A l’AIPAC, Clinton matraque Trump et montre aussi qu’elle n’est pas Obama
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Analyse

A l’AIPAC, Clinton matraque Trump et montre aussi qu’elle n’est pas Obama

La favorite démocrate critique la campagne “diabolique” de son rival, et signale subtilement une volonté de réinitialiser le ton des relations avec Israël

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

La candidate démocrate Hillary Clinton à la Conférence de l'AIPAC 2016 à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Jim Watson)
La candidate démocrate Hillary Clinton à la Conférence de l'AIPAC 2016 à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Jim Watson)

WASHINGTON – Certains des applaudissements les plus nourris recueillis lundi par Hillary Clinton pendant son discours à l’AIPAC sont arrivés vers la fin, quand elle a évoqué ses rivaux républicains pour la présidence et invoqué l’histoire de Pourim d’Esther, « qui a refusé de rester silencieuse face au mal ».

Le mal auquel fait référence la favorite démocrate, a-t-elle fait comprendre, était celui qu’elle voit être perpétré sur la route de campagne de Donald Trump.

Les différences politiques ne sont rien de nouveau, a affirmé Clinton, mais ce que les Etats-Unis voient cette année « est quelque chose de complètement différent : [un candidat] encourageant la violence, jouant au plus bête avec les suprématistes blancs, appelant à la déportation de 12 millions d’immigrants, demandant que nous tournions le dos aux réfugiés à cause de leur religion, et proposant une interdiction d’entrée de tous les musulmans aux Etats-Unis. »

Chaque session de la conférence de cette année de l’AIPAC a été précédée par un hôte ou un modérateur rappelant au public d’écouter les orateurs respectueusement, de ne pas siffler, ou huer, ou protester de manière intrusive.

Ces avertissements reflétaient les inquiétudes des organisateurs sur le fait que Trump, qui devait s’exprimer plus tard lundi, puisse recevoir un accueil difficile de la foule, précisément à cause du sentiment dont Clinton a parlé, qu’il emmène les Etats-Unis dans un autre de ce qu’elle a appelé ses « chapitres sombres ».

Les Etats-Unis, a déclaré l’ancienne secrétaire d’Etat, « devrait faire mieux que cela. Et je pense que c’est notre responsabilité en tant que citoyens de le dire. »

Et par conséquent, « si vous voyez du sectarisme, a-t-elle exhorté, opposez-vous. » Le public a apprécié. « Si vous voyez de la violence, a-t-elle souligné, condamnez-la. » Les applaudissements se sont faits plus forts. « Si vous voyez une brute, a-t-elle demandé, tenez-lui tête. » Le centre Verizon a franchement tremblé.

Cette apogée n’était pas, sans surprise, le seul moment de son discours pendant lequel la candidate s’est concentrée rageusement sur ses opposants, et en particulier sur Trump.

Sur les sujets d’importance critique pour Israël, a-t-elle affirmé, les Etats-Unis ne peuvent simplement pas se permettre d’être cavalier, ou superficiel, ou de manquer de crédibilité – bref, ils ne peuvent pas se permettre d’être dirigés par Donald Trump.

Plus tard lundi, a-t-elle noté, le même public entendrait d’autres approches en politiques étrangères, présentées par ses rivaux républicains. S’ils sont élus, a-t-elle prévenu, ce sont des politiciens qui pourraient « insulter nos alliés, et pas les engager, et enhardir nos adversaires, et pas les vaincre. » Pour le bien d’Israël, et de l’Amérique, les Etats-Unis doivent rester « un leader mondial respecté […] capable de bloquer les efforts pour isoler ou attaquer Israël. » L’alternative, a déclaré Clinton, « est impensable ».

Et parlant directement du favori républicain, elle a affirmé le besoin de « mains sûres » à la Maison Blanche, « pas d’un président qui dit qu’il est neutre le lundi, pro-Israël le mardi, et on ne sait quoi le mercredi, parce que tout est négociable. »

A nouveau, les applaudissements dans le stade ont été bruyants et longs. « Eh bien, mes amis, a-t-elle déclaré, la sécurité d’Israël est non négociable […]. L’Amérique ne peut jamais être neutre quand il s’agit de la sécurité ou de la survie d’Israël […]. Nous ne pouvons pas être neutres quand des civils sont poignardés dans la rue ». Et « quiconque ne comprend pas cela ne peut pas être notre président. »

Mais si la stratégie efficace de la candidate de se distancier et de se différencier de Trump et des autres candidats républicains était sans surprise et brutale, peut-être les parties plus inattendues et nuancées de son discours étaient celles dans lesquelles elle cherchait à se distancier et à se différencier de la présidence Obama, qu’elle a autrefois servie.

L’ancienne secrétaire d’Etat Clinton ne pouvait pas complètement désavouer l’accord nucléaire iranien, qu’elle soutient. Mais elle a fait de son mieux pour affirmer sa détermination pour assurer que l’Iran se tienne aux termes [de cet accord] ou soit sévèrement puni pour ses violations.

Le vice-président américain Joe Biden pendant la conférence annuelle 2016 de l'AIPAC à Washington, le 20 mars 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le vice-président américain Joe Biden pendant la conférence annuelle 2016 de l’AIPAC à Washington, le 20 mars 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le représentant dimanche du président Barack Obama à cette conférence, le vice-président Joe Biden, a déclaré au public qu’il espérait qu’ils étaient « aussi heureux à ce propos que je le suis », que l’accord nucléaire soit conclu et que Téhéran s’éloigne de la bombe – ceci dans un discours prononcé quelques minutes après que le président de l’AIPAC, Howard Kohr, a déclaré sur la même scène que la lutte pour empêcher un Iran nucléaire « est loin d’être terminée ».

Bizarrement et funestement, Biden a également reconnu que les préoccupations partagées sur la menace posée par un Iran nouvellement enhardi avaient changé la dynamique du Moyen Orient l’année dernière, créant des bases communes entre Israël et plusieurs états arabes.

« Chacun dans la région s’accorde [à dire] que le comportement de l’Iran continue à poser un problème […]. L’opinion partagée de la menace posée par l’Iran », a-t-il déclaré, a créé « une opportunité pour la coopération à travers la division arabo-israélienne. » Biden a songé : « Ma mère dirait ‘des mauvaises choses, de bonnes choses arrivent si tu regardes bien’. » Cela sonnait presque comme si l’accord iranien était cette « mauvaise chose ».

Probablement pas.

Clinton a été plus en empathie avec les inquiétudes israéliennes, soulignant que « ce n’est pas assez bien de faire confiance et vérifier ». Plutôt, « notre approche doit être de ne pas faire confiance et vérifier. » Et elle a promis des applications vigoureuses, une surveillance forte, et des conséquences réelles en cas de violation. Les récents tests de missiles étaient « inacceptables ». Ils demandaient une réponse ferme et rapide. Des sanctions supplémentaires devraient être imposées si nécessaire.

Sur le sujet palestinien, également, son ton a été substantiellement différent de la leçon professorale de Biden, attribuant une note « très décevante » pour l’absence de « volonté politique parmi les Israéliens et les Palestiniens d’avancer. » Biden a dit qu’il savait qu’il était « difficile de prendre des risques pour la paix », mais a fait comprendre que c’était exactement ce qu’il pensait qu’Israël devrait faire.

Clinton, cependant, a défini son engagement pour des progrès israélo-palestiniens en des termes plus constructifs, soulignant la nécessité pour les Etats-Unis de s’assurer qu’Israël est « assez fort pour prendre des mesures audacieuses dans la recherche de la paix. »

Les Etats-Unis doivent assurer que la nouvelle aide militaire de 10 ans porte l’alliance « au prochain niveau », qu’Israël maintienne son écart militaire qualitatif, et que l’aide des Etats-Unis soit adaptée « aux besoins de sécurité d’Israël à long terme dans le futur », a-t-elle déclaré. Cela signifie donner à Israël « la technologie militaire la plus sophistiquée » – très différent de l’assurance paternaliste de Biden qu’Israël pourrait ne pas avoir tout ce qu’il voulait dans l’accord d’aide, mais aurait tout ce dont il a besoin.

Biden a critiqué avec mépris les constructions dans les implantations : « Pour être honnête, le processus systématique et continu d’expansion des implantations du gouvernement israélien, la légalisation des avant-postes et la saisie de territoire érodent, à mon avis, la perspective d’une solution à deux états », a-t-il déclaré. « Bibi [Netanyahu] ne le pense pas. Bibi pense que cela peut être aménagé. Pas moi. »

Clinton a été plus brève et plus douce. Mentionnant les implantations après avoir protesté contre l’enseignement empoisonné par la haine dans les écoles palestiniennes, elle a souligné que « chacun doit jouer son rôle » pour reconstruire l’espoir et la confiance, « en évitant des actions dommageables, y compris en ce qui concerne les implantations. »

Mais peut-être son action de distanciation de la position de l’administration Obama la plus significative sur Israël a été dans un passage peu remarqué, dans lequel elle a parlé du ton et de la conduite des relations bilatérales, après deux mandats de tensions souvent publiques et de querelles entre Washington et Jérusalem.

« Si je suis assez chanceuse pour être élue présidente, a-t-elle promis […], nous n’autoriserons jamais les adversaires d’Israël à penser qu’un coin peut être inséré entre nous. Quand nous avons des différents, comme en ont tous les amis, nous travaillerons à les résoudre rapidement et respectueusement. »

Obama et Netanyahu pourraient-ils caractériser en ces termes leurs relations ? Certainement pas. Et le jour souvent aveuglant entre les deux dirigeants a-t-il troublé les partisans de l’alliance et encouragé ceux qui lui souhaitent du mal ? Absolument.

Lundi à l’AIPAC, l’ancienne secrétaire d’Etat d’Obama, l’aspirante à la présidence Clinton, a promis une réinitialisation.

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