A la rencontre du « chasseur d’héritiers » juif du Royaume-Uni
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A la rencontre du « chasseur d’héritiers » juif du Royaume-Uni

Wirralian Saul Marks, passionné d'histoire, a été invité dans une célèbre émission de télé-réalité de la BBC One sur les généalogistes médico-légaux

Le généalogiste médico-légal Saul Marks (Crédit : Brother's Wish Genealogy Service)
Le généalogiste médico-légal Saul Marks (Crédit : Brother's Wish Genealogy Service)

Saul Marks ne vous escroque pas quand il vous appelle par téléphone pour vous annoncer que vous avez de l’argent qui vous attend. L’argent dont il vous parlera est un héritage légitime dont vous ignoriez l’existence.

Les télespectateurs de BBC One reconnaîtront dans cette description « Marks », l’intervenant de « Heir Hunters », une émission de télé-réalité sur les chercheurs d’héritiers (aussi connus sous le nom de généalogistes médico-légaux), qui traquent les proches des personnes décédées afin que leur succession puisse être réclamée. Souvent, ce sont des personnes qui sont décédées intestat (sans testament) sans aucun proche parent connu, et dont les biens se retrouvent sur la liste Bona Vacantia de la Couronne. (« Bona Vacantia » est le latin pour les biens vacants, ou la propriété sans propriétaire – qui va à l’Etat si aucun conjoint légal ou un parent de la lignée n’est désigné comme hériter.)

Marks, 37 ans, a participé à 30 épisodes de « Heir Hunters » au cours des huit dernières années, et il participe actuellement au tournage de la douzième saison de l’émission.

Mince, avec un débit de parole rapide, Marks apparaît à l’écran sérieux et enthousiaste à propos de son travail de recherche de documents historiques et de construction d’arbres généalogiques. Il rend la recherche très intéressante. S’asseoir devant un ordinateur pendant des heures en étant penché sur des certificats de naissance et de décès, visiter des archives locales : tout ça paraît tout à coup passionnant.

Saul Marks pendant le tournage d’un épisode de ‘Heir Hunters’ pour BBC One (Crédit : Brother’s Wish Genealogy Service)

« Je n’ai aucun problème de timidité, et j’aime faire de la télévision », a récemment déclaré Marks au Times of Israel lors d’une conversation téléphonique depuis son bureau de Wallasey au Celtic Research, l’une des principales sociétés de chasse aux héritiers du Royaume-Uni.

Comme on le voit dans « Heir Hunters », plus de 30 entreprises de recherche d’héritiers du pays sont en concurrence pour devenir la première et la plus précise dans la localisation d’héritiers potentiels. Les entreprises sont rémunérées par un pourcentage sur le paiement de l’héritage de chaque héritier qui les ont chargé de faire une demande auprès du département Bona Vacantia du gouvernement.

Marks a rejoint Celtic Research en 2008, cinq ans après avoir démarré sa propre société de conseil en généalogie, Brother’s Wish Genealogy Service, qu’il dirige toujours. Il jongle en permanence avec 50 dossiers ouverts chez Celtic et 35 dossiers ouverts pour sa propre entreprise. Alors que son travail chez Celtic se concentre sur la chasse aux héritiers, ses clients privés lui viennent aussi par intérêt pour leur ascendance et leur histoire familiale. Les enfants adoptés demandent aussi son aide pour retrouver leurs parents biologiques.

Dans un dossier, les compétences d’investigation de Marks ont permis à une jeune femme de réaliser ses rêves sportifs. Un ami du chercheur, un entraîneur professionnel de basket-ball, tenait à prouver que sa fille était éligible pour jouer au Pays de Galles. S’appuyant sur certaines informations, Marks a pu prouver que la jeune femme avait des ancêtres nés il y a 200 ans sur l’île galloise d’Anglesey. « Sur la base de cela, les autorités de basket-ball lui ont accordé son éligibilité. Je crois qu’elle a représenté le Pays de Galles dans l’équipe junior », a déclaré Marks.

Il n’est pas surprenant que Marks, qui est un membre actif de la célèbre Princes Road Synagogue de Liverpool, ait été à l’origine de la restauration du plus ancien cimetière juif de Liverpool, Deane Road Cemetery, et se soit spécialisé dans la généalogie juive britannique.

Le cimetière de Deane Road, le plus ancien cimetière juif de Liverpool, en Angleterre (Crédit : Saul Marks)

Au Celtic, où Marks est gestionnaire de cas pour le nord-ouest de l’Angleterre, 20 % de ses cas concernent des juifs. Plus de la moitié de son travail à Brother’s Wish concerne des personnes et des familles juives.

Marks n’hésite pas à restaurer la vérité sur les idées fausses au niveau de la généalogie juive.

« Beaucoup de familles juives ont le sentiment que des archives importantes ont été détruites par les nazis et les communistes. C’est une erreur. Beaucoup de ces documents existent toujours et des informations peuvent être trouvées, comme ce que j’ai découvert à propos de ma propre famille dans les années 1740 en Pologne », a déclaré Marks.

Marks dissipe également l’hypothèse selon laquelle les familles et les communautés juives sont unies, et qu’un juif ne pourrait pas mourir sans que ses proches soient au courant.

« Les familles juives perdent elles aussi le contact, ou peuvent être broigez« , dit-il, en utilisant un terme yiddish qui signifie être distant en raison de la colère ou de l’agacement.

« Je travaille sur un cas comme ça en ce moment. Personne ne savait que ce vieil homme juif était mort. C’était un solitaire », a-t-il dit.

Marks, qui a étudié la généalogie à l’université de Sunderland et a un diplôme en gestion des archives et des dossiers de l’université de Liverpool, fait remonter son intérêt de longue date pour la généalogie à un office de Shabbat à Chester, une ville du nord-ouest de l’Angleterre dans la péninsule de Wirral.

Ses parents ont déménagé dans la région de Londres, s’installant dans le village de Little Sutton pour élever Marks et sa jeune sœur. Etant la seule famille juive du village, les enfants sont allés à l’école hébraïque dans les environs de Chester et Liverpool. Depuis la fermeture de la synagogue de Chester en 1952, des services religieux et des célébrations ont eu lieu dans les maisons des membres de la communauté juive locale.

« Je me souviens d’avoir vu une fois un arbre généalogique encadré qu’une famille avait sur son mur. Cela a dû déclencher quelque chose en moi, car cela m’a incité à demander à mes parents de nous parler de notre propre arbre généalogique », a déclaré Marks.

Sa vie juive s’est déplacée à Liverpool peu de temps avant sa bar-mitsva, quand il a commencé à fréquenter régulièrement la Princes Road Synagogue et à étudier avec un rabbin. Il est resté impliqué dans la vie de la congrégation, siégeant à son conseil d’administration et assistant aux offices avec sa femme née à Londres, leur jeune fils et leur fille.

Saul Marks fait des recherches d’archives pendant le tournage d’un épisode de ‘Heir Hunters’ pour BBC One (Crédit : Brother’s Wish Genealogy Service)

Marks n’a pas à voyager trop souvent ou trop loin pour le travail. Aujourd’hui, la plupart des recherches liées à la généalogie, telles que les actes de naissances, de mariages et de décès, les recensements et les listes électorales, ont été numérisés et sont téléchargeables sur Internet.

« Je dirais qu’environ 90 % de mes recherches se font en ligne. Même de nombreux actes de baptême, de mariage et d’enterrement paroissiaux, qui remontent plus loin dans le temps et qui sont nécessaires à la recherche privée de mes clients, ont été numérisés », a déclaré M. Marks.

Selon Marks, il faut un certain état d’esprit pour s’engager si intensément dans la recherche généalogique. « Vous pouvez l’acquérir, ou il peut être inné – mais vous devez l’avoir », dit-il.

Marks aime manipuler des données intimes qu’il peut déposer dans des boîtes de rangement avec un code couleur. La résolution de problèmes et la création d’une carte montrant l’évolution d’une famille l’ « émoustillent ».

Cependant, son intérêt va bien au-delà de la simple généalogie ou de la création d’un arbre généalogique.

« L’arbre généalogique est juste le squelette. J’aime aussi que, dans certains de mes travaux, habiller ce squelette – l’histoire de la famille », a-t-il dit.

Saul Marks examine un arbre généalogique pendant le tournage d’un épisode de «Heir Hunters» pour BBC One (Crédit : Brother’s Wish Genealogy Service)

Marks a dû le faire pour un client privé – l’ancien instituteur de sa sœur, qui est un chrétien pratiquant, mais dont la belle-mère est née juive. Le client a demandé à Marks de se plonger dans l’ascendance juive de sa femme afin qu’il puisse lui offrir les découvertes en cadeau d’anniversaire.

Marks a pu remonter aux ancêtres juifs de l’épouse en Angleterre depuis le 18e siècle. L’un d’entre eux était le pionnier de l’une des premières familles juives à s’installer à Leicester à l’époque médiévale, et une école a porté son nom après sa mort. Un autre a acheté la terre pour le premier cimetière juif de Nottingham.

« Et il est rapidement devenu la première personne à y être enterrée, puisqu’il est mort à l’âge de 32 ans », a noté Marks ironiquement.

Marks dit merci à la télé-réalité, produit contemporain, d’avoir attiré l’attention sur son travail. Mais en fin de compte, il est plus intéressé par d’autres époques.

« J’aime le passé. Je vis dans le passé. Le cadeau idéal pour moi serait une machine dans laquelle je pourrais voyager dans le temps « , dit-il.

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