes et conservateurs avaient accepté de prendre part à la visio-conférence, elle a ajouté qu’elle était « reconnaissante d’avoir été aux côtés de ces groupes qui prennent tous au sérieux la question de la sécurité des étudiants et qui mettent la politique de côté ».

Des manifestants anti-Israël du campus de l’Université de Columbia déployant une banderole alors qu’ils se barricadent à l’intérieur du Hamilton Hall, lui donnant le nom d’un enfant palestinien prétendument tué par Israël à Gaza dans le cadre de la guerre en cours avec le Hamas, à New York City, le 30 avril 2024. (Crédit : Alex Kent/Getty Images via AFP)

Nathan Diament, le directeur, pour Washington, de l’OU, n’a pas voulu évoquer officiellement la raison pour laquelle lui-même et les autres responsables ont demandé la seconde conférence virtuelle, se contentant de noter que la rencontre avait été initiée par l’OU et par l’ADL et qu’elle n’aurait pas été organisée, le cas échéant. Une lettre envoyée à Cardona, qui avait été rédigée à l’initiative de l’OU et de l’ADL, a indiqué que si les organisations avaient apprécié les condamnations du Secrétaire d’État concernant l’antisémitisme qui sévit sur les campus, « ces condamnations ne sont pas suffisantes pour venir à bout de cette crise ».

« Dans ce courrier, nous avons demandé une réunion dans la semaine suivante et nous apprécions vraiment qu’il y ait eu une réponse et que le délai ait été respecté », a confié Diament à JTA. « Et ainsi, nous avons pu avoir la réunion que nous demandions ».

Hillel International, l’organisation-cadre des groupes juifs installés sur les campus, avait aussi signé le courrier de l’ADL, prévoyant initialement de prendre part à l’événement mais y renonçant finalement, ont dit des officiels qui étaient eux-mêmes invités à la conférence virtuelle. Il est difficile de dire si cette absence a résulté d’un boycott.

Cardona a accepté de mettre en place une conférence virtuelle à 13 heures pour accueillir les groupes qui n’avaient pas été présents la première fois. 20 organisations avaient pris part à la première rencontre.

Une personne préparant une pancarte portant l’inscription « Intifada Revolution » lors d’un campement anti-Israël, sur le campus de l’Université de Washington, à Seattle, le 29 avril 2024. (Crédit : Lindsey Wasson/AP)

Les groupes qui avaient boycotté le premier appel ont refusé de s’exprimer de manière officielle auprès de la Jewish Telegraphic Agency avant la fin du deuxième appel. L’un des responsables de ces organisations a fait savoir que la Conférence des présidents avait été à l’origine de l’événement et qu’elle avait été prise au dépourvu par l’addition des groupes progressistes.

« Ce n’est pas quelque chose d’habituel, pour une coalition, de demander une réunion, qu’elle soit acceptée et qu’il s’avère qu’en fin de compte, un groupe de personnes différent ait aussi été sollicité », a commenté l’officiel, qui a demandé à ne pas être identifié de façon à pouvoir parler franchement d’un sujet sensible.

Autre facteur qui est entré en compte, celui de l’opposition des groupes progressistes à l’inclusion dans la loi d’une définition de l’antisémitisme, celle de l’IHRA, qu’ils considèrent comme trop focalisée sur les critiques d’Israël.

Nexus prône une autre définition qui offre une plus grande marge de manœuvre dans la critique d’Israël.

« Avec l’ajout d’autres groupes, cela signifiait que chacun avait moins de temps pour s’exprimer et que ce n’était plus une vraie réunion – ce que j’oppose à une opportunité donnée au gouvernement de dire ce qu’il a à dire sans que nous ayons, par ailleurs, beaucoup l’occasion de parler », a continué le responsable de l’un des groupes ayant boudé la rencontre. « De surcroît, il y avait cette inquiétude portant sur un manque d’uniformité parmi les organisations présentes en raison de la nature des autres groupes qui allaient prendre part à l’appel ».

Le département de l’Éducation n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Illustration : Croix gammée dessinée à la main sur le mur extérieur de la gare Union, près du Capitole, à Washington, le 28 janvier 2022. (Crédit : J. Scott Applewhite/AP)

Certains officiels des groupes qui ont participé au premier appel – y compris certains qui entretiennent de bonnes relations avec les organisations qui ont boycotté l’événement – ont dit avoir été très étonnés par l’absence de ces dernières, considérant que leurs désaccords ne relevaient que d’objections mineures. Ils ont fait remarquer que des groupes perçus comme conservateurs, comme l’Orthodox Agudath Israel of America ou comme centristes, comme l’American Jewish Committee, étaient bien présents. « Ce n’était même pas une opposition gauche contre droite, c’est simplement qu’un petit groupe a décidé de ne pas se montrer », a déploré un participant.

Également là au cours de cette rencontre virtuelle, des organisations plutôt libérales qui travaillent avec la communauté juive mainstream – comme le Reform movement, le Conservative movement et le Jewish Council for Public Affairs. J-Street, groupe juif libéral qui consacre ses activités au Moyen-Orient, était représenté par sa branche universitaire, J-Street U.

Le directeur-général de l’AJC, Ted Deutch, a prononcé un discours, au nom de toutes les organisations présentes, lors du lancement de la réunion. Julie Fishman Rayman, directrice chargée de la politique et des affaires politiques au sein de l’AJC, a déclaré que la rencontre virtuelle, à laquelle Neera Tanden, la conseillère en politique intérieures de Biden, a aussi assisté, avait été productive. « Le Secrétaire et la Conseillère chargée de la politique intérieure à la Maison Blanche ont reconnu les craintes et l’anxiété qu’éprouvent les Juifs en ce moment et ils ont exprimé leur désir de s’attaquer à cette problématique, reconnaissant la nécessité d’en faire plus », a-t-elle écrit dans un courriel.

Ted Deutch, le responsable de l’American Jewish Committee, s’exprime au Centre pour la vie juive de l’université de Columbia, le 26 avril 2024. (Crédit : Luke Tress)

Les pressions exercées par la Conférence des présidents pour dissuader les groupes d’assister à la réunion via Zoom ont été tellement de dernière minute que Kenneth Marcus, le chef du Brandeis Center, s’est connecté pendant une minute. Il a ensuite écrit « Je dois partir » sur le chat et il a disparu, ont raconté deux participants.

Cardona a débuté la rencontre en faisant remarquer la diversité des points de vue des groupes présents. Il a expliqué que selon les employés de son département, son Bureau des Droits civils croulait sous les demandes d’enquêtes sur de possibles violations des droits civils dans les écoles et dans les universités – avec des accusations d’antisémitisme, entre autres.

Le Département avait annoncé, auparavant, que les plaintes déposées auprès de son bureau étaient une bonne manière de répondre aux accusations d’antisémitisme sur les campus des établissements d’enseignement supérieur. Une avalanche de plaintes ont été soumises depuis – un grand nombre déposées par des groupes juifs et par les soutiens de la communauté, notamment par le Brandeis Center.

Les employés prennent en charge 50 dossiers à la fois, a dit Catherine Lhamon, la vice-Secrétaire-adjointe qui s’occupe du Bureau des droits civils. Elle a précisé qu’il fallait des mois pour traiter chaque dossier.

« Tous ceux qui s’inquiètent de la sécurité des Juifs sur les campus doivent soutenir le renforcement des ressources allouées au Bureau des droits civils pour pouvoir régler la question des retards pris dans les investigations sur les violations au Titre VI, ce dernier étant l’outil au cœur de ce dont nous disposons pour protéger les droits civils des étudiants juifs et de tous les étudiants sur les campus », a dit Amy Spitalnick, directrice-générale du JCPA, dans un entretien.

Kevin Rachlin, directeur de Nexus pour Washington, a indiqué que les mêmes Républicains, au Congrès, qui promettaient dorénavant de durcir massivement la supervision des universités en tant que moyen de protéger les étudiants juifs, réclamaient aussi une coupe de 25 % dans le financement du Bureau des droits civils. « Ils n’apprécient très clairement pas le Bureau des droits civils et s’ils voulaient vraiment combattre l’antisémitisme sur le campus, aujourd’hui, ils reverraient à la hausse ces financements », a-t-il fait remarquer.

Autre sujet évoqué, la nécessité d’équilibrer la liberté d’expression sur les campus avec les droits des étudiants juifs. Certains, parmi ces derniers, ont expliqué avoir été pris pour cible et harcelés par des protestataires pro-palestiniens, a noté Beran.

La police pénétrant dans le campement pro-palestinien et anti-israélien sur le campus de l’Université de Californie, (UCLA), à Los Angeles, en Californie, à l’aube du 2 mai 2024. (Crédit : Etienne Laurent/AFP)

« Les groupes étaient vraiment mesurés, disant qu’ils devaient protéger la liberté d’expression et que les étudiants devaient être protégés face au harcèlement », a-t-elle déclaré en évoquant les participants à la conférence virtuelle.

Quelques heures avant l’appel, Cardona avait envoyé un courrier aux présidents des universités, fustigeant les informations faisant état de harcèlement antisémite sur les campus. « Je suis particulièrement troublé par la hausse forte de l’antisémitisme qui vise certains étudiants juifs sur certains campus », a-t-il écrit.

Diament a indiqué que lors de la deuxième réunion, Cardona et d’autres ont parlé de l’augmentation du financement du Bureau des droits civils. Il a ajouté que les organisations ont expressément demandé au département d’expliquer plus clairement aux universités ce qu’est l’antisémitisme et comment il se traduit sur le terrain.

Une seule organisation, le National Council of Jewish Women, a été présente lors des deux appels.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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