Abbas : « Je ne terminerai pas ma vie comme un traître »
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Abbas : « Je ne terminerai pas ma vie comme un traître »

Le dirigeant de l'AP déclare qu'il ne cèdera pas aux pressions américaines; le Conseil du Fatah appelle à renforcer la "résistance populaire" en boycottant les produits israéliens

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas assiste à une réunion avec le Conseil révolutionnaire du parti au pouvoir, le Fatah, le 1er mars 2018, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie. (AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)
Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas assiste à une réunion avec le Conseil révolutionnaire du parti au pouvoir, le Fatah, le 1er mars 2018, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie. (AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, aurait déclaré la semaine dernière aux membres de son parti au pouvoir, le Fatah, qu’il n’avait pas l’intention de mourir en traître.

La remarque d’Abbas visait à exprimer sa vive opposition au plan de paix israélo-palestinien que le président américain Donald Trump doit encore annoncer.

Abbas s’exprimait lors du discours inaugural du congrès du Conseil révolutionnaire du Fatah, jeudi soir à Ramallah. Le Conseil, qui compte plus de 100 membres, est le « Parlement » du Fatah.

A la demande d’Abbas, les stations de télévision et de radio de l’AP n’ont pas diffusé en direct son discours, comme cela a été le cas dans la plupart de ses précédents discours devant divers forums palestiniens.

Aucune raison officielle n’a été donnée quant à la raison pour laquelle Abbas, âgé de 82 ans, a fait cette demande inhabituelle, qui est intervenue au milieu d’une vague de rumeurs sur sa santé.

Le mois dernier, Abbas a subi ce que ses assistants ont appelé des « examens de routine » dans un hôpital américain. Bien que les collaborateurs aient déclaré que les résultats des examens étaient « positifs et rassurants », des informations non confirmées dans les médias palestiniens et arabes insistent sur le fait que l’état de santé d’Abbas a connu une « dégradation importante » ces dernières semaines.

Des extraits de l’allocution prononcée par Abbas devant le Conseil du Fatah ont été publiés dans plusieurs médias arabes, dont le journal jordanien Al Rai.

Le président américain Donald Trump rencontre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas au bureau ovale de la Maison Blanche le 3 mai 2017, à Washington, DC. (AFP PHOTO / MANDEL NGAN)

Deux responsables du Fatah présents à la conférence ont déclaré que les déclarations attribuées à Abbas étaient « exactes ».

Ce n’’est pas la première fois qu’’Abbas aurait déclaré qu’’il ne mourrait pas en tant que « traître » en signant un accord avec Israël qui ne répondrait pas aux aspirations et aux exigences palestiniennes.

Abbas aurait dit aux responsables du Fatah à Ramallah que cela pourrait être sa « dernière réunion » avec eux. « Personne ne saurait se porter garant de sa vie », aurait dit Abbas, connu pour être un gros fumeur, dans une allusion évidente à sa santé.

Se référant au prétendu plan de Trump, Abbas a déclaré : « J’ai dit dans le passé – et par la suite – que je ne terminerai pas ma vie comme un traître. [Les Etats-Unis] peuvent annoncer l’accord quand et où ils veulent, mais rien ne se passera contre notre volonté. »

Trump a qualifié son plan de paix, dont les détails n’ont pas encore été rendus publics, de « contrat du siècle ».

Abbas a déclaré que les Palestiniens n’accepteraient rien de moins qu’un état palestinien, avec Jérusalem-Est comme capitale, sur les lignes d’avant 1967. « Personne dans le monde entier ne saurait nous imposer quelque chose que nous ne voulons pas », aurait-il précisé.

Abbas a également parlé dans son discours du différend en cours entre le Fatah et le groupe terroriste Hamas et a nié les accusations selon lesquelles il serait responsable de la « crise humanitaire » dans la bande de Gaza dirigée par le Hamas.

« Ce n’est pas nous qui assiégeons la bande de Gaza et tuons ses habitants », a-t-il ajouté. « Je veux un état de droit et un gouvernement qui applique la loi. Je ne veux pas que les gangs, les voyous, les vols et les armes soient aux mains de tout le monde. »

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (D) s’adresse au Conseil de sécurité des Nations Unies, le 20 février 2018. (AFP Photo/Timothy A. Clary)

Abbas a déclaré aux responsables du Fatah qu’il n’était plus sûr de savoir si le Hamas « veut la réconciliation ou veut l’Iran », son principal parrain. Il est également difficile de savoir, a-t-il dit, si le Hamas « veut la réconciliation ou veut que l’Autorité palestinienne fonctionne comme un distributeur automatique de billets ».

Entre-temps, le Conseil révolutionnaire du Fatah a appelé les Palestiniens à intensifier la « résistance populaire » contre Israël et a exprimé son soutien à la proposition d’Abbas de convoquer une conférence internationale pour la paix au Moyen Orient.

L’appel a été lancé à la fin du congrès de trois jours du Conseil, qui a débuté jeudi à Ramallah. La conférence s’est tenue sous le thème « Jérusalem : capitale éternelle de la Palestine ».

Le Conseil s’est penché sur les derniers développements dans le monde palestinien à la suite de la décision de Trump, en date du 6 décembre, de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et des menaces qu’il a proférées de réduire le financement des Etats-Unis à l’AP et à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens.

« La déclaration de Trump concernant Jérusalem ne crée aucune nouvelle réalité juridique », a déclaré le Conseil dans un communiqué. « Jérusalem occupée restera la capitale éternelle de notre état. »

Les dirigeants du Fatah ont exprimé leur soutien à la récente demande d’Abbas de remplacer la médiation américaine entre les Palestiniens et Israël par un « mécanisme multilatéral » composé de plusieurs pays.

Dans un discours prononcé devant le Conseil de sécurité de l’ONU le 20 février, Abbas a demandé la convocation d’une conférence internationale d’ici la mi-2018, basée sur le droit international et les résolutions pertinentes de l’ONU.

Abbas et l’AP font valoir que les Etats-Unis ne sont plus qualifiés pour jouer le rôle de médiateur honnête dans tout processus de paix en raison de la « partialité » de l’administration Trump en faveur d’Israël.

Le conseil du Fatah a appelé les Palestiniens à « intensifier la résistance populaire, dans tous les domaines, contre les occupants et leurs colons ».

Il a également demandé à l’AP d’adopter de nouvelles lois interdisant aux Palestiniens de travailler dans les implantations et les obligeant à boycotter les productions des « colons » (sic) et les produits israéliens.

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