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A Genève, le parquet requiert 5 ans de prison à l’encontre de Beny Steinmetz

L'homme d'affaires franco-israélien a été condamné en 2021 à 5 ans de prison ferme et à verser 50 millions de francs suisses pour "corruption d'agents publics" en Guinée

Le magnat israélien Beny Steinmetz au tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 14 août 2017. (Crédit : Flash90)
Le magnat israélien Beny Steinmetz au tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 14 août 2017. (Crédit : Flash90)

Les procureurs suisses ont réclamé une peine de cinq ans de prison à l’encontre du magnat franco-israélien Beny Steinmetz, tandis que son avocat a demandé son acquittement, au sixième jour d’un appel d’une condamnation pour corruption à Genève.

L’homme d’affaires de 66 ans a été condamné par un tribunal de Genève en 2021 à cinq ans de prison ferme et à verser 50 millions de francs suisses (52 millions d’euros) pour « corruption d’agents publics » en Guinée, dans une affaire de concession minière.

Le procureur général Yves Bertossa a requis à nouveau cinq ans pour son rôle dans ce « pacte corruptif ».

Plus tôt dans la journée, son avocat a martelé l’innocence de son client et la fragilité du dossier assemblée par l’accusation qui, selon lui, est arrivée à une « conclusion erronée et injuste ».

« Beny Steinmetz n’est pas l’étendard de la corruption. Il est innocent », a lancé Daniel Kinzer, exhortant les juges à examiner les faits « avec un regard neuf ».

Il « n’y a aucun élément de preuve » que Beny Steinmetz a participé à une tentative de corruption, a-t-il affirmé, soulignant aussi que l’immense projet minier mené en Guinée par Beny Steinmetz Group Resources, BSGR, qui aurait « profité à la Guinée », était loin de l’image de profiteurs dressée par le procureur.

Il a également souligné que son client n’a eu qu’un rôle de conseiller auprès de BSGR.

La semaine dernière, Beny Steinmetz avait indiqué lui-même aux juges qu’il n’avait jamais corrompu personne et que « BSGR n’a jamais franchi la ligne rouge ». Au contraire, il s’est dit lui-même victime d’une lutte de pouvoir locale.

Le procureur Bertossa a répliqué en accusant la défense d’avoir « construit une belle histoire » et assuré que Beny Steinmetz a bien eu un rôle.

« Tout le monde le considérait comme le patron », a-t-il assuré.

Le parquet genevois l’accuse d’avoir mis en place un montage financier via des sociétés-écran afin de verser de 2006 à 2012, notamment par des comptes suisses, environ 10 millions de dollars de pots-de-vin à la quatrième épouse de l’ancien président guinéen Lansana Conté (décédé en 2008), Mamadie Touré, afin que BSGR obtienne des droits miniers en Guinée.

BSGR a obtenu en 2008, peu avant la mort de Lansana Conté, le droit d’explorer les blocs 1 et 2 de l’un des plus importants gisements de fer au monde à Simandou, où il a investi 160 millions de dollars, des droits auparavant en mains du groupe anglo-australien Rio Tinto.

BSGR a revendu 51 % de ses parts au groupe brésilien Vale, pour 2,5 milliards de dollars, en 2010.

Elu en 2010, le président Alpha Condé a remis à plat tous les permis miniers accordés par son prédécesseur, annulant notamment en 2014 les droits attribués au consortium formé par BSGR et Vale.

Selon l’équipe de M. Steinmetz, BSGR a obtenu en toute légalité les droits miniers et s’est efforcé, dans des circonstances difficiles et complexes, de mettre en place une opération minière qui aurait pu bénéficier aux intérêts nationaux de la Guinée.

Pour le procureur Bertossa, la cession des parts à Vale prouve au contraire que BSGR ne voulait que participer « aux bénéfices de l’exploitation ».

Mme Touré bénéficie aujourd’hui du statut de témoin protégé par la justice américaine.

Selon Me Kinzer, Beny Steinmetz n’a été impliqué dans aucun paiement et il a suggéré que les éventuels paiements effectués par d’autres personnes devraient, le cas échéant, être considérés comme une forme de lobbying ou de trafic d’influence, ce qui n’est pas illégal en Guinée ou en Suisse.

Il a également affirmé que la plupart des paiements ont été effectués après la mort du président Conté et le départ de Mamadie Touré de Guinée, ce qui, selon l’avocat, montre qu’ils n’ont pas été effectués dans l’intention de corrompre.

Mais pour le procureur Bertossa, la vérité est ailleurs : « le seul objectif était d’influencer le président pour obtenir les droits miniers ».

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