Israël en guerre - Jour 227

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À la frontière libanaise, des villages israéliens désertés

Des soldats israéliens sont tapis dans de nombreuses maisons de Shlomi, la montagne dans leur viseur

Le poste-frontière de Rosh Hanikra, à la frontière entre Israël et le Liban, le 11 octobre 2023. (Crédit : Thomas COEX / AFP)
Le poste-frontière de Rosh Hanikra, à la frontière entre Israël et le Liban, le 11 octobre 2023. (Crédit : Thomas COEX / AFP)

Au poste-frontière de Rosh Hanikra, entre Israël et Liban, les seuls êtres vivants mercredi midi semblent être des chèvres. Pas une âme n’est visible dans ce village qui, comme tout le nord d’Israël, vit dans la psychose d’un assaut du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah similaire à celui du groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud.

La douzaine de biquettes broute consciencieusement malgré des bourrasques de vent chaud. À quelques mètres d’elles, le téléphérique de Rosh Hanikra est à l’arrêt. Seuls deux bateaux dans la Méditerranée en contrebas donnent un peu de mouvement à une scène figée.

Le village, dont chaque quartier est fermé par d’imposantes grilles en métal, s’est mué en site fantôme. Mercredi matin, un missile antichar venu du Liban a atterri sur un poste militaire proche, selon l’armée israélienne, qui dit avoir ensuite riposté par voie aérienne.

Une suspicion d’intrusion d’ennemis a un temps été crainte. Tous les habitants de Rosh Hanikra ont reçu la consigne de se mettre à l’abri et d’y rester.

Dans la ville voisine de Shlomi, Ida Lankri, 61 ans, dit encore « trembler de peur » quelques heures après le grondement des bombes. « Deux minutes » de terreur absolue, qui ont définitivement poussé cette récente veuve à quitter son domicile.

La veille, Mme Lankri, dont la terrasse fait face à une colline verdoyante, sur laquelle un épais mur zigzaguant matérialise la frontière israélo-libanaise, avait déjà entendu « un grand boum qui avait mis le feu à la montagne », accompagné d’une « odeur de poudre à canon ».

« Ce soir ou demain matin », la sexagénaire aux courts cheveux noirs partira à Eilat, une station balnéaire sur la mer Rouge, où sa fille lui a réservé une chambre d’hôtel. Son nom s’ajoute à ceux de nombreux autres habitants de son immeuble à avoir déjà fui leur domicile.

Le village de Shlomi, à la frontière entre Israël et le Liban, le 11 octobre 2023. (Crédit : Thomas COEX / AFP)

Quatre jours après l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël, qui a fait au moins 1 400 morts côté israélien, la plupart des civils, Shlomi, aux rues bien vides, paraît de fait extrêmement dépeuplée.

La ville, bombardée à de nombreuses reprises depuis le Liban ces dernières décennies, a pourtant vu un important dispositif militaire déployé pour sa protection.

Car l’Iran, qui a très « vraisemblablement » aidé le Hamas dans son entreprise, selon le président français Emmanuel Macron, est aussi le parrain du Hezbollah libanais.

Des soldats israéliens sont donc tapis dans de nombreuses maisons de Shlomi, la montagne dans leur viseur. L’AFP a pu voir des blindés à proximité de la ville. Et plusieurs Hummer militaires à l’intérieur de ses murs. Ce qui n’a pas empêché un certain exode de la population.

Israël Ravid, 34 ans, travaille dans une station-service, l’un des rares commerces restés ouverts. Quelques habitants viennent s’y ravitailler en eau, biscuits, ou lait, parmi des groupes de soldats davantage friands de cigarettes.

Sa femme, « traumatisée » par les bombardements qu’elle a subis lors de la seconde guerre israélo-libanaise de 2006, a quitté Shlomi avec leurs deux enfants, « car elle ne veut pas qu’ils souffrent comme elle », dit-il.

Des soldats israéliens transportant des provisions près de la frontière avec le Liban, le 10 octobre 2023. (Crédit : Gil Eliyahu/AP)

Israël Ravid dit lui-même être en stress post-traumatique, après avoir été sévèrement « battu par une trentaine d’enfants palestiniens » en 2021 alors qu’il était policier à Jerusalem-Est. Mais il n’a pas voulu suivre les siens, afin de continuer à être « occupé ».

« Rester à la maison à regarder les informations et voir toutes ces histoires horribles (…) est le pire que je puisse faire », remarque ce brun à la barbe rousse, qui confie sa « terreur » et son « stress » face à « l’inconnu ».

Un sentiment partagé par Leon Gerchovitch, un enseignant de 40 ans, rencontré devant chez lui. De son allée de garage, la colline-frontière n’est à guère plus d’un kilomètre.

Alors que sa mère, âgée, lui conseille de se méfier des journalistes de l’AFP venus l’interviewer, dont elle pense qu’ils sont des combattants du Hezbollah, il explique qu’elle « n’a pas vraiment peur des roquettes », auxquelles elle s’est malgré elle habituée, mais « que ce qui s’est passé à Gaza se répète ici ».

« Nous savons combien nous sommes proches de la frontière ! », s’exclame-t-il. « S’ils traversent et qu’ils courent (vers nous), en combien de minutes seront-ils ici ? » « Vraiment inquiétant. »

En écho à ses préoccupations, le nord d’Israël s’est calfeutré pendant plusieurs heures mardi soir du fait d’une « suspicion d’infiltration aérienne » venue du Liban, finalement exclue par Israël.

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