Abbas menace d’abroger les accords conclus avec Israël en cas d’annexion
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Abbas menace d’abroger les accords conclus avec Israël en cas d’annexion

A l'ONU, le chef palestinien a fustigé les Etats-Unis qui "soutiennent les agressions israéliennes à notre encontre" et promis des élections retardées depuis 2006 dès son retour

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors de la 74ème Assemblée générale de l'ONU à New York, le 26 septembre 2019 (Crédit : Stephanie Keith/Getty Images/AFP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors de la 74ème Assemblée générale de l'ONU à New York, le 26 septembre 2019 (Crédit : Stephanie Keith/Getty Images/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a averti jeudi qu’il annulerait tous les accords diplomatiques passés avec l’Etat juif si le prochain gouvernement israélien réalisait la promesse de campagne de Benjamin Netanyahu concernant l’application de la souveraineté israélienne dans certains secteurs de la Cisjordanie.

Dans son discours prononcé devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Abbas a fustigé Netanyahu pour sa promesse « arrogante » d’annexer la vallée du Jourdain et les « colonies » israéliennes, et averti qu’une guerre religieuse pourrait éclater en raison des politiques mises en place par l’Etat juif à Jérusalem.

« Nous rejetons entièrement et complètement ce plan illégal », a-t-il martelé.

« Si un futur gouvernement, quel qu’il soit, va de l’avant avec ce plan » d’annexion, « nous abrogerons tous les accords signés » avec Israël et « en finirons avec toutes les obligations qui en découlent », a assuré Mahmoud Abbas.

« Il est de notre devoir de défendre nos droits par tous les moyens possibles, peu importe les conséquences, tout en restant engagés dans l’application du droit international et dans la lutte contre le terrorisme », a précisé le président palestinien, qui avait déjà fait des déclarations similaires en juillet.

Au début des années 1990, Israël et les Palestiniens, dirigés alors par Yasser Arafat, avaient signé une série d’accords de paix sous l’égide des Etats-Unis.

Abbas a appelé la communauté internationale à mettre un terme aux « agressions et à l’arrogance israéliennes » et à faire appliquer les résolutions de l’ONU adoptées dans le cadre du conflit israélo-palestinien.

Le leader de l’AP a également utilisé sa tribune au sein de la réunion diplomatique la plus éminente du monde pour critiquer les politiques de l’administration Trump en direction des Palestiniens, disant que les Etats-Unis ne pouvaient pas endosser le rôle d’intermédiaire honnête dans le cadre des négociations de paix.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’exprime lors de la 74ème session de l’Assemblée générale au siège de l’ONU à New York, le 26 septembre 2019 (Crédit : TIMOTHY A. CLARY/AFP)

L’administration Trump avait entraîné la fureur des Palestiniens au mois de décembre 2017 quand elle avait reconnu Jérusalem en tant que capitale d’Israël et qu’elle y avait transféré son ambassade, au mois de mai de l’année dernière. Elle a également coupé des centaines de millions de dollars en aides annuelles versées aux Palestiniens, citant le refus de l’AP de prendre part aux initiatives de paix américaines.

Aux Nations unies, Abbas a accusé les Etats-Unis de « soutenir les agressions israéliennes à notre encontre » et indiqué que la reconnaissance de Jérusalem était « illégale ».

« Jérusalem restera la capitale éternelle de la Palestine, indépendamment de tout plan ou action », a-t-il dit.

Le plan de paix de Trump, a-t-il ajouté, « est rejeté, est rejeté, est rejeté ».

« L’impartialité » américaine en faveur d’Israël, a-t-il mis en garde, a privé « le processus de paix de toute crédibilité, poussant de larges segments du peuple palestinien à perdre espoir dans la possibilité d’une paix très attendue, et a mis en péril la solution à deux Etats ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’exprime lors de la 74ème session de l’Assemblée générale au siège de l’ONU à New York, le 26 septembre 2019 (Crédit : TIMOTHY A. CLARY/AFP)

Il a clamé qu’il soutenait encore la solution à deux Etats et demandé l’organisation d’une conférence multilatérale pour la paix qui ne soit pas dominée par les Etats-Unis.

« Nous rejetons toutes les négociations sous la houlette d’un seul pays. Et vous savez quel est ce seul pays », a-t-il dit, se référant aux Etats-Unis.

Dans un message adressé aux Palestiniens, il a promis aux dirigeants du monde, rassemblés dans la salle, d’organiser des élections générales très retardées dans les zones considérées par les Palestiniens comme faisant partie de leur futur Etat et ce, dès son retour à Ramallah.

« Depuis le début, nous avons cru que la démocratie était le fondement de la construction de notre Etat et de notre société. Nous avons ancré cette certitude dans notre constitution et nous l’avons appliquée sur le terrain. Nous avons eu des élections générales en 1996, en 2005 et en 2006 en plus des scrutins locaux », a-t-il dit.

Il a attribué l’échec de l’organisation d’élections depuis lors à la prise de contrôle du groupe terroriste de la bande de Gaza, en 2007 – mais promis d’en tenir de nouvelles maintenant.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas brandit son doigt plein d’encore après avoir mis son bulletin dans l’urne au cours des élections locales dans un bureau de vote de Ramallah, en Cisjordanie, le 20 octobre 2012 (Crédit : AP/Majdi Mohammed)

« J’appelle l’ONU et toutes les organisations internationales concernées à contrôler ces élections et je demanderai des comptes à tous ceux qui pourraient tenter de les empêcher d’avoir lieu à la date déterminée », a-t-il clamé, un avertissement apparent lancé au Hamas pour qu’il permette à ce scrutin d’avoir lieu également à Gaza.

Abbas a aussi juré de continuer verser des salaires aux familles des prisonniers sécuritaires palestiniens en Israël ainsi qu’aux familles de terroristes tués.

Israël retient des revenus fiscaux habituellement versés à l’Autorité palestinienne à hauteur du même montant que celui correspondant aux salaires, une initiative qui a amené l’AP à rejeter tous les transferts israéliens d’argent provenant des impôts, entraînant un grave manque de liquidités ces derniers mois.

« Nous sommes confiants dans le fait que la communauté internationale n’acceptera pas la décision arbitraire israélienne de retenir nos revenus et d’en confisquer une partie », a-t-il dit, ajoutant que cette action israélienne « approfondit la souffrance de notre peuple ».

Il a conclu en saluant ces terroristes, les qualifiant de « martyrs honorables, prisonniers courageux et héros blessés ».

L’ambassadeur de l’Etat juif à l’ONU, Danny Danon, a répondu à cette allocution, jeudi, en accusant Abbas de préférer « investir davantage dans les efforts de l’AP contre Israël à l’ONU que dans la lutte contre les incitations et le terrorisme au sein de l’AP placée sous son autorité. Les applaudissements qui ont accompagné son discours sur le versement de salaires aux terroristes font partie de l’héritage qu’il laissera derrière lui ».

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