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57 démocrates souhaitent une enquête des USA sur la mort de Shireen Abu Akleh

Ils contestent la version selon laquelle la journaliste aurait été prise entre deux feux ; Michael Herzog regrette que la nature antiterroriste de l'intervention de Tsahal soit ignorée

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des gens se rassemblent, dans les bureaux d’Al Jazeera dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 11 mai 2022 après la mort de la journaliste Shireen Abu Akleh, tuée lors d’affrontements entre soldats israéliens et tireurs palestiniens alors qu’elle couvrait une opération israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Des gens se rassemblent, dans les bureaux d’Al Jazeera dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 11 mai 2022 après la mort de la journaliste Shireen Abu Akleh, tuée lors d’affrontements entre soldats israéliens et tireurs palestiniens alors qu’elle couvrait une opération israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Cinquante-sept démocrates de la Chambre des représentants des États-Unis ont appelé vendredi le département d’État et le FBI à ouvrir une enquête sur la mort de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, qui a été tuée lors d’affrontements entre soldats israéliens et hommes armés palestiniens alors qu’elle couvrait une intervention de Tsahal dans la ville palestinienne de Jénine, plus tôt ce mois-ci.

La demande a été adressée par courrier au secrétaire d’État Antony Blinken, et au directeur du FBI, Chris Christopher Wray, par un groupe de progressistes représentant un quart des effectifs du Parti démocrate à la Chambre. L’initiative était conduite par les représentants Andre Carson, Bill Pascrell et Lou Correa.

Le courrier a rapidement été dénoncé par l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, qui a fait remarquer qu’elle passait sous silence le contexte de la mort d’Abu Akleh et sous-entendait qu’Israël était responsable.

Dans leur lettre, les représentants évoquent des informations suivant lesquelles Abu Akleh et les autres journalistes palestiniens couvrant l’opération de Tsahal à Jénine, le 11 mai, avaient signalé leur présence aux soldats.

« L’armée israélienne a affirmé que les victimes avaient été prises entre deux feux, entre des tireurs palestiniens et les soldats israéliens. Cependant, des médias et des témoins oculaires ont fourni des informations contraires… [affirmant] qu’il n’y avait pas d’affrontements ou de fusillades en cours dans les environs », ont écrit les membres de la Chambre.

En réponse à cette affirmation, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Michael Herzog, a déclaré qu’elle était « le fait d’individus avec des priorités claires » et que des « preuves fiables » confirmaient « l’échange de tirs ».

« Implicitement, Israël est désigné comme principal suspect de la mort tragique de Mme Abu Akleh et on ne peut pas lui faire confiance pour mener une enquête honnête, délégitimant ainsi le système judiciaire solide, fiable et indépendant d’Israël », a regretté Herzog.

Parmi les signataires figuraient tous les membres du groupe progressiste – les représentants Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib, Ilhan Omar, Jamaal Bowman et Cori Bush. Betty McCollum, Marie Newman, Mark Pocan, Pramila Jayapal, Barbara Lee, Tom Malinowski et Joaquin Castro ont également apposé leur signature.

La veille, le quotidien Haaretz avait indiqué que la police militaire n’ouvrirait pas d’enquête sur la mort d’Abu Akleh, car les procureurs n’avaient pas d’éléments laissant penser à de possibles exactions de la part des soldats. Tsahal poursuit son enquête sur les circonstances entourant la mort d’Abu Akleh, hors voie judiciaire.

Un haut-responsable de l’armée israélienne a déclaré, jeudi aux journalistes, que Tsahal avait identifié le fusil israélien susceptible d’avoir tiré la balle qui a tué Abu Akleh. Il a toutefois précisé que l’armée avait besoin de la balle, en possession de l’Autorité palestinienne (AP), pour le confirmer.

Herzog a noté vendredi que l’AP refusait toujours de remettre la balle, privant Tsahal de toute conclusion définitive. Il a déploré que les représentants démocrates n’en aient fait aucune mention dans leur lettre et ne se soient pas joints aux appels de Jérusalem pour que Ramallah s’exécute. L’AP a jusqu’à présent rejeté cette demande, affirmant ne pas faire confiance aux autorités israéliennes.

L’ambassadeur israélien a ajouté que la lettre ignorait l’appel d’Israël à une
« enquête conjointe israélo-palestinienne impartiale, avec les États-Unis comme observateur ».

Le département d’État a déjà condamné la mort d’Abu Akleh et appelé à une enquête, le porte-parole Ned Price ajoutant que les États-Unis estimaient qu’Israël avait « les moyens et capacités de mener une enquête approfondie et complète », suggérant qu’une enquête distincte n’était pas nécessaire.

D’un tout autre avis, les 57 représentants en appellent à une enquête du département d’État et du FBI.

« Nous demandons également au département d’État américain de déterminer dans quelle mesure les lois américaines protégeant Mme Abu Akleh, citoyenne américaine, ont été violées », ont-ils ajouté.

Herzog a souligné que la lettre passait sous silence des circonstances importantes qui entourent la mort d’Abu Akleh, et notamment la vague terroriste, en Israël et en Cisjordanie, qui a coûté la vie à 19 personnes, de la main de terroristes souvent originaires de Jénine. Il a également relevé que Tsahal intervenait contre les terroristes du Jihad islamique palestinien, que les États-Unis et Israël considèrent comme une organisation terroriste.

« Plutôt que d’envoyer des messages tout sauf constructifs, la vérité et la justice seraient mieux servies si l’AP était appelée à donner à Israël l’accès à la balle et permettre ainsi de conclure l’enquête, avec les États-Unis comme observateurs », a conclu Herzog.

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