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À Gaza, les puces virtuelles pour ne pas être « coupés du monde »

La puce dématérialisée est le sésame de Gazaouis pour communiquer avec le monde extérieur. Ces eSIM sont achetées par les familles vivant à l'étranger mais ont besoin de la Wifi

Illustration. Carte eSim. (Crédit : iStock)
Illustration. Carte eSim. (Crédit : iStock)

Le journaliste local Hani al-Shaer a réussi à se procurer une eSIM, une puce virtuelle pour faire face aux fréquentes coupures de téléphone et d’internet. Mardi, pour la quatrième fois depuis le début de la guerre entre Israël et les terroristes du Hamas, l’ensemble des télécommunications étaient interrompues, selon l’opérateur palestinien Paltel.

La puce dématérialisée est le sésame des habitants de Gaza pour communiquer avec le monde extérieur. Ces eSIM sont achetées par les familles vivant à l’étranger.

Pour activer la carte il faut scanner le QR code envoyé par le proche avec un appareil photo d’un téléphone portable compatible avec le système. L’utilisateur se connecte ensuite en mode itinérance sur un réseau étranger, souvent israélien, parfois égyptien.

Le recours à l’eSIM est quasi indispensable pour rester connecté depuis le début de la guerre entre Israël et le groupe terroriste islamiste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza, déclenchée après l’attaque sanglante perpétrée par le Hamas le 7 octobre sur le sol israélien, faisant environ 1 140 morts, en majorité des civils.

En représailles, Israël, qui a juré « d’anéantir » le Hamas, mène une offensive terrestre dans le petit territoire où plus de 20 915 personnes, majoritairement des civils, ont été tuées, selon le dernier bilan du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes et hommes armés, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.

Rechercher les victimes

Pendant plus d’une semaine, Samar Labad a « perdu le contact » avec sa famille. Son frère qui vit en Belgique a fini par lui envoyer une eSIM, raconte la mère de famille de 38 ans, qui a dû fuir Gaza city avec ses trois enfants et les combats pour s’installer à Rafah, dans le sud, où vivent des dizaines de milliers de déplacés dans des camps de fortune.

Le Hamas n’aide pas à protéger les habitants de la bande, au contraire il est même largement accusé de les utiliser comme boucliers humains tandis qu’il garde son réseau de tunnels long de 500 kilomètres pour ses membres.

Une fillette porte un seau d’eau dans un camp de déplacés palestiniens à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 16 décembre 2023, pendant la guerre entre Israël et le Hamas. (Crédit : Mohammed Abed / AFP)

« La communication n’est pas stable, mais elle fait l’affaire », indique-t-elle. « Au moins, nous restons en contact les uns avec les autres pour se rassurer, même de manière intermittente ».

En revanche, elle n’arrive pas à joindre directement ses proches qui résident à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. « Je prends de leurs nouvelles grâce à une personne qui réside avec eux et dont le téléphone est compatible avec la eSIM ».

Il ne suffit pas d’avoir une puce virtuelle pour garantir la communication. Le service n’est disponible que dans les zones proches des frontières avec Israël ou bien il faut se hisser sur les toits pour capter un signal.

Dans son magasin de téléphonie mobile, Ibrahim Mukhaimar voit surtout défiler des journalistes.

Ils « utilisent des eSIM pour transmettre au monde la situation réelle, en particulier le fait que l’occupation [Israël, ndlr] a délibérément cherché à dissimuler ce qui se passe dans la bande de Gaza », estime-t-il. « Montrer qu’il manque des produits de base nécessaires à sa survie », ajoute le commerçant.

Outre les reporters, « il y a aussi les médecins et les employés de la défense civile qui cherchent à connaître l’emplacement exact des frappes pour aider les gens », note Ibrahim Mukhaimar. S’ajoutent les employés de l’agence très controversée de l’ONU pour les réfugiés palestiniens de « l’Unrwa qui en ont besoin pour organiser des convois d’aide », détaille-t-il.

Des Palestiniens inspectant une maison touchée par une frappe israélienne, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 20 décembre 2023. (Crédit : Fatima Shbair/AP)

Si ces puces virtuelles pallient les coupures de télécommunication, l’ironie veut qu’il faille internet pour les activer. « Cela peut nous prendre deux ou trois heures », explique Yasser Qudieh, journaliste reporter d’images (JRI).

Le prix de la carte varie entre « 15 et 100 dollars, en fonction de la période de validité, qui va d’une semaine à deux mois », précise-t-il. Pour « obtenir un meilleur service Wi-Fi », les tarifs peuvent s’envoler.

« Sans ces cartes eSim, nous serions coupés du monde et personne ne saurait ce qui se passe dans la bande de Gaza », avance Hani al-Shaer, journaliste local, qui s’en sert aussi pour effectuer ses « directs en 4G ou 5G ».

En plus de documenter la guerre, les journalistes palestiniens détenteurs d’une eSIM servent de messager.

« De nombreux expatriés nous contactent pour suivre les dernières nouvelles dans la bande de Gaza et obtenir des informations sur leurs familles, et nous les rassurons et les informons sur les lieux des bombardements lorsque les fournisseurs de services palestiniens ne fonctionnent pas », explique Yasser Qudieh.

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