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83 ans après la Nuit de Cristal, des fragments d’un rouleau de Torah refont surface

Un pasteur protestant de la ville allemande de Görlitz a remis des segments de la Torah qui avaient été mis en sécurité lors de la Nuit de Cristal

Uwe Mader avec les fragments du rouleau de la Torah qu'il a remis à la ville de Görlitz, le 16 décembre 2021. (Crédit : Pawel Sosnowski via JTA)
Uwe Mader avec les fragments du rouleau de la Torah qu'il a remis à la ville de Görlitz, le 16 décembre 2021. (Crédit : Pawel Sosnowski via JTA)

BERLIN, Allemagne (JTA) – Un pasteur protestant allemand a remis des fragments d’un rouleau de la Torah, perdu depuis longtemps, à la ville de Görlitz dans le sud-est de l’Allemagne, 83 ans après que son père, un policier de la ville, fut entré en possession de ces fragments.

S’il n’est pas rare que des non-Juifs allemands remettent des objets religieux perdus ou cachés depuis la période nazie, les fragments du rouleau de la Torah ont suivi un parcours inhabituel avant d’être découverts la semaine dernière.

Le rouleau de la Torah en question n’avait pas été vu depuis la Nuit de Cristal, le pogrom mené contre les synagogues et les biens juifs dans les pays germanophones les 9 et 10 novembre 1938.

Selon le pasteur Uwe Mader, 79 ans, qui a remis les fragments à la ville, l’histoire a commencé avec son père, Willi Mader. Né à Görlitz en 1914, Willi était un jeune officier de police en formation, lorsqu’il a été appelé à la synagogue la nuit du pogrom anti-juif.

Uwe Mader a déclaré au journal Säschsiche Zeitung que son père n’a jamais parlé de ce qui s’est passé cette nuit-là, de sorte que l’on ne sache pas comment les quatre fragments de la Torah se sont retrouvés dans les mains du policier. Uwe Mader pense qu’ils ont dû être découpés par quelqu’un qui savait lire la Torah et qui a soigneusement sélectionné certains passages, notamment l’histoire de la création et les Dix commandements.

Les fragments, ont changé de mains, à plusieurs reprises au cours des années du régime nazi, puis communiste.

Illustration : Un homme regarde les décombres d’un magasin juif à Berlin le 10 novembre 1938, au lendemain de la Nuit de cristal. (Crédit : Photo AP)

À la fin des années 1930, Willi Mader a apporté les parchemins en lieu sûr à une amie de Kunnerwitz, Herta Apelt, et à son frère. Ils les ont à leur tour apportés à leur pasteur local, Bernhard Schaffranek, qui a été installé en juin 1940. Schaffranek a caché les parchemins de la Torah dans sa bibliothèque. Il meurt en juillet 1949. En 1969, sa veuve, Magdalena, les a remis au nouveau vicaire de Reichenbach, Uwe Mader, sachant probablement que c’était son père qui les avait reçus en 1938.

Magdalena Schaffranek a demandé à Uwe Mader de ne le dire à personne, et il a tenu sa promesse, ne le disant même pas à sa femme. Il a caché les parchemins dans des rouleaux de papier peint dans son bureau. Lorsqu’il a déménagé à Kunnerwitz en 1977, il a emporté les parchemins avec lui.

Avec les bouleversements politiques de 1989 qui ont conduit à l’unification allemande, Mader les a placés dans une armoire en acier fermée à clé, dont il gardait la clé sur lui en permanence. Ce n’est qu’à la fin des années 1980, que Willi Mader a finalement raconté à son fils, comment il avait commencé cette chaîne de transferts.

Après avoir passé des décennies à ne rien dire à personne, Uwe Mader a finalement décidé la semaine dernière, que le moment était venu de faire connaître les parchemins.

La ville de Görlitz, qui a récemment achevé la rénovation de sa synagogue, a déclaré qu’elle prévoyait de travailler avec les dirigeants juifs de la région afin d’élaborer un plan pour exposer, voire restaurer, les fragments.

La « nouvelle synagogue » de Görlitz, qui date de 1911, est la seule de l’État de Saxe à avoir survécu à la Nuit de Cristal. Elle a été ré-inaugurée l’été dernier en tant que lieu de culte et espace de rencontres interconfessionnelles. Une trentaine de Juifs vivraient actuellement à Görlitz.

Une vue de la nouvelle synagogue du Forum culturel de Görlitz (Crédit : capture d’écran de MDR Fernsehen/ via JTA)

Certains dirigeants et militants juifs locaux, ont été irrités, par l’annonce que les fragments avaient été donnés à la ville plutôt que directement aux représentants de la communauté juive, qui serait le successeur légal.

Mais Zsolt Balla, rabbin d’Etat de Saxe et premier aumônier militaire juif d’après-guerre en Allemagne, a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency qu’il était optimiste quant aux plans pour les rouleaux après avoir parlé avec le maire de la ville, Octavian Ursu, vendredi.

« Nous discuterons des stratégies la semaine prochaine sur la façon de procéder », a déclaré Balla.

Selon le Säschsiche Zeitung, les observateurs ont été stupéfaits lorsque l’archiviste de la ville, Siegfried Hoche, a placé les quatre fragments, sur une table à l’Hôtel de Ville jeudi.

M. Ursu a déclaré dans un communiqué qu’il était « reconnaissant d’avoir reçu un trésor historique, aussi précieux, pour les archives de notre conseil municipal » et que la ville « préparerait son exposition au public, en étroite concertation avec les représentants des Juifs de Saxe ».

Le gouverneur de l’État de Saxe, Michael Kretschmer, a déclaré que les fragments étaient « comme une porte, sur l’histoire de Görlitz des dernières décennies, qui s’ouvre maintenant. »

Le président de la communauté juive locale, et chantre Alex Jacobowitz a examiné les parchemins vendredi. Il a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency que certains d’entre eux semblaient « en relativement bon état et pourraient être utilisés dans un futur ‘Sefer Torah’… d’autres ne sont plus utilisables et devraient être enterrés dans une genizah ou placés dans une exposition permanente à l’intérieur de la synagogue de Görlitz ».

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