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À Lyon, le défi d’une nouvelle version des images du procès Barbie

Ce procès avait été le premier à avoir été filmé en France, en vertu de la loi Badinter de 1985 sur "l'intérêt pour la constitution d'archives historiques de la justice"

Des policiers français conduisent Klaus Barbie, au centre, menotté, hors de la salle d'audience de Lyon, après avoir été condamné le 4 juillet 1987 pour crimes contre l'humanité alors qu'il était chef de la Gestapo dans cette ville. (Crédit : AP)
Des policiers français conduisent Klaus Barbie, au centre, menotté, hors de la salle d'audience de Lyon, après avoir été condamné le 4 juillet 1987 pour crimes contre l'humanité alors qu'il était chef de la Gestapo dans cette ville. (Crédit : AP)

Le Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation (CHRD) de Lyon, qui fête ses 30 ans, s’emploie à réactualiser les images historiques du procès en 1987 du nazi Klaus Barbie, « le boucher de Lyon », une gageure.

Il faudra plus d’un an de travail encore pour finaliser une nouvelle version de ce premier procès en France pour crime contre l’humanité, à partir des moments forts résumés en 6 DVD, extraits des 185 heures totales d’audience conservées à l’INA.

Depuis 1993, un petit auditorium du CHRD plongé dans le noir propose un documentaire de 45 minutes diffusé à l’époque dans l’émission « La Marche du siècle ». Complétées des 6 DVD, ce sont les seules images montrées au grand public du procès, où l’ancien responsable de la Gestapo sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 3 juillet 1987, après avoir fui la justice pendant 36 ans.

Un film déchirant, centré sur les témoignages des victimes de l’ancien SS devant la cour d’assises de Lyon. Une couverture visuelle inédite à l’époque : c’était la première fois qu’un procès était filmé en France, en vertu de la loi Badinter de 1985 sur « l’intérêt pour la constitution d’archives historiques de la justice ».

« Nous souhaitons depuis longtemps réactualiser ces extraits, en montrant plus les acteurs d’un procès d’assises », le montage actuel « met beaucoup l’accent sur les victimes, mais on ne perçoit plus trop l’enjeu du procès, qui est de juger », explique Isabelle Doré-Rivé, directrice du CHRD, installé dans les anciens locaux de la Gestapo.

« Il ne s’agit certainement pas de perdre l’émotion ! », assure-t-elle cependant, « mais bien de la remettre dans le contexte, et montrer que c’était un procès d’assises ‘normal’, jugeant des actes qui ne l’étaient pas. »

Le procès Klaus Barbie retransmis à la télévision. (Crédit : capture d’écran/Mémorial de la Shoah)

« Force du témoignage »

Dans ce projet didactique, elle a pu compter sur une aide aussi précieuse qu’inattendue : celle d’un stagiaire de haut vol, Guillaume Mulsant, ancien vice-président du tribunal administratif, passionné d’histoire au point d’en avoir repris les études à sa retraite.

En 2021, il sollicite le CHRD dans le cadre de son master. « Je n’avais aucune raison d’être dispensé de ce stage d’insertion professionnelle ! », raconte cet énarque de 69 ans. Son double profil magistrat-historien retient immédiatement l’attention.

Le voici donc chargé de proposer une nouvelle trame de montage, axé sur six points : le déroulement du procès, ses différents acteurs, la notion de crime contre l’humanité, les quatre chefs d’inculpation, la parole des témoins, l’accusé et le verdict.

Les 6 DVD lui serviront de matériau : il décortique ces 20 heures de film – « pour les 185 heures, ce serait un travail de thèse ! » – consignant dans des tableaux, codage temporel à l’appui, les thématiques retenues.

De ce travail de fourmi, il retient 70 extraits significatifs, soit 66 minutes, et une proposition de montage structurée différemment, plus chronologique notamment, même si des extraits sont communs.

C’est par exemple le cas du puissant témoignage de l’académicien et résistant André Frossard : « à un vieux Juif, un SS avait appris à force de coups à dire en allemand ‘Le Juif est un parasite qui vit sur la peau du peuple aryen, et il faut l’en extirper’. Cette phrase, il l’a récitée jusque devant le peloton d’exécution. Le crime contre l’humanité, c’est ça. »

Après cette plongée dans le procès « d’un nazi honteux qui n’ose plus se pencher sur son passé », M. Mulsant retient aussi une série d’enjeux – mémoriels, médiatiques, historiographiques et centrés sur le statut des victimes.

Charge au CHRD désormais de finaliser la mise en image. Un labeur de montage, qui ne devrait pas aboutir « avant 2024 » selon Mme Doré-Rivé.

Autre gageure : ne pas « proposer une présentation trop juridique qui restreindrait le champ de l’intérêt du grand public. L’utilité de la présentation actuelle, c’est la force du témoignage ! », met en garde Alain Jakubowicz, ancien avocat de parties civiles à ce procès. L’ex-adjoint au maire Michel Noir s’était alors très impliqué dans la création du centre dont cet évènement fut « le catalyseur ».

Inauguré en 1992, ce site retrace, notamment dans les anciennes cellules où torturaient les nazis, cette mémoire constitutive de l’histoire de Lyon.

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