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A Nantes, « repenti » de quatre sympathisants d’extrême droite devant les assises

Jugés pour une agression en 2017, le soir de l'élection d'Emmanuel Macron, les prévenus affirment avoir coupé les ponts avec toute organisation politique

Les étudiants du GUD manifestant le 13 mai 2012. (Crédit : Pikk/CC BY-SA 3.0)
Les étudiants du GUD manifestant le 13 mai 2012. (Crédit : Pikk/CC BY-SA 3.0)

D’une « violence inouïe » pour la partie civile, « repentis » selon la défense, quatre sympathisants d’extrême droite sont jugés depuis lundi devant la cour d’assises à Nantes pour une agression en 2017, le soir de l’élection d’Emmanuel Macron.

Le 7 mai 2017, Erwan David, 18 ans au moment des faits, et Steven Dardenne, 16 ans, rentrent chez eux en vélo quand ils sont poussés au sol puis frappés à coups de pieds, de barre de fer et de bouteille en verre, par des membres et des sympathisants du GUD, ancienne organisation étudiante d’extrême droite.

Lors de l’enquête, les agresseurs présumés avaient expliqué avoir reconnu les victimes comme des militants antifascistes qui les auraient « coursés » dans le centre de Nantes un peu plus tôt dans la soirée.

Conduit inconscient à l’hôpital, Erwan David s’était vu prescrire un an d’interruption totale de travail (ITT) et souffre toujours de séquelles neuropsychologiques. Steven Dardenne avait reçu une ITT de cinq jours.

« Dans cette agression, il y a une violence inouïe d’un milieu d’extrême droite qu’on croyait tapi dans l’ombre, dans le contexte d’une élection qui a manifestement exacerbé les rancœurs et tensions », résume Benoît Poquet, avocat d’Erwan David.

A la barre, Joyce Burkart, 32 ans, tatouages dans le cou et barbe claire, s’est décrit comme « identitaire » et « fier de (sa) culture européenne ».

En avril 2012, alors membre du GUD, il avait été condamné pour des violences sur un jeune homme qu’il qualifie de « militant d’extrême gauche ».

Il a assuré que ses convictions avaient « évolué » depuis 2017 et qu’il posait aujourd’hui un « regard apaisé » sur la politique.

« Patriote »

Devant la cour, Antoine Desbas, 23 ans, chemise bleu clair et lunettes rondes, se dit au moment des faits « patriote mais pas raciste ».

Quand la présidente lui fait remarquer qu’il s’était à l’époque déjà qualifié de « nazi » auprès de connaissances, il affirme: « C’était une forme de raccourci, une provocation. Aujourd’hui tout a changé (…) J’ai gâché ma vie et celle des victimes. Je m’en veux énormément. »

Son avocat, Jean-Guillaume Le Mintier, évoque un jeune homme souffrant d’un « mal-être existentiel » qui avait trouvé dans son engagement « une manière d’exister ».

François-Mamès Cosseron de Villenoisy, 23 ans, et Matthieu Gaultier de la Richerie, 24 ans, avaient quant à eux adhéré adolescents à l’Action française, mouvement politique d’extrême droite d’obédience royaliste, avant de se rapprocher du GUD.

« Mon client était un gudard qui, comme tous les gudards, considérait qu’une bonne soirée devait se finir par une bagarre. Aujourd’hui, il n’est plus du tout partisan de la violence. Il assume les faits, s’est repenti », assure le conseil de M. Cosseron de Villenoisy, Me Loïc Cabioch.

Les quatre agresseurs présumés affirment avoir coupé les ponts avec toute organisation politique.

Parties civiles, Erwan David et Steven Dardenne ont assisté à l’audience assis côte à côte, échangeant à voix basse pendant l’interrogatoire des accusés. Ils témoigneront mardi devant la cour.

« J’espère que ce procès sera l’occasion pour (les accusés) de réfléchir à ce qui s’est passé, de réaliser le poids de tout cela », a expliqué Steven Dardenne à l’AFP à l’issue de l’audience.

Les deux agresseurs présumés d’Erwan David, François-Mamès Cosseron de Villenoisy et Joyce Burkart, jugés pour des violences ayant entrainé une infirmité permanente, en réunion, avec armes et préméditation, encourent jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle.

Ceux de Steven Dardenne, Antoine Desbas, Matthieu Gaultier de la Richerie, et Joyce Burkart, comparaissent pour des violences en réunion, avec usage d’une arme et préméditation et encourent jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Un cinquième accusé, Tanguy Martin, 20 ans au moment des faits, est mort accidentellement pendant la procédure.

Le procès doit durer jusqu’au 25 mars.

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