À Brooklyn, les Juifs orthodoxes pro-Trump éreintent le maire et le gouverneur
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À Brooklyn, les Juifs orthodoxes pro-Trump éreintent le maire et le gouverneur

L'organisateur des manifestations précédentes, qui avaient tourné à la violence, a été boudé ; les participants ont respecté les directives sanitaires tout en les condamnant

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Des gens réunis lors d'un rassemblement pro-Trump au Marine Park, à Brooklyn, le 25 octobre 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)
Des gens réunis lors d'un rassemblement pro-Trump au Marine Park, à Brooklyn, le 25 octobre 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

NEW YORK — Dimanche, plus d’un millier de Juifs orthodoxes se sont rassemblés en soutien à Donald Trump à Brooklyn, utilisant cette occasion pour faire part de leurs griefs à l’encontre des autorités démocrates de New York.

Cette manifestation, qui a lieu au Marine Park de Brooklyn, a été organisée après des semaines de tensions dans un grand nombre de quartiers orthodoxes, causées par les nouvelles restrictions qui ont été imposées par le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, et par le maire de la ville, Bill de Blasio, en réponse à la recrudescence de nouveaux cas de coronavirus dans ces secteurs.

Certaines communautés ultra-orthodoxes de Brooklyn ont ainsi fait la Une des médias nationaux, accusées d’être à l’origine d’une augmentation des cas de COVID-19 au mois de septembre en raison de leur refus de respecter les directives sanitaires entraînées par l’épidémie. Les leaders orthodoxes accusent Cuomo et de Blasio de cibler de manière injuste leurs communautés et d’opter pour des mesures punitives plutôt que pour le dialogue.

Si les taux d’infection ont, depuis, diminué et que les restrictions commencent à être assouplies dans certains endroits, elles restent encore majoritairement en vigueur à Brooklyn – tout comme perdurent les tensions entre la communauté juive et les autorités municipales et de l’Etat.

Nachman Mostofsky, directeur du groupe de droite pro-israélien Chovevei Zion, a été le maître de cérémonie de cette manifestation de dimanche.

« Hé Cuomo, tu n’aurais probablement pas autorisé ce rassemblement… Viens donc me chercher ! », crie-t-il.

Un père et son fils avec un drapeau de Trump au Marine Park de Brooklyn, à New York, le 25 octobre 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Les manifestants ont d’abord défilé en voiture dans les rues de Monsey, dans le quartier de Rockland, dans Five Town, à Long Island, à Manhattan et dans un certain nombre de quartiers ultra-orthodoxes de Brooklyn avant de se retrouver dans le parc.

Dans le cortège, organisé à l’initiative du groupe « Jews for Trump », des véhicules ont diffusé à grand bruit des versions remixées de discours du président, de la musique juive festive et des slogans de campagne. Les conducteurs se sont heurtés à des activistes anti-Trump à plusieurs reprises.

La police de New York a expliqué que sept personnes avaient été placées en détention suite à des échauffourées à Times Square. Des inculpations devaient suivre dans la soirée de dimanche.

Des vidéos tournées dans le centre de Manhattan montrent des passants jetant des œufs et autres objets en direction du cortège. Lors d’un autre incident, rapporté par Fox News, un activiste anti-Trump a aspergé de gaz lacrymogène une famille de sept personnes qui se trouvait dans son véhicule, en train de défiler.

Selon certains organisateurs, des centaines de voitures ont pris part au cortège – un type de manifestation devenu une manière incontournable de se montrer pour les partisans de Trump dans tout le pays. Contrairement à un grand nombre d’endroits où ces défilés ont pu avoir lieu, New York est profondément démocrate et Trump n’a qu’un minimum de chance de capter les votes de l’Etat.

Les manifestants saluent un cortège arrivant à un rassemblement pro-Trump au Marine Park de Brooklyn, à New York, le 25 octobre 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Dans un tweet fondant les noms de famille du gouverneur et du maire, les organisateurs ont plaisanté sur la potentielle métamorphose de ce bastion démocrate en forteresse républicaine : « Pourra-t-on transformer les zones rouges de DeCuomo en NY-rouge ? »

S’ils ne sont pas représentatifs de la constitution politique de New York et, le cortège et le rassemblement de Brooklyn ont pourtant semblé incarner de manière précise le soutien apporté au président par les Orthodoxes qui, selon un récent sondage, s’élève à 83 %.

Reconnaissant la domination des démocrates dans l’Etat, Boris Epshteyn, directeur de la campagne de Trump en direction de la communauté juive, a dit à la foule réunie de se concentrer sur la nécessité de convaincre les Juifs des swing states – les Etats-charnières – de voter en faveur des Républicains.

« Dites à vos amis de Floride, de Pennsylvanie et de l’Ohio d’aller au bureau de vote », s’est-il exclamé.

Malgré l’animosité exprimée pendant toute la soirée à l’encontre de Cuomo et de Blasio, qui ont réclamé une adhésion stricte, dans toute la ville, aux directives de distanciation sociale, la majorité des personnes présentes ont respecté le port du masque et ont été encouragées à se tenir à l’écart les unes des autres – malgré des groupes compacts qui se sont formés à proximité.

Dans un effort apparent de venir en aide aux organisateurs, l’un des manifestants, un masque de Trump en latex sur le visage, a crié : « On doit la distanciation sociale au socialisme ! »

Des manifestants brandissent des drapeaux de Trump lors d’un rassemblement au Marine Park de Brooklyn, à New York, le 25 octobre 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Sur fond de musique festive, en yiddish et en hébreu, les personnes présentes ont résisté au désir de se prendre la main et de danser la hora, choisissant plutôt d’agiter des drapeaux et de se laisser emporter par le rythme.

Le rassemblement a été marqué par de nombreux incontournables qui se retrouvent dans la plupart des événements pro-Trump : plusieurs diffusions du titre « YMCA » de Village People ; des participants enveloppés dans des drapeaux américains, MAGA et Trump 2020 ; la dénonciation des « brigades » de démocrates progressistes ; les « Enfermez-le » lancés en réponse aux mentions du nom du challenger démocrate de Trump, Joe Biden ; et même les cris de « quatre ans de plus » lorsque le nom de Trump est prononcé.

Toutefois, le rassemblement de Brooklyn avait son propre style juif – un style unique – en commençant avec les prières de l’après-midi, la mincha, pour un peu plus d’une vingtaine de fidèles qui ont organisé le service avant le crépuscule.

« Que serait un rassemblement pro-Trump sans mincha ? », a interrogé l’un d’entre eux à la fin de la prière.

Des manifestants réunis pour la prière de l’après-midi lors d’un rassemblement pro-Trump au Marine Park de Brooklyn, à New York, le 25 octobre 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Si le soutien à Trump a été une thématique majeure, les intervenants ont fait part de leur colère à l’encontre de Cuomo et de Blasio lors de leurs discours successifs sur la scène.

« Pourquoi Black Lives Matter est donc autorisé à descendre dans les rues alors que notre communauté n’a pas le droit de fêter Souccot ou d’enterrer ses morts ? », a interrogé Epshteyn, entraînant les huées de l’assistance qui a scandé : « De Blasio dehors ! »

Le directeur de campagne de Trump en direction de la communauté juive, Boris Epshteyn, à gauche, lors d’un rassemblement pro-Trump au Marine Park de Brooklyn, le 25 octobre 2020. (Crédit :Jacob Magid/Times of Israel)

« On commence en prenant pour cibles les orthodoxes et après, ce sera chacun d’entre nous », s’est exclamé un Epshteyn, en costume trois-pièces, d’une voix tonitruante.

« Je sais que Cuomo et de Blasio ne veulent plus que nous vivions à New York. Hé, roi Andy Cuomo, désolé de te l’apprendre mais nous sommes tous des New-Yorkais », a dit Mostofsky.

Le gouverneur de New York Andrew Cuomo (à gauche) et le maire Bill de Blasio discutent de la préparation de l’État et de la ville à la propagation du coronavirus, le 2 mars 2020, à New York. (AP/Mark Lennihan)

Dov Hikind, ex-parlementaire démocrate de New York, qui a représenté le quartier majoritairement ultra-orthodoxe de Borough Park pendant des décennies, a déclaré que, ces dernières années, le parti avait commencé à « accepter la haine antijuive ».

Il s’est rappelé de récentes conversations avec des Juifs américains inquiets de la hausse de l’antisémitisme aux Etats-Unis et qui lui ont demandé : « Croyez-vous que nous ayons un avenir ici ? Combien de temps nous reste-t-il ? »

« Si vous ne voulez pas vous être inquiets face à l’avenir, il n’y a pas d’autre choix que de voter pour Donald J. Trump », a dit Hikind sous les applaudissements.

Malgré les heurts qui ont pu émailler du défilé de voitures, le rassemblement s’est déroulé de manière beaucoup plus calme que cela n’a été le cas durant une récente série de manifestations de Juifs orthodoxes de Brooklyn. Celles-ci avaient échappé à tout contrôle, les manifestants brûlant des masques et s’en prenant aux journalistes. Ces mouvements avaient majoritairement attiré de jeunes Haredim, tandis que, ce dimanche, le public était beaucoup plus familial, avec notamment des jeunes enfants, des hommes et des femmes de tous les âges.

L’apparition à Marine Park de Heshy Tischler, leader communautaire d’extrême-droite à l’origine des manifestations de Borough Park et qui a été mis en examen pour avoir été à l’origine d’émeutes lors de ces dernières, a été boudée par certains.

Alors que Tischler, animateur de radio et candidat au conseil municipal, a tenté de s’adresser à la foule à l’aide d’un mégaphone à l’issue du rassemblement, les organisateurs ont choisi de mettre de la musique à fort volume pour étouffer sa voix. De son côté, Mostofsky a lancé une nouvelle série de slogans, repris par les personnes présentes : « Quatre ans de plus ! »

À l’entrée du parc, une femme orthodoxe, pudiquement vêtue, a observé la scène et secoué la tête en signe de dégoût.

« Vous n’êtes pas d’accord avec eux ? », a demandé une femme hispanique, apparemment surprise.

« Vous plaisantez ? Absolument pas. Et je suis très triste de voir qu’un si grand nombre de personnes, au sein de ma communauté, soutient Trump – lorsqu’une grande partie de son message est ancré dans la haine des autres », a-t-elle répondu.

« Je ne suis pas démocrate, mais trop, c’est trop », a-t-elle continué, tentant de se faire entendre malgré la musique.

L’activiste communautaire Heshy Tischler salue ses fans près de la scène d’un rassemblement pro-Trump au Marine Park de Brooklyn, à New York, le 25 octobre 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Tischler semblait paraître populaire parmi les plus jeunes, entouré d’enfants et d’adolescents qui ont scandé son nom de manière répétée pendant toute la soirée.

« Il m’a laissé filmer une vidéo de lui », a crié l’un de ces jeunes admirateurs à l’attention de sa mère, très excité.

Hikind a confié au Times of Israel que, pour les adultes présents, Tischler « ne représentait personne d’autre que lui-même ».

Il a ajouté être mal à l’aise face au style de Trump et souhaiter que « quelqu’un jette aux toilettes son compte Twitter avant de tirer la chasse ».

Son malaise est-il partagé par d’autres membres de la communauté orthodoxe ? À cette question, Hikind a répondu par l’affirmative.

« On préférerait que le style de Trump soit différent. Mais il faut s’attarder sur le fond et sur la politique, qui sont vraiment bons. »

Des gens réunis près de la scène lors d’un rassemblement pro-Trump au Marine Park, à Brooklyn, le 25 octobre 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

D’autres participants au rassemblement ont affiché une plus grande indulgence à l’égard du tempérament de Trump.

« Il n’hésite pas à dire ce qu’il pense alors qu’un si grand nombre d’entre nous avons peur de le faire », a expliqué Sarah Altman, 56 ans, qui habite Brooklyn.

« Est-ce que je parlerais moi-même comme ça ? Non, mais c’est bien d’avoir un leader qui n’a pas peur de le faire », a-t-elle ajouté.

Interrogée sur ce qu’elle pense du « style » Trump, Shira Rosen, une autre personne présente lors du rassemblement, a semblé s’offusquer de la question. « Style ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? Vous qualifiez de style la volonté de rendre à l’Amérique sa grandeur ? »

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