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A Téhéran, l’ombre de la guerre hante les nuits et les conversations

Huit mois après la guerre de 12 jours, les pourparlers ont repris mais les Iraniens observent avec inquiétude le déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient

Une femme marche près d'une banderole représentant les anciens et actuels guides suprêmes de l'Iran (de droite à gauche) l'ayatollah Ruhollah Khomeini et l'ayatollah Ali Khamenei, dans une rue principale de Téhéran, le 21 février 2026. (Crédit : AFP)
Une femme marche près d'une banderole représentant les anciens et actuels guides suprêmes de l'Iran (de droite à gauche) l'ayatollah Ruhollah Khomeini et l'ayatollah Ali Khamenei, dans une rue principale de Téhéran, le 21 février 2026. (Crédit : AFP)

« Je dors mal la nuit même avec des médicaments » : à l’image du retraité Hamid, nombre d’habitants de Téhéran peinent à trouver le sommeil, au moment où Donald Trump dit envisager une frappe contre l’Iran, ravivant l’expérience de la guerre de juin dernier.

Dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, une attaque d’Israël, par la suite appuyée par Washington, avait pris par surprise les Iraniens, au moment où leur pays se préparait à de nouvelles négociations sur le nucléaire avec les Etats-Unis.

Huit mois plus tard, les pourparlers ont repris mais les Iraniens observent avec inquiétude le déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient.

Le président américain a déclaré jeudi se donner « dix » à « quinze jours » pour décider si un accord était possible, ou s’il allait au contraire recourir à la force. Vendredi, comme pour accentuer la pression sur le pouvoir iranien, il a dit « envisager » une frappe.

Le président américain Donald Trump quittant la salle de presse Brady de la Maison Blanche à Washington, après avoir pris la parole lors d’une conférence de presse, le 20 février 2026. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

« Je pense qu’une guerre entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël est inévitable », déclare à l’AFP Mina Ahmadvand, une employée du secteur informatique.

Ce sentiment est partagé par nombre d’Iraniens qui, depuis le fragile cessez-le-feu en juin conclu après 12 jours de conflit, vivent dans une incertitude permanente et restent traumatisés par la guerre.

« Je ne dors plus la nuit. Je fais des cauchemars dans lesquels on me poursuit et je meurs. Je me couche tard, me lève tard et suis dépressive », décrit Hanieh, qui n’a pas souhaité donner son nom complet.

Signe d’extrême fébrilité, un orage en pleine nuit à Téhéran la semaine dernière ainsi que des feux d’artifice à l’occasion du 47e anniversaire de la Révolution islamique ont suffi à effrayer des habitants, qui ont cru au début de la guerre, ont relaté à l’AFP plusieurs d’entre eux.

Des femmes posant avec une affiche représentant le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, devant une banderole représentant un porte-avions de la marine américaine avec des cercueils recouverts du drapeau américain sur le pont, lors d’un rassemblement marquant le 47ᵉ anniversaire de la Révolution islamique de 1979 à Téhéran, le 11 février 2026. La date du 22 Bahman du calendrier persan célèbre l’anniversaire de la démission du dernier Premier ministre du shah déchu et la prise de pouvoir officielle du leader révolutionnaire, l’ayatollah Ruhollah Khomeini. (Crédit : AFP)

L’Iran a prévenu qu’en cas d’attaque, Israël, son ennemi juré et allié des Etats-Unis, serait une cible légitime ainsi que les bases américaines au Moyen-Orient.

Les Iraniens suivent donc de près les derniers développements. Et l’éventualité d’une guerre s’impose dans chaque conversation, agrémentée par son lot de rumeurs et spéculations en tout genre.

« C’est les montagnes russes : un coup la guerre, un coup un accord. Tout change d’une heure à l’autre », décrit confus un habitant de Téhéran, qui préfère garder l’anonymat.

Ce contexte explosif est facteur d’anxiété supplémentaire en Iran, après la mort de plusieurs milliers de personnes en janvier lors des manifestations contre le pouvoir et la coupure d’internet imposée par les autorités durant près de trois semaines.

Des femmes défilant avec une pancarte représentant le président américain Trump avec les mains ensanglantées lors d’un rassemblement marquant le 47ᵉ anniversaire de la Révolution islamique de 1979, à Téhéran, le 11 février 2026. (Crédit : AFP)

Des ONG, basées à l’étranger, accusent les forces de sécurité d’avoir délibérément ciblé les manifestants – avec preuves à l’appui dont notamment des témoignages de médecins et des preuves médicales.

« Ma vie est comme en suspens » depuis les manifestations, résume Hanieh. « A présent avec cette situation, on attend de voir ce qui va se passer », ajoute cette céramiste de 31 ans, qui « pense que la guerre éclatera d’ici à 10 jours ».

Samedi, jour de reprise en Iran après le week-end, rien ou presque ne laisse transparaître cette atmosphère pesante.

Un homme au téléphone passant devant des missiles de fabrication nationale lors d’un rassemblement annuel marquant la Révolution islamique de 1979, sur la place Azadi, ou place de la Liberté, à Téhéran, en Iran, le 11 février 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

A Téhéran, bouillonnante métropole de 10 millions d’habitants, de courts trajets prennent toujours une éternité en raison d’embouteillages monstres.

Comme d’accoutumée, les piétons peinent à traverser les rues au milieu d’un ballet continu de deux-roues chargés de biens qui slaloment entre les véhicules.

Mais derrière l’apparente routine, des habitants prennent leurs précautions. « J’ai acheté une dizaine de conserves, notamment du thon et des haricots, ainsi que des biscuits, de l’eau en bouteille et des piles de rechange », énumère Mina Ahmadvand, qui se dit « prête » pour le pire.

« Je ne souhaite pas la guerre, mais il ne faut pas prendre la situation à la légère », précise-t-elle.

« J’ai acheté de quoi tenir une semaine et j’ai calfeutré mes fenêtres pour être parée à toute éventualité », assure de son côté Hanieh. « J’applique les leçons tirées de la guerre de 12 jours ».

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