À Maale Adumim, Netanyahu a enterré la solution à deux États
Le Premier ministre a autorisé la construction de logements dans la zone E1 pour y accueillir 20 000 Israéliens d'ici 10 à 15 ans et priver les Palestiniens de la contiguïté territoriale

Maale Adumim était d’humeur festive jeudi. La ville pavoisait et regorgeait d’affiches annonçant partout la « signature de l’accord-cadre de Maale Adumim ».
Cet accord, qui implique l’ensemble des ministères et entreprises concernées, est en effet un événement historique.
Après des dizaines d’années de retenue de la part des autorités israéliennes, qui se sont, les unes après les autres, abstenues de toucher à la zone E1 qui relie Maale Adumim à Jérusalem, le récent accord prévoit la construction de logements dans cette zone ô combien disputée, de façon à accueillir 20 000 Israéliens de plus d’ici 10 à 15 ans et à couper la Cisjordanie en deux afin de priver de contiguïté les territoires palestiniens du nord au sud.
« Il n’y aura pas d’État palestinien », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la cérémonie de jeudi à Maale Adumim.
En 2009, dans son célèbre discours de Bar-Ilan, il avait pourtant promis l’avènement d’un État palestinien et en 2020, il en avait accepté le principe sous condition, dans le cadre de « l’accord du siècle » conclu par le président américain Donald Trump.
Mais les ministres présents à la cérémonie de jeudi sont convaincus que, cette fois-ci, il ne fera pas machine arrière.
L’auteur de ces lignes couvre depuis des dizaines d’années la question de la construction de logements dans la vaste zone Est-1, qui s’étend sur plus de 1200 hectares entre Maale Adumim et Jérusalem, au sud de la route de Maale Adumim.
Des dizaines de plans d’annexion et d’initiatives de construction se sont succédés depuis le gouvernement du Premier ministre Yitzhak Shamir, à la fin des années 1980, et j’ai assisté à pas moins de deux cérémonies d’inauguration en grande pompe du nouveau quartier « Mevaseret Adumim » sur les terres E1.
Pour autant, aucun de ces plans n’a été suivi d’effets et aucun avant-poste n’a été établi dans le secteur en raison de l’extrême sensibilité du lieu et de l’opinion internationale. Aujourd’hui, on n’y trouve que le commissariat de police du district de Judée-Samarie, un service public essentiel et en aucun cas un signe d’annexion politique.
Une intense querelle agite depuis toujours les partis de droite, désireux d’empêcher l’établissement d’un État palestinien grâce à ce projet de quartier à construire dans la zone E1, et ceux de gauche, convaincus qu’un État palestinien est la seule solution et que ceux qui s’y opposent ne font que condamner la région à une guerre sans fin.
Zeev Hever (connu sous le nom Zambish), l’un des artisans des implantations en Cisjordanie, bel et bien présent à la réunion de jeudi, espère que ce tout nouvel accord permettra de relier Jérusalem à Maale Adumim et d’encercler le village d’Az-Zaayyem, alors relayé au rang l’îlot palestinien dans Jérusalem.
Si les choses devaient se passer ainsi, Israël annexerait un village palestinien actuellement placé sous contrôle de l’Autorité palestinienne, ce qui aurait pour effet d’amer en territoire israélien des milliers de Palestiniens.
A Maale Adumim, Netanyahu, jusqu’à ces dernières années très inquiet de la démographie et réticent à l’idée d’étendre la souveraineté israélienne à la Cisjordanie, s’est moqué de ceux qui continuent d’appeler la Judée et la Samarie « les territoires occupés ».
« Les territoires sont effectivement occupés. Josué ben Noun les a conquis », a déclaré Netanyahu en évoquant la figure du successeur de Moïse à la tête des Israélites bibliques. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, assis à ses côtés sur scène, rayonnait littéralement de joie.
Les choses avancent à une vitesse vertigineuse. Ce qui a mis 35 ans à sortir de terre est en train de se faire comme s’il n’y avait pas de futur. Cela ne fait pourtant que trois semaines que le gouvernement a validé les plans de construction dans la zone E1. Des plans qui prévoient la construction de 3 400 logements, mais lors de la réunion de jeudi, on parlait déjà de 3 527 logements.
Le lendemain de la validation de ce plan, 21 pays ont signé une déclaration commune allant à l’encontre de cette décision, de l’Australie au Japon en passant par la France et le Danemark. De leur côté, les États-Unis n’ont pas condamné le projet, le porte-parole du département d’État se bornant à dire que la construction dans la zone E1 n’était pas une priorité absolue de l’administration.
L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a laissé entendre qu’il était peu probable que les États-Unis interviennent.
« Les États-Unis n’ont jamais demandé à Israël de ne pas étendre sa souveraineté », a déclaré Huckabee en début de mois. « J’ai dit à plusieurs reprises que les États-Unis respectaient Israël, en lequel ils voient un pays souverain, et qu’ils ne lui diraient pas ce qu’il doit ou non faire. C’est aussi ce que le secrétaire Rubio a dit pas plus tard que cette semaine. »
« L’ambassadeur n’a pas compris pourquoi nous ne construisions pas dans notre pays », a déclaré jeudi le maire de Maale Adumim, Guy Yifrah.
L’annonce de constructions dans la zone E1 est le dernier clou dans le cercueil de la solution à deux États.
Pour paraphraser Theodor Herzl, à Maale Adumim, Netanyahu a enterré la solution à deux États. Quatre ex-Premiers ministres – Yitzhak Rabin, Ariel Sharon, Ehud Olmert et Netanyahu lui-même – ont voulu faire construire dans cette région avant de faire volte face, compte tenu des réactions de la communauté internationale, et de promettre aux Américains de remiser ces plans.
Le projet E1 du gouvernement permettra donc de relier à Jérusalem la ville de Maale Adumim – déjà nantie d’un territoire considérable, sans compter les implantations environnantes – et de couper la Cisjordanie en deux. Lors de la cérémonie de jeudi, on a par ailleurs appris que Maale Adumim était sur le point de s’étendre vers l’est et le sud avec deux nouveaux grands quartiers, « Tzipor Midbar » et « Mitzpe Nevo Mizrah ».
« D’ici cinq ans, il y aura 70 000 personnes à Maale Adumim », a déclaré le Premier ministre. Ces nouveaux quartiers vont voir le jour après 20 ans sans projets immobiliers.
Netanyahu est arrivé à Maale Adumim avec une heure trente de retard. Ses ministres, venus en nombre, passaient le temps comme ils le pouvaient ; certains étaient assis sur scène et balançaient leurs jambes. Netanyahu leur a présenté des excuses en forme de compliments, avec une attention toute particulière envers deux d’entre eux : le ministre de la Coopération régionale, David Amsalem, un habitant de Maale Adumim, et celui des Communications, Shlomo Karhi. Le secrétaire du cabinet, Yossi Fuchs, qui vit lui dans l’implantation de Neve Daniel, était également présent.
J’ai surtout été surpris par le maire de Maale Adumim, Guy Yifrah, un homme âgé de 43 ans très au fait des difficiles réalités de la Cisjordanie et l’une des rares personnes à reconnaître qu’Israël ne pouvait décemment pas étouffer toutes les aspirations politiques des Palestiniens.
Yifrah est opposé à l’avènement d’un État palestinien mais il a lancé les travaux en vue de la nouvelle route dite « Tissu de la vie » qui permettra aux Palestiniens de passer en toute sécurité du nord au sud via « Mevaseret Adumim ». Cela l’a aidé à convaincre les autorité américaines, qui se sont renseignées sur le plan E1, et à faire taire leurs objections, fussent-elles légères.
Toutefois, d’aucuns demeurent sceptiques quant-au plan, dans sa globalité, surtout compte tenu des valses-hésitations qui ses ont succédées au fil des années.
J’ai demandé à David de Mercado, un habitant de Maale Adumim, s’il comptait acheter un appartement dans le nouveau quartier.
« Vous êtes fou ? », a-t-il répondu, « Dans un an, Israël aura un nouveau gouvernement qui annulera peut-être toute cette affaire. »
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