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A Ryad, l’ancienne place des exécutions devenue terrain de jeu des enfants

Les fontaines et les cafés ont aujourd'hui remplacé les bourreaux et les badauds qui venaient assister au macabre spectacle sur la place Al-Adl

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors de sa rencontre avec le secrétaire d'État américain Antony Blinken (hors champ), à Ryad, en Arabie saoudite, le 23 octobre 2024. (Crédit : Nathan Howard/Pool via AP)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors de sa rencontre avec le secrétaire d'État américain Antony Blinken (hors champ), à Ryad, en Arabie saoudite, le 23 octobre 2024. (Crédit : Nathan Howard/Pool via AP)

Sur une grande place de Ryad, des enfants jouent à l’ombre des palmiers. Sans se douter, probablement pour la plupart, qu’il y a une dizaine d’années, c’est ici qu’étaient décapités des condamnés, désormais mis à morts à l’abri des regards.

Les fontaines et les cafés ont aujourd’hui remplacé les bourreaux et les badauds qui venaient assister au macabre spectacle sur la place Al-Adl (la justice, en arabe).

Les exécutions n’ont pas pour autant cessé : elles se déroulent désormais derrière les murs des prisons. Cette année, elles ont même atteint un nouveau record avec 340 personnes tuées depuis janvier, contre 338 en 2024.

Seul vestige encore visible sur la place, les grilles d’évacuations installées pour pouvoir nettoyer rapidement le sang.

« La police installait des barrières métalliques autour de la place, et les gens se regroupaient derrière pour regarder le bourreau couper une tête après l’autre », se souvient Rafiq (prénom d’emprunt), un commerçant du quartier.

« Beaucoup fermaient les yeux au moment où le sabre s’abattait » sur le cou du condamné, et « criaient ‘Dieu est le plus grand’ quand la tête était coupée ».

« Terrifiant »

« C’était terrifiant, mais au bout d’un moment on s’habituait », ajoute l’homme de 46 ans.

Les exécutions se déroulaient après la prière du vendredi, à Ryad et partout dans le pays, généralement sur la place jouxtant la plus grande mosquée de la ville.

Les exécutions publiques ont cessé fin 2013, sans explication officielle, affirme Duaa Dhainy, chercheuse pour l’Organisation euro-saoudienne pour les droits humains (ESOHR), basée à Berlin.

« Nous avons ensuite reçu des informations disant que les exécutions se tiendraient désormais dans les cours des prisons », poursuit-elle.

La méthode aujourd’hui utilisée n’est pas connue, mais un comité gouvernemental avait approuvé en 2013 le recours à des pelotons d’exécution.

Contactées à ce sujet par l’AFP, les autorités n’ont pas répondu.

Outre la fin des exécutions publiques, l’Arabie saoudite, connue pendant longtemps pour son application rigoriste de la loi islamique, a pris ces dernières années une série de mesures pour améliorer son image et attirer touristes et investissements.

Sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, de facto dirigeant du royaume, plusieurs restrictions ont été levées, comme l’interdiction de conduire pour les femmes ou l’obligation de porter l’abbaya et le voile.

Le royaume a en outre mis à l’écart sa très redoutée police religieuse, alors que l’interdiction de l’alcool a été assouplie pour les non-musulmans.

« Tous les pays du monde »

Mais la riche monarchie du Golfe reste très critiqué par les défenseurs des droits humains, notamment pour le maintien de la peine capitale.

Le royaume applique la peine de mort à un rythme soutenu, alimenté par sa campagne de lutte contre la drogue, selon des experts.

Depuis le début de 2025, l’Arabie saoudite a exécuté 232 personnes pour des affaires liées à la drogue, ce qui représente la grande majorité des 340 exécutions enregistrées jusqu’à présent.

Avec ce chiffre, Ryad établit un nouveau record depuis que les cas sont consignés dans des registres publics au début des années 1990.

Selon l’ONG Amnesty International, le royaume est le pays qui a exécuté le plus de prisonniers au monde en 2024 après la Chine et l’Iran.

Sur la place Al-Adl, Youssef, 14 ans ans et maillot de football du Brésil sur le dos, est loin de tout ça. Pour lui, dit-il, la place  est « juste un terrain de jeu ».

Hanoun, habitante de Ryad installée dans un café, n’est de son côté pas dérangée par ce qu’il s’y passait. « Quand j’amène mes enfants ici, je leur raconte », témoigne-t-elle. « Tous les pays du monde ont des moments comme ça dans leur histoire ».

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