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A Gaza, le retour de l’Egypte par la porte de la reconstruction

Le Caire s'impose comme l'un des principaux bienfaiteurs après les hostilités entre le Hamas et Israël, défiant les efforts du Qatar pour devenir le premier donateur de l'enclave

Une grue est utilisée pour déployer des échasses pour la construction d'une nouvelle jetée et d'un bâtiment de restauration le long du bord de mer méditerranéen dans la ville de Gaza, le 27 octobre 2021. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)
Une grue est utilisée pour déployer des échasses pour la construction d'une nouvelle jetée et d'un bâtiment de restauration le long du bord de mer méditerranéen dans la ville de Gaza, le 27 octobre 2021. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

Affiche géante du président Abdel Fattah al-Sissi souriant, travailleurs au volant de bulldozers : après des années de retrait, l’Egypte fait son retour dans la bande de Gaza pour s’imposer sur le terrain de la reconstruction après la dernière guerre entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Dans les semaines suivant ces affrontements, en mai, des travailleurs égyptiens sont arrivés dans l’enclave palestinienne soumise à des restrictions sécuritaires israéliennes pour construire une route sur le bord de mer et un nouveau quartier à Beit Lahya (nord).

« Les instructions du président sont de reconstruire la bande de Gaza. Nous sommes environ 70 ingénieurs, fonctionnaires, chauffeurs routiers, mécaniciens et ouvriers », résume l’un d’eux sur place, taisant son nom mais se disant « heureux d’aider la Palestine ».

Pendant la guerre de 11 jours entre Israël et le groupe terroriste islamiste du Hamas, au pouvoir à Gaza, l’Egypte s’était activée en coulisses pour favoriser un cessez-le-feu et avait promis une enveloppe de 500 millions de dollars pour la reconstruction de l’enclave.

Issu de la mouvance des Frères musulmans, le Hamas n’avait pas de bonnes relations avec l’Egypte depuis la destitution en 2013 par l’armée de l’ancien président Mohamed Morsi, issu de cette même confrérie, au profit d’Abdel Fattah al-Sissi, qui avait d’ailleurs fermé le consulat égyptien à Gaza.

Des femmes passent devant une bannière géante représentant le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi au milieu des préparatifs pour recevoir une délégation des services de renseignement égyptiens en visite dans la ville de Gaza, le 31 mai 2021. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

Qatar vs. Egypte ?

Selon l’économiste palestinien Omar Shaban, « il était inattendu, inimaginable » que l’Egypte de Sissi investisse des millions dans les terres du Hamas et de voir des travailleurs égyptiens dans les rues de Gaza.

« L’Egypte et le Hamas ne sont pas amis, mais ils ont des intérêts communs. L’Egypte veut maintenir le cessez-le-feu en s’engageant dans la reconstruction après-guerre », explique-t-il.

Le Hamas a besoin de l’aide étrangère pour reconstruire et de bonnes relations avec l’Egypte, qui contrôle l’une de ses deux frontières, celle de Rafah, stratégique pour faire entrer dans l’enclave du matériel pour la reconstruction.

De son côté, l’Egypte a « compris qu’elle n’avait pas beaucoup d’options (à Gaza) » où, près de 15 ans après avoir ravi le pouvoir au Fatah de Mahmoud Abbas et en dépit de quatre guerres avec Israël, le Hamas est toujours en place, ajoute M. Shaban.

Ces dernières années, le Qatar, émirat du Golfe lié à la mouvance des Frères musulmans comme le Hamas, avait été le premier donateur étranger à Gaza. Mais depuis la guerre de mai, le pays n’a pu déverser son aide mensuelle comme à l’habitude.

Un homme conduit une charrette tirée par un âne devant des camions portant des plaques d’immatriculation égyptiennes utilisés pour transporter des déblais sur une section de route en cours d’expansion au nord de la ville de Gaza, le 30 octobre 2021. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

Le Qatar a versé une dizaine de millions de dollars en aide aux familles pauvres, mais un différend demeure avec Israël sur le moyen de versement des salaires aux employés du gouvernement du Hamas.

L’Etat hébreu s’oppose à des paies versées en liquide par crainte que ces sommes ne soient détournées à des fins militaires.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Yaïr Lapid a ainsi exhorté l’Egypte et les Emirats arabes unis, deux pays qui entretiennent des relations diplomatiques officielles avec Israël, à s’engager dans la reconstruction et le développement de Gaza.

« Coordination »

Sur place, le gouvernement du Hamas chiffre à au moins « 479 millions de dollars » les dommages directs liés à la dernière guerre, qui s’ajoutent aux « 600 millions de dollars » de travaux liés aux guerres passées et qui n’ont pas encore été réalisés, explique à l’AFP Naji Sarhan, directeur général du ministère gazaoui des Travaux publics.

Et c’est sans compter les besoins en développement (électricité, eau, infrastructures) de Gaza, un des territoires les plus pauvres du Moyen-Orient.

« L’aide du Qatar est la bienvenue, celle de l’Egypte aussi… Et nous faisons la coordination entre les pays », dit M. Sarhan.

D’ailleurs, le Qatar a annoncé le 17 novembre un accord conjoint avec l’Egypte pour fournir du carburant et des matériaux de construction à la bande de Gaza.

La route que les Egyptiens construisent joindra celle financée par le Qatar, pour ainsi former un corridor routier du sud au nord de l’enclave, le long de la mer. Elle traversera le camp de réfugiés d’Al-Shati, où des masures seront réduites en poussière.

Des camions portant des plaques d’immatriculation égyptiennes et des excavatrices défrichent un terrain pour l’extension d’une route dans un site au nord de la ville de Gaza, le 30 octobre 2021. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

« Ils nous ont dit que nous devrons quitter les lieux, que nous aurons une nouvelle maison », souffle Roya al-Hassi, 83 ans, assise sur une chaise bringuebalante.

« Moi ça ne me dérange pas de partir, pour autant que je retrouve une chambre, une salle de bain et une pièce pour préparer le thé », ajoute-t-elle.

De l’autre côté de la route, Maher al-Baqa, un entrepreneur d’une trentaine d’années, supervise les travaux d’un vaste café-restaurant qu’il fait construire sur le bord de mer.

La nouvelle corniche « va attirer du monde », espère-t-il. « Mais bon, ça reste Gaza et on ne sait jamais quand la guerre va reprendre ».

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