Abbas refuserait la réconciliation jusqu’à ce que le Hamas cède Gaza
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Abbas refuserait la réconciliation jusqu’à ce que le Hamas cède Gaza

Le chef de l'AP ne lèverait aucune sanction à moins que ses rivaux ne lui donnent le "contrôle de tout, y compris de l'argent et des armes", selon un ex-ministre de l'AP

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une conférence de presse à la suite du sommet de l'Organisation de la Coopération Islamique (OCI) sur la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d'Israël, le 13 décembre 2017 à Istanbul. (Crédit : AFP / YASIN AKGUL)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une conférence de presse à la suite du sommet de l'Organisation de la Coopération Islamique (OCI) sur la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d'Israël, le 13 décembre 2017 à Istanbul. (Crédit : AFP / YASIN AKGUL)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a promis de ne pas lever les sanctions imposées l’année dernière à la bande de Gaza avant que le Hamas ne lui cède le contrôle de l’enclave côtière, notamment de ses armes, a révélé jeudi un ex-ministre de l’AP.

Frieh Abu Medien, ancien ministre de la Justice de l’AP originaire de la bande de Gaza, a précisé qu’Abbas avait tenu ces propos au cours d’une réunion récente entre les deux hommes.

« J’ai eu la chance de rencontrer le président Abbas pour la première fois depuis de nombreuses années pour explorer la possibilité de mettre un terme à la division (entre la Cisjordanie et la bande de Gaza), a écrit Abu Medien dans un article publié dans le journal en ligne Rai al-Youm, publié depuis Londres.

« Cela a été un dialogue franc et clair », a déclaré Abu Medien, se référant au conflit en cours entre le Hamas et la faction du Fatah d’Abbas. Le Hamas s’est saisi de la bande de Gaza, qui se trouvait entre les mains du Fatah, lors d’un coup d’Etat sanglant en 2007. Depuis, plusieurs tentatives de réconciliation entre les parties ont échoué et la tentative actuelle a d’ores et déjà outrepassé sa date butoir sans davantage d’actions entreprises.

Le nouveau vice-président du Hamas Salah al-Arouri, assis à gauche, et Azzam al-Ahmad, assis à droite, signent un accord de réconciliation au Caire le 12 octobre 2017 alors que les deux mouvements rivaux palestiniens oeuvrent à mettre un terme à leur scission d’une décennie lors de négociations sous les auspices de l’Egypte (Crédit :AFP/Khaled Desouki)

“Abbas avait le sentiment qu’une tempête se préparait », a dit Abu Medien.

« Il m’a dit : ‘Vous êtes originaire de la bande de Gaza et le Hamas doit comprendre que s’il veut la réconciliation, il doit complètement abandonner son contrôle sur la bande de Gaza et permettre au gouvernement palestinien de gouverner et de maîtriser les choses ».

Selon l’ancien ministre de l’AP, Abbas aurait ajouté que le Hamas devait permettre au gouvernement palestinien de « tout contrôler, notamment l’argent et les armes ».

Abu Medien a expliqué que lorsqu’il avait demandé à Abbas de reconsidérer sa décision de suspendre les paiements des salaires à des milliers de fonctionnaires de l’AP dans la bande de Gaza, le président de l’AP avait répondu : « Je ne lèverai pas les sanctions et je ne présenterai aucune initiative nouvelle à moins que le Hamas ne réponde à mes conditions et que la bande de Gaza devienne comme une bague passée à mon doigt ».

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas posent pour une photo lors d’une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017 (AFP / Mandel Ngan)

L’ancien ministre de l’AP a indiqué qu’il considérait que les sanctions d’Abbas – qui consistent, entre autres choses, en des coupes drastiques effectuées dans les salaires des fonctionnaires, en la suspension de l’aide sociale à des centaines de familles et à la mise à la retraite forcée de milliers d’employés – entrent dans le cadre du « siège » sur la bande de Gaza.

Abu Medien a également accusé les Etats-Unis de tenter de subvertir la cause palestinienne.

L’annonce faite au mois de décembre par le président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël et la décision de couper les financements américains à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) ont pour objectif de liquider la cause palestinienne, a accusé Abu Medien.

Ce qui survient dans la bande de Gaza entre dans le contexte de ce projet, a-t-il ajouté. « Gaza est affamé et humilié à cause du combat mené par sa population », a estimé Abu Medien. « Au nom de cette dernière, je dis que Gaza mourra debout et ne succombera pas ».

Les Etats-Unis et Israël ont également accusé le Hamas de consacrer des centaines de millions de dollars d’aide aux habitants de Gaza à l’achat d’armements et de matériaux pour construire des tunnels d’attaque et des fortifications.

Israël et l’Egypte maintiennent un blocus contre Gaza pour empêcher les trafics de ces armes illicites et de ces équipements vers Gaza.

Le Hamas a déclaré que les révélations d’Abbas prouvent qu’il n’est pas sincère en ce qui concerne le règlement du conflit entre les deux parties.

Musa Abu Marzouk, un haut-responsable du groupe terroriste, a dit que les propos d’Abbas montraient que la question de « la prise de pouvoir politique » dans la bande de Gaza n’était pas le principal obstacle entravant la mise en oeuvre de l’accord de « réconciliation ».

Abbas veut les armes du Hamas, et ne fera rien s’il ne les obtient pas, a noté Abu Marzouk .

Abbu Medien a également expliqué qu’Abbas était inquiet parce que Trump l’avait poussé à se réconcilier avec le Hamas.

« Le président Abbas a indiqué que le président américain Donald Trump lui avait dit que la réconciliation (entre le Hamas et le Fatah) devait continuer et se faire », a ajouté l’ancien ministre de l’AP.

Trump a également clairement établi (devant Abbas) qu’il avait donné pour instruction à ses représentants et aux puissances régionales, parmi lesquelles Israël, de faciliter les initiatives visant à mettre un terme au conflit entre le Hamas et le Fatah, a poursuivi Abu Medien.

Selon Abu Medien, le positionnement de Trump a suscité les inquiétudes d’Abbas en particulier suite à des informations annonçant que le Hamas avait trouvé des accords avec Mohammed Dahlan, leader du Fatah déchu, concernant la bande de Gaza.

Mohammad Dahlane en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)

Dahlane, ennemi juré d’Abbas, a été expulsé du Fatah il y a plusieurs années s’être brouillé avec le président de l’AP.

Depuis 2011, Dahlane, ancien chef sécuritaire de l’AP, vit en exil aux Emirats arabes unis.

L’année dernière, le Hamas et Dahlane auraient trouvé des accords qui auraient permis le retour de l’ex-leader du Fatah au sein de la bande de Gaza et de jouer un rôle dans la relance de l’économie et dans l’amélioration des conditions de vie des habitants.

L’accord avait été toutefois mis en suspens après la signature par le Fatah et Abbas d’un autre accord de « réconciliation » au Caire, au mois de novembre 2017.

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